De nouveaux itinéraires commerciaux pour relancer l’économie palestinienne

Communiqué de presse de la CNUCED - 30 août 2007, lundi 3 septembre 2007

D’après un nouveau rapport de la CNUCED, pour réduire la vul­né­ra­bilité de l’économie pales­ti­nienne aux mesures res­tric­tives israé­liennes, il faut élargir la marge d’action des déci­deurs pales­ti­niens et réorienter le com­merce pales­tinien dans le cadre des accords régionaux de transport en transit.

D’après un nouveau rapport de la CNUCED (Confé­rence des Nations Unies sur le Com­merce Et le Déve­lop­pement), le ralen­tis­sement accéléré de l’économie pales­ti­nienne fait que l’on s’est prin­ci­pa­lement inté­ressé aux besoins d’urgence et que l’on a relégué au second plan les pré­oc­cu­pa­tions concernant la via­bilité de l’économie. Il fau­drait doré­navant s’attacher à limiter la vul­né­ra­bilité des entre­prises et des ménages pales­ti­niens et à trouver de nou­veaux iti­né­raires pour déve­lopper les échanges commerciaux.

Tou­jours selon le rapport annuel de la CNUCED sur l’assistance au peuple pales­tinien (TD/​B/​54/​3), afin d’atténuer les effets des mesures de sécurité israé­liennes sur l’économie, il fau­drait que l’on élar­gisse la marge de manœuvre des pou­voirs publics et des déci­deurs pales­ti­niens et que les dona­teurs sou­tiennent davantage le ren­for­cement des ins­ti­tu­tions nationales.

Les auteurs du rapport annuel recom­mandent de créer des condi­tions plus pro­pices au déve­lop­pement du secteur privé, surtout par le biais du com­merce. Ils font valoir qu’il fau­drait déve­lopper le com­merce pales­tinien au-​​delà du "passage de Rafah" pour les expor­ta­tions de Gaza. Ils pré­co­nisent de réexa­miner les régimes com­mer­ciaux en vigueur avec Israël, les pays arabes et le reste du monde, et d’établir d’autres iti­né­raires com­mer­ciaux dans le cadre d’accords régionaux de transport. L’ouverture d’autres iti­né­raires pour le com­merce pales­tinien par le biais d’installations por­tuaires situées en Jor­danie et en Égypte per­met­trait de mettre un terme à l’isolement du ter­ri­toire et de réduire sa dépen­dance à l’égard des ports israé­liens. L’analyse coûts/​avantages réa­lisée par la CNUCED montre que ces ins­tal­la­tions por­tuaires four­nissent des ser­vices qui sont com­pé­titifs en terme de rapidité et de qualité, à des coûts géné­ra­lement équi­va­lents ou infé­rieurs à ceux des ins­tal­la­tions israéliennes.

D’après le rapport, la chose la plus impor­tante est de réorienter le débat sur les ques­tions de sécurité pour rendre plus sûrs les échanges com­mer­ciaux dans toute la région.

L’organe directeur de la CNUCED, à savoir le Conseil du com­merce et du déve­lop­pement, exa­minera le rapport, à Genève, en octobre.

L’ensemble des efforts visant à ouvrir d’autres iti­né­raires com­mer­ciaux devraient s’inscrire dans le cadre d’une stra­tégie conci­liant objectifs immé­diats et objectifs à long terme. Cette stra­tégie devrait être fondée sur des accords régionaux de transport en transit et devrait viser à uti­liser les moyens logis­tiques modernes pour relier les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés aux pays arabes voisins. Elle devrait également per­mettre de sim­plifier les règles et pro­cé­dures nationales.

En dépit des dif­fi­cultés liées au contexte poli­tique actuel, l’établissement d’une liaison de transport com­mercial (par l’ouverture d’un "libre passage") entre la Cis­jor­danie et Gaza devrait rester un objectif.

- La frag­men­tation de l’économie pales­ti­nienne et la fai­blesse de la demande intérieure

Selon le rapport, les res­tric­tions aux mou­ve­ments de per­sonnes et de mar­chan­dises ont coupé les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de Gaza des marchés régionaux arabes et des marchés mon­diaux, et ont abouti à une "frag­men­tation ins­ti­tu­tion­na­lisée" des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. Les inves­tis­se­ments se sont effondrés. D’après les esti­ma­tions de la CNUCED, les pertes cumulées de revenus poten­tiels entre 2000 et 2005 ont atteint 8,4 mil­liards de dollars, soit plus du double de la taille de l’économie pales­ti­nienne actuelle. Le montant des dégâts maté­riels est estimé à environ un tiers de la capacité de pro­duction du ter­ri­toire en 1998.

Des chiffres pro­vi­soires pales­ti­niens montrent que le revenu national brut par habitant a chuté de 15 % en 2006 et le produit inté­rieur brut (PIB) de 6,6 %. Le taux de chômage est resté à 30 %. La pau­vreté a atteint des niveaux sans pré­cédent : 53 % environ des ménages (com­posés en moyenne de six per­sonnes) vivaient en dessous du seuil de pau­vreté fixé à 385 dollars par ménage et par mois en 2005. Nombre de familles ont épuisé leurs stra­tégies de survie et la gravité de la situation dans les poches de pau­vreté et de chômage fait que des pans entiers de la popu­lation dépendent de l’aide des donateurs.

Les capa­cités agri­coles et manu­fac­tu­rières res­treintes du ter­ri­toire témoignent d’une longue dété­rio­ration struc­tu­relle alors même que ces sec­teurs sont une impor­tante source d’emplois. Si l’agriculture et l’industrie manu­fac­tu­rière ont enre­gistré une baisse de leur pro­duction de 19 % et de 7 % entre 1996 et 2006, l’emploi dans ces sec­teurs a aug­menté de 80 % et de 3 %, respectivement.

En 2006, les expor­ta­tions ont chuté de 3 % tandis que les impor­ta­tions ont aug­menté de 20 %. Le déficit com­mercial a atteint un niveau sans pré­cédent (73 % du PIB), soit 30 % de plus que le taux moyen enre­gistré au cours des trente der­nières années. Les impor­ta­tions ont aug­menté en flèche pour atteindre 86 % du PIB, contre 75 % en 2005. La réduction de la demande inté­rieure et la dimi­nution constante de la pro­duction locale par rapport aux impor­ta­tions, en par­ti­culier d’Israël, sont la consé­quence directe des poli­tiques israé­liennes de bou­clage, qui ont ren­forcé l’isolement du ter­ri­toire sur le plan écono­mique. Les impor­ta­tions d’Israël comptent pour plus de 55 % dans le déficit com­mercial palestinien.

- Instabilité budgétaire et marge de manœuvre restreinte

Le blocage des recettes fis­cales pales­ti­niennes col­lectées par Israël au nom de l’Autorité pales­ti­nienne et la réti­cence des dona­teurs à appuyer l’Autorité pales­ti­nienne depuis 2006, conjugués aux effets écono­miques néfastes de sept années de poli­tique israé­lienne de bou­clage sys­té­ma­tique, font que l’Autorité pales­ti­nienne se trouve dans une situation pré­caire sur le plan bud­gé­taire. D’après les esti­ma­tions de la CNUCED, les pertes cumulées de recettes publiques de l’Autorité pales­ti­nienne se sont élevées à 1,2 mil­liard de dollars entre 2000 et 2005. Les pertes de revenus, sans compter les recettes fis­cales blo­quées par Israël, pour­raient faci­lement dépasser 250 mil­lions de dollars en 2006.

Malgré une réduction de 30 % des dépenses publiques qui se sont élevées à 655 mil­lions de dollars, le déficit public serait passé de 761 mil­lions de dollars (17 % du PIB) en 2005 à 791 mil­lions de dollars (19 % du PIB) en 2006. Le déficit a été en partie com­pensé par une aug­men­tation de l’aide exté­rieure de l’ordre de 137 mil­lions de dollars. Cela étant, le caractère irré­gulier de l’appui des dona­teurs a empêché l’Autorité pales­ti­nienne de payer la plupart des fonc­tion­naires publics depuis avril 2006. Lorsque les salaires sont versés, ce n’est que par­tiel­lement et irrégulièrement.

D’après le rapport, des flux de capitaux d’au moins 900 mil­lions de dollars ont dû arriver pour atténuer les effets de la réduction des dépenses publiques et de l’augmentation des impor­ta­tions et empêcher que l’économie pales­ti­nienne n’enregistre un recul de plus de 6,6 %, comme cela a été le cas en 2006. Tou­tefois, une part impor­tante des flux de capitaux ont appa­remment transité par des voies décen­tra­lisées et n’ont pas été trans­férés à l’Autorité palestinienne.

Comme si les pertes bud­gé­taires impor­tantes ne suf­fi­saient pas à elles seules, l’incertitude entourant le montant des res­sources publiques dis­po­nibles fait qu’il est extrê­mement dif­ficile pour les déci­deurs d’orienter l’économie. Cette situation limite le rôle de l’Autorité pales­ti­nienne et de ses sys­tèmes de super­vision moné­taire et d’intermédiation finan­cière et res­treint encore la marge de manœuvre déjà limitée des res­pon­sables palestiniens.

- Compenser la vulnérabilité de l’économie

Selon le rapport, compte tenu des res­tric­tions accrues en matière de mobilité et de l’isolement forcé du ter­ri­toire sur le plan écono­mique, il serait imprudent de compter sur des chan­ge­ments de com­por­tement du secteur privé pour relancer l’économie. Il fau­drait plutôt s’attacher à res­taurer la capacité de pro­duction du secteur privé et à rétablir et ren­forcer ses liens avec le monde exté­rieur, ce qui exigera l’intervention des pou­voirs publics, du temps et l’appui de la com­mu­nauté inter­na­tionale. C’est pourquoi, dans le cadre de toute réor­ga­ni­sation des dépenses bud­gé­taires de l’Autorité pales­ti­nienne, il importe d’accorder un rôle important au secteur public pour sur­monter la crise. D’après le rapport, les mesures de réforme devraient viser à créer les ins­ti­tu­tions néces­saires pour répondre aux besoins gran­dis­sants de la popu­lation ; à jeter les bases néces­saires pour garantir la sou­ve­raineté de l’économie du futur État pales­tinien ; et à fournir aux déci­deurs pales­ti­niens des moyens d’action beaucoup plus impor­tants que ceux prévus par le Pro­tocole de 1994 relatif aux rela­tions écono­miques entre Israël et l’Organisation de libé­ration de la Palestine (Pro­tocole de Paris).

- Mesures prises par la CNUCED

Le secré­tariat a pu réa­liser d’importants progrès et a continué de déve­lopper son mode opé­ra­tionnel sélectif et flexible afin de faire face aux condi­tions extrê­mement favo­rables sur le terrain dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. Les acti­vités d’assistance tech­nique de la CNUCED concernant la moder­ni­sation et l’automatisation des douanes devraient déboucher pro­chai­nement sur le lan­cement de la phase III de SYDONIA. Ce projet, qui se déroulera sur trois ans, porte sur le déploiement intégral du système douanier infor­matisé SYDONIA++ qui sera l’élément central des opé­ra­tions doua­nières modernisées.

L’administration pales­ti­nienne des douanes et du contrôle des fron­tières a demandé son aide au secré­tariat pour trouver de nou­veaux iti­né­raires com­mer­ciaux. En juin 2007, une mission d’experts de la CNUCED s’est rendue en Égypte pour conseiller la délé­gation de l’Autorité pales­ti­nienne dans le cadre de pour­parlers avec l’Égypte concernant l’utilisation du point de passage de Rafah comme couloir com­mercial pour les expor­ta­tions pales­ti­niennes à partir de Gaza. Le Ministère des finances de l’Autorité pales­ti­nienne a également demandé à la CNUCED d’appuyer les pré­pa­ratifs visant à ce que la Palestine obtienne le statut d’observateur auprès de l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC).

En coopé­ration avec le nouveau par­te­nariat stra­té­gique Asie-​​Afrique, qui témoigne de la volonté des pays asia­tiques et afri­cains de sou­tenir les efforts de déve­lop­pement de la Palestine, le secré­tariat a été invité à élaborer des lignes direc­trices pour faci­liter l’évaluation des besoins de ren­for­cement des capa­cités dans les sec­teurs pales­ti­niens public et privé. Dans le cadre du suivi de cette activité, le secré­tariat envisage de col­la­borer avec la Com­mission écono­mique et sociale pour l’Asie occi­dentale (CESAO) afin d’élaborer un cadre pour la four­niture d’informations sur les besoins pales­ti­niens en matière de ren­for­cement des capa­cités dans les domaines des stra­tégies de déve­lop­pement et des finances publiques, de la faci­li­tation et de la poli­tique com­mer­ciale, ainsi que de la pro­motion de l’investissement et du déve­lop­pement des entreprises.

Des progrès continus ont été réa­lisés dans le cadre du projet de création du Conseil des char­geurs pales­ti­niens, qui com­prend plus de 200 membres ori­gi­naires de tous les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. En janvier 2007, le Conseil des char­geurs pales­ti­niens a tenu une confé­rence tech­nique, qui a réuni 185 char­geurs pales­ti­niens et acteurs des sec­teurs public et privé, ainsi que des experts nationaux et inter­na­tionaux, pour débattre au cours d’une journée des pro­blèmes com­mer­ciaux com­plexes de la Palestine. En juin 2007, l’Assemblée consti­tuante du Conseil des char­geurs pales­ti­niens a été convoquée et a élu le premier conseil d’administration du Conseil.

En dépit des appels lancés par le secré­tariat aux dona­teurs, plu­sieurs projets manquent tou­jours cruel­lement de fonds, ce qui risque de com­pro­mettre des années d’efforts en matière de ren­for­cement des ins­ti­tu­tions. La CNUCED a dû sus­pendre les acti­vités qu’elle avait prévues dans le cadre de son pro­gramme d’appui au déve­lop­pement des petites et moyennes entre­prises (EMPRETEC Palestine). En outre, le secré­tariat ne pourra peut-​​être pas entre­prendre les acti­vités d’appui à l’Agence pales­ti­nienne de pro­motion de l’investissement qu’il avait envi­sagées sous la forme d’un pro­gramme de pro­motion de l’investissement dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

Voir le rapport intégral (en anglais) :

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Rapport de la CNUCED sur l’assistance au peuple palestinien
(en anglais seulement)