Dans le collimateur de la justice, Lieberman s’en prend à la police

Afp, vendredi 5 mars 2010

Menacé d’inculpation pour cor­ruption, le ministre israélien des Affaires étran­gères, le très contro­versé Avigdor Lie­berman, a contre-​​attaqué en portant plainte mer­credi contre la police qu’il accuse d’avoir organisé des fuites de presse le compromettant.

"J’ai porté plainte devant la Cour suprême contre des fuites de presse sys­té­ma­tiques et orientées de la police concernant l’enquête", a dit aux jour­na­listes Lie­berman. Cette plainte vise en par­ti­culier 13 offi­ciers de police du dépar­tement des enquêtes cri­mi­nelles qui ont accès au dossier.

Il a ajouté avoir adressé une lettre au conseiller juri­dique du gou­ver­nement, Yéhouda Wein­stein, également pro­cureur général de l’Etat, pour le presser d’enquêter sur "les fuites de presse, gros­sières et déli­bé­rément biaisées" orches­trées selon lui par le chef de la police, Dudi Cohen.

Mardi, Lie­berman, un poli­ticien d’extrême droite, a été interrogé par la police sur une ten­tative d’entrave à la justice dans le cadre de l’enquête pour cor­ruption le visant.

"Il n’y a pas eu de fuites de presse. Nous avons publié un com­mu­niqué sur l’interrogatoire de Lie­berman, car il s’agit d’une enquête très sérieuse", a déclaré à l’AFP le porte-​​parole de la police, Micky Rosenfeld.

Selon les médias israé­liens, l’ex-ambassadeur d’Israël au Bélarus, Zeev Ben-​​Arieh, a transmis à Lie­berman, en visite à Minsk en octobre 2008, la pho­to­copie d’un document secret relatif à l’enquête. Le ministère israélien de la Justice y demandait l’aide de son homo­logue du Bélarus pour vérifier des comptes ban­caires dans ce pays et inter­roger diverses personnalités.

Ben-​​Arieh aurait nor­ma­lement dû remettre le document scellé aux auto­rités de Minsk. Lie­berman a donc été informé par avance des ques­tions que la police allait lui poser durant l’interrogatoire.

Tou­jours selon les médias, Ben-​​Arieh a reconnu les faits au cours d’interrogatoires poli­ciers. Il est pas­sible de 15 ans de prison.

Après avoir accédé en 2009 au poste de ministre des Affaires étran­gères, Lie­berman avait nommé Ben-​​Arieh conseiller poli­tique à ce même ministère.

En août 2009, au terme d’une enquête de plus de dix ans, la police a recom­mandé au pro­cureur général de l’Etat de l’époque, Menahem Mazouz, d’engager des pour­suites contre Lie­berman pour cor­ruption et blan­chiment d’argent.

Les médias locaux affirment que des mil­lions de dollars ont été versés de l’étranger à Lie­berman via des sociétés écran et comptes ban­caires pour financer ses cam­pagnes électorales.

Dans un éditorial au vitriol, le Yediot Aha­ronot, le quo­tidien israélien le plus lu, exhorte le ministre des Affaires étran­gères à partir : "اa suffit, partez, faites ce que vous voulez, mais partez !"

Lie­berman plaide l’innocence et se dit "harcelé" depuis plus de dix ans par la police. Il s’est tou­tefois engagé à démis­sionner s’il est inculpé pour corruption.

Selon le nouveau pro­cureur de l’Etat, Moshé Lador, une décision doit être prise "très bientôt, pro­ba­blement dans les semaines à venir" par Wein­stein, nommé à ses fonc­tions en décembre 2009.

Lie­berman dirige le parti ultra­na­tio­na­liste Israel Bei­teinou, troi­sième en impor­tance à la Knesset avec 15 députés sur un total de 120. Sa for­mation est le prin­cipal pilier de la coa­lition gou­ver­ne­mentale du Premier ministre de droite Ben­jamin Netanyahu.