De Budrus à Bil’in, jusqu’au boycott

Beate Zilversmidt, lundi 30 mai 2005

Membre active du mou­vement israélien d’opposition à la colonisation,The Other Israel, Beate Zil­versmidt analyse les solu­tions pour faire obs­tacle à la poli­tique colo­niale de Sharon.

Après bien des hési­ta­tions, j’ose le dire main­tenant : je suis pour un boycott international

Nous le devons aux fer­miers pales­ti­niens qui uti­lisent des méthodes non-​​violentes pour défendre leurs terres. Nous le devons aussi à tous ces cou­rageux jeunes gens qui viennent jour après jour dans les vil­lages apporter leur aide à ces fer­miers héroïques.

Pourtant, malgré la per­sis­tance non -vio­lente des Pales­ti­niens et la soli­darité de gens jeunes, et vieux parfois, d’Israël et du reste du monde, le point de non-​​retour ne tardera pas à être atteint. Ils n’y arri­veront pas sans l’aide de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Et on ne peut attendre d’intervention rapide de per­sonne si ce n’est les gens normaux. Le chemin vers e boycott passe par Budrus et Bil’in. Cela fait déjà plus d’un an que le projet de désen­ga­gement de Gaza agit comme un écran de fumée. Der­rière le « cinéma » du « combat de titans » entre Sharon et les colons (ses amis passés et à venir) une énorme cap­tation de terre est en cours en Cis­jor­danie que nous sommes sup­posés ne pas voir pendant ce temps là.

Par la construction des colonies et l’érection de la suppose “bar­rière de sépa­ration”, des faits sup­plé­men­taires sont créés quo­ti­dien­nement, dans le but d’empêcher toute pos­si­bilité d’un état pales­tinien viable sur les 22% qui restent après 1948 de la Palestine, et sont occupés depuis 1967. La seule manière d’éteindre le feu avant qu’il ne dévore tout, c’est que les Pales­ti­niens renoncent à ce qu’ils ont perdu en 48-​​ aussi dif­ficile que ce soit d’être prag­ma­tique quand on a tant perdu et que l’humiliation est quo­ti­dienne. De l’autre côté il faut renoncer, à partir d’une position de force, à ce qui a été « gagné » en 67, pour investir dans la paix et le bon voi­sinage. Les Pales­ti­niens y sont prêts, une majorité des Israé­liens aussi, mais pas leur gouvernement.

Sharon le “faiseur de paix” n’a aucune intention de s’entendre avec les Pales­ti­niens, aussi modérés que soient leurs diri­geants. Il n’a rien à leur offrir, rien que la perte de leurs der­nières aspi­ra­tions en leur laissant quelques réserves à l’indienne peut-​​être. Et dans l’affaire une nou­velle géné­ration d’Israéliens voit aussi dis­pa­raître à l’horizon l’espoir d’une vie normale alors que tous sont voués ensemble à de nou­velles décennies de haine et d’autres bains de sang. Et per­sonne ne peut même garantir qu’ici aussi l’apartheid dis­pa­raitra au bout du compte et que toutes les parties seront encore pré­sentes pour com­mencer à vivre ensemble paisiblement.

Ce n’est pas par hasard qu’il y a eu les mois der­niers des ini­tia­tives en faveur du boycott et du dés­in­ves­tis­sement d’Israël, que ce soit par des uni­ver­si­taires bri­tan­niques ou les églises pres­by­té­rienne et anglicane aux de même que le Conseil Œcumé­nique des Eglises à Genève. Etats-​​Unis. C’est là la réaction normale de gens de dif­fé­rents pays qui voient l’abîme dans lequel Israël, la Palestine et tout le Moyen -orient sont en train de plonger, tandis que diplo­mates et chefs d’état ne font rien.

Loin d’être anti-​​sémite ou “partial”, un boycott inter­na­tional intensif peut se révéler le salut d’Israël, le moyen de pression qui per­mettra d’appliquer quand même la solution de deux états et de mettre fin à l’occupation.

C’est alors seulement qu’on pourra espérer la fin de cette guerre catas­tro­phique pour la terre et l’engagement d’ Israël et la Palestine dans une direction nou­velle et meilleure , où des tas de pro­blèmes res­teront à résoudre entre eux, mais à partir de posi­tions plus égales.

Le moment d’agir est venu pour les hommes et les femmes de bonne volonté.