De nouvelles colonies à Jérusalem torpillent le processus de paix

Caroline Stevan, mardi 3 juin 2008

Bien que l’arrêt des implan­ta­tions juives soit une condition essen­tielle aux négo­cia­tions entre Israé­liens et Pales­ti­niens, la Cis­jor­danie ne cesse d’être morcelée.

Un chantier per­manent. Sans cesse, des grues israé­liennes s’activent pour recouvrir les ter­ri­toires pales­ti­niens d’habitations de nou­veaux colons. Dimanche, l’Etat hébreu a annoncé la construction de 884 loge­ments du côté de Jérusalem-​​Est (la partie arabe de la cité sainte), à l’occasion du « 41e anni­ver­saire de la réuni­fi­cation de la ville » (121 dans la colonie de Har Homa et 763 dans celle de Pisgat Zeev). Inter­venue vingt-​​quatre heures avant une ren­contre entre les diri­geants israélien et pales­tinien, la décla­ration a été très mal reçue à Ramallah. Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, a fustigé « la pour­suite de la colo­ni­sation, prin­cipal obs­tacle sur le chemin de la paix ».

De fait, la Cis­jor­danie est com­plè­tement mor­celée, rendant extrê­mement épineuse l’ébauche d’un Etat pales­tinien. La zone est divisée en trois types de sec­teurs : « A » pour les ter­ri­toires contrôlés par Ramallah, « C » pour ceux qui sont gérés par les Israé­liens et « B » pour les péri­mètres mixtes - dont la sécurité est cependant assurée par l’Etat hébreu.

La partie « C », la plus vaste, repré­sente environ 60% du total (voir info­graphie). Quelque 3000 maisons pales­ti­niennes y sont menacées de des­truction, selon un rapport publié la semaine passée par les Nations unies. La plupart ont été édifiées sans permis des auto­rités israé­liennes, les­quelles rejettent près de 95% des demandes de construction. « Ces refus de permis à une aussi large échelle font craindre l’existence d’une poli­tique déli­bérée de la part d’Israël pour encou­rager un « transfert silen­cieux » de la popu­lation pales­ti­nienne en dehors de la zone C », relève l’ONG israé­lienne La Paix maintenant.

« La Cis­jor­danie ne reviendra pas com­plè­tement aux Pales­ti­niens. Il y a 200 colonies, impos­sible de toutes les sup­primer, admet Ori Shoham, chargé des rela­tions entre le cabinet israélien et la Knesset. Le gou­ver­nement est trop faible pour imposer un retrait total. Les colonies seront regroupées en trois ou quatre points impor­tants. » De plus, le chaos actuel à Gaza fournit un argument aux Israé­liens refusant de céder du terrain.

Selon les négo­cia­tions en cours, les Pales­ti­niens pour­raient récu­pérer 95% de la Cis­jor­danie, les 5% res­tants - où se trouvent les plus grosses colonies - étant annexés par l’Etat hébreu en échange d’une portion équi­va­lente de son ter­ri­toire. « Si les Pales­ti­niens pos­sèdent une zone continue de Jénine à Hébron, alors ils contrô­leront l’accès à l’eau de tout le pays, y compris côté israélien. Nous ne pouvons pas laisser faire ça, argue Michael Vromen, porte-​​parole de l’armée israé­lienne. C’est la raison de tous les check-​​points qui qua­drillent la Cisjordanie. »

Hébron, jus­tement, est un autre point d’achoppement. La ville abrite le Tombeau des patriarches, site cher aux juifs et aux musulmans. Quelques cen­taines de colons parmi les plus inté­gristes y sont installés.

Les lieux saints cris­tal­lisent toutes les ten­sions. Consi­dérée par les Israé­liens comme leur « capitale unifiée et éter­nelle », Jéru­salem est également reven­diquée par les Pales­ti­niens, à l’est du moins. Plus de 200000 Israé­liens se sont cependant implantés dans la partie orientale de la cité depuis 1967. Les sommets des col­lines entourant la ville sont désormais tous garnis des maisons blanches des colons. Une ceinture d’habitations israé­liennes isole Jérusalem-​​Est - qui com­prend la vieille ville, ses églises, ses syna­gogues et ses mos­quées - de la Cis­jor­danie (voir info­graphie). Dans l’ancienne zone jor­da­nienne, la popu­lation juive a depuis long­temps dépassé la com­mu­nauté arabe.

Ex-​​président de la Knesset, Avraham Burg craint que cet imbroglio n’interdise une solution à « deux Etats pour deux peuples ». « Israël a été kid­nappé par les colons et la Palestine par le Hamas », déplore le poli­ticien. Les permis de construire, cependant, restent délivrés par les autorités.