Décla­ration de Denise Hamouri à l’occasion de la libé­ration de 199 pri­son­niers palestiniens

Denise Hamouri, mercredi 20 août 2008

Hier, la liste de 199 pri­son­niers pales­ti­niens libé­rables a été publiée. Cette libé­ration est paraît-​​il un geste de bonne volonté des Israé­liens vis-​​à-​​vis de Abou Mazen.

Comme beaucoup de mères, d’épouses, de soeurs de pri­son­niers, j’ai vite cherché (sans trop d’espoir) le nom de mon fils, Salah Hamouri, dans cette liste. Il n’y était pas.

Pourtant Salah n’a pas de « sang sur les mains », comme disent les Israé­liens pour qua­lifier cer­tains pri­son­niers. Salah n’a tué ni blessé per­sonne. Mais Salah fait partie de ces pri­son­niers de Jéru­salem qui sont tou­jours exclus des échanges ou des libé­ra­tions. Leur sort dés­in­té­resse de même que leur statut est hybride : ni pales­ti­niens, ni israé­liens, ils sont sans natio­nalité. Salah fait partie de ces pri­son­niers condamnés à finir leur peine der­rière les bar­reaux sans qu’on se soucie d’eux. Pour lui c’est encore 4 ans. Pour d’autres il reste 20, 30 années de prison à faire ou plus encore.

Si Salah est un des 11.000 pri­son­niers pales­ti­niens, il pré­sente cependant une carac­té­ris­tique par­ti­cu­liè­rement impor­tante : il est de natio­nalité fran­çaise tout comme Gilad Shalit, Ingrid Betan­court ou Eric Breteau.

Cette décision de libérer des pri­son­niers pales­ti­niens avait été annoncée publi­quement à Paris par M. Olmert, le 14 juillet dernier. Et depuis cette date nous avons envoyé de nom­breux cour­riers pour demander aux auto­rités poli­tiques fran­çaises de saisir cette oppor­tunité auprès de leurs chers « amis » israé­liens. Mais rien ne s’est produit.

Ont-​​ils sim­plement demandé ? Ont-​​ils essuyé un refus ? Ont-​​ils insisté ? On n’en saura rien. Une fois de plus c’est l’opacité la plus totale et l’arbitraire qui règnent s’agissant de mon fils, Salah Hamouri, un jeune franco pales­tinien de 23 ans.

Je constate une fois de plus que Salah est un français sans « F » majuscule. Je constate une fois de plus que cer­tains Français sont plus français que d’autres. La France exige la libé­ration de Gilad Shalit, un soldat d’une armée d’occupation enlevé en uni­forme sur son char (et je n’ai rien contre) mais elle ne saisit aucune occasion véri­table pour exiger la libé­ration de Salah. La France a même demandé un « procès rapide » pour lui mais jamais le mot « libé­ration » n’a été utilisé le concernant alors qu’il n’a stric­tement rien fait. Pourtant sa libé­ration n’aurait pas gêné la « justice mili­taire » israé­lienne, comme on me l’a souvent répété, ni non plus gêné celle de Shalit.

Je suis très heu­reuse pour les familles qui rece­vront bientôt leurs pri­son­niers comme Saïd Al-​​Atabeh qui a passé 32 ans en prison. Mais on pouvait espérer un geste, une action de Mon­sieur Sarkozy qui avait déclaré solen­nel­lement pendant la cam­pagne vouloir aller chercher les Français vic­times d’arbitraires « partout où ils se trouvent ».

Mais il est vrai que le Pré­sident tout comme M. Kouchner sont des « très chers amis d’Israël ». Ils n’ont rien à lui demander, encore moins à exiger de sa part. Pauvre France et non pas « Douce France »…

Denise Hamouri Jérusalem Le 19 août 2008