Déclaration de l’AFPS à l’occasion du sommet de l’Union pour la Méditerranée.

I.A pour l’Afps, mardi 15 juillet 2008

Tout projet euro­mé­di­ter­ranéen suppose de mettre fin à l’occupation de la Palestine.
Le pré­sident Nicolas Sarkozy a lancé dimanche 13 juillet au Grand Palais à Paris l’Union pour la Médi­ter­ranée. Au-​​delà de l’effet d’affichage, avec la pré­sence sur­mé­dia­tisée d’une qua­ran­taine de chefs d’Etat ou de gou­ver­nement, ce projet est voué au même échec que le pro­cessus de Bar­celone si l’on ne s’attaque pas aux causes de son enli­sement, au premier rang des­quelles la pour­suite de l’occupation et de la colo­ni­sation de la Palestine par Israël.

Les mêmes causes pro­duisent les mêmes effets. En 1995, deux ans après la signature de la « Décla­ration de prin­cipes » israélo-​​palestinienne, l’Europe ima­ginait un nouvel espace médi­ter­ranéen à vocation essen­tiel­lement écono­mique, visant le libre échange à l’horizon 2010 entre l’UE les Etats de la rive sud de la Médi­ter­ranée ainsi que la toute jeune Autorité nationale pales­ti­nienne. La paix israélo-​​palestinienne était alors ima­gi­nable et le pro­cessus de Bar­celone s’est fondé expli­ci­tement sur la Charte des Nations unies, de même que les divers accords d’association qui en ont découlé ont engagé les parties contrac­tantes, selon leurs articles 2, au respect du droit inter­na­tional et des droits humains. Le pro­cessus de Bar­celone dispose aussi d’un volet sécu­ri­taire et de dia­logue poli­tique et d’un volet culturel. Mais si mar­chan­dises et capitaux ont été voués au libre échange, Bar­celone a aussi porté le projet d’une limi­tation des flux migra­toires du sud vers le nord. Douze ans plus tard, son bilan est cala­miteux. Compte tenu des inéga­lités entre le nord et le sud ; mais aussi sinon surtout parce que le pro­cessus écono­mique est grippé par l’impasse du pro­cessus poli­tique, et prin­ci­pa­lement par la pour­suite de l’occupation colo­niale de la Palestine par Israël.

Au-​​delà même des défec­tions au Sommet de Paris, les ini­tia­teurs de cette nou­velle « Union » limitent offi­ciel­lement ses ambi­tions à des projets de coopé­ration (dépol­lution de la Médi­ter­ranée, énergie solaire, sécurité civile, déve­lop­pement des « auto­routes de la mer »…), dans l’ignorance de l’impasse poli­tique et de la nécessité d’une solution poli­tique au conflit israélo-​​palestinien. En outre, le projet vise lui aussi à limiter les flux migra­toires, et Nicolas Sarkozy envisage également de créer une alter­native à l’adhésion de la Turquie à l’UE et de tenter de constituer un front dans le climat de tension actuel avec l’Iran, voire de faire taire les réti­cences dans l’hypothèse d’une confrontation.

Pour le porte-​​parole du chef du gou­ver­nement israélien, Mark Regev, « Israël a tou­jours considéré qu’il est de l’intérêt de tous les peuples de la Médi­ter­ranée de ren­forcer leur coopé­ration et c’est bien pourquoi nous nous féli­citons de par­ti­ciper à l’Union pour la Médi­ter­ranée ». Le négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat n’est pas dupe : « aucun projet de coopé­ration régionale ne peut fonc­tionner plei­nement si l’occupation israé­lienne se poursuit », commente-​​t-​​il, ajoutant que « les pays concernés doivent pousser Israël à mettre fin à l’occupation des ter­ri­toires palestiniens ».

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étran­gères, n’a pas hésité à affirmer quelques heures avant l’ouverture du sommet qu’« Un rêve est en passe de se réa­liser », mais la réalité sur le terrain le contredit.

Le 10 juillet, un Pales­tinien était tué par l’armée israé­lienne dans le sud de la bande de Gaza, en dépit de la trêve entre Hamas et Israël entrée en vigueur le 19 juin. A Naplouse, en Cis­jor­danie, l’armée israé­lienne avait mené la veille un raid dans les locaux de la mairie, confis­quant docu­ments et ordi­na­teurs, alors que le maire, Adli Yaaïch, et son adjoint Mahdi Al-​​Hanbali sont tou­jours empri­sonnés en Israël, et ce depuis plus d’un an. L’armée a aussi volé trois bus de ramassage sco­laire d’une école de Naplouse, et ordonné la fer­meture d’un centre com­mercial, menaçant les com­mer­çants de cinq ans de prison. Plu­sieurs locaux d’associations liées au FPLP et au Hamas et ceux d’une chaîne de télé­vision ont aussi été visés.

A Nilin, un village de l’est de Ramallah, les soldats israé­liens se sont opposés le 9 juillet à plus de 200 mani­fes­tants pro­testant contre la pour­suite de la construction du mur d’annexion qui les prive de leurs terres. Une mani­fes­tation orga­nisée à l’occasion du qua­trième anni­ver­saire de l’avis de la Cour inter­na­tionale de justice (CIJ), qui le pro­clame illégal et réclame son déman­tè­lement. En mai 2008, pourtant, le mur mesure déjà 409 kilo­mètres soit 57% du tracé prévu par Israël. De même, la muni­ci­palité israé­lienne de Jéru­salem a lancé un appel d’offres pour la construction de 920 loge­ments dans la colonie de Har Homa.

Ce n’est pas d’un affi­chage média­tique au Grand Palais que la paix a besoin, mais de véri­tables ini­tia­tives poli­tiques. L’Europe, et sa pré­si­dence aujourd’hui fran­çaise, doivent agir concrè­tement en sanc­tionnant la poli­tique israé­lienne, pour qu’Israël cesse de violer le droit inter­na­tional et ses propres enga­ge­ments. Le respect du droit inter­na­tional est une condition sine qua non de la paix.

Paris, Le 13 juillet 2008.