Crise économique palestinienne

Banque Mondiale, samedi 8 mai 2004

La crise écono­mique pales­ti­nienne : syn­thèse du rapport actuel­lement examiné par l’Autorité Pales­ti­nienne, le gou­ver­nement israélien et les bailleurs de fonds, qui était destiné à être publié à la mi-​​mars 2003.

Deux ans d’Intifada, de fer­me­tures et de crise écono­mique pales­ti­nienne. Une évaluation de la Banque Mon­diale, le 5 mars 2003.

Syn­thèse du rapport actuel­lement examiné par l’Autorité Pales­ti­nienne, le gou­ver­nement israélien et les bailleurs de fonds, destiné à être publié à la mi-​​mars 2003.

La crise économique palestinienne. Poursuite d’une grave détérioration.

La deuxième année de l’intifada a vu s’aggraver encore la forte baisse de tous les indi­ca­teurs écono­miques pales­ti­niens. En 2002, le revenu national brut (RNB) [1] a perdu 40 % par rapport à 2000. La popu­lation de la Cis­jor­danie et de la Bande de Gaza ayant connu ces deux der­nières années un taux de crois­sance de 9 %, le revenu réel par tête n’atteint main­tenant que la moitié de son niveau en sep­tembre 2000. Le chômage touche 53 % de la main d’oeuvre [2].

Les des­truc­tions phy­siques liées au conflit ont fait un bond, passant de 305 mil­lions de $US fin 2001 à 728 mil­lions fin août 2002. Entre juin 2000 et juin 2002, les expor­ta­tions pales­ti­niennes ont perdu 45 % de leur valeur tandis que les impor­ta­tions se contrac­taient d’un tiers.

Après 27 mois d’Intifada, les pertes de RNB repré­sen­taient 5,4 mil­liards de dollars. Etant donné que le RNB était de 5,4 mil­liards en 1999, les coûts de la crise repré­sentent main­tenant l’équivalent d’une année com­plète de création de richesse palestinienne.

La situation de l’Autorité pales­ti­nienne (AP) en matière fiscale reste pré­caire. La montée du chômage, le déclin de la demande et la rétention par le gou­ver­nement israélien des taxes col­lectées au nom de l’Autorité pales­ti­nienne ont pro­voqué une baisse des revenus men­suels de l’Autorité, les­quels sont passés de 92 mil­lions de $US fin 2000 à 19 mil­lions à la mi-​​2002.

Une aide bud­gé­taire d’urgence des pays bailleurs de fonds de 40 mil­lions de dollars par mois en moyenne en 2002 (soit environ la moitié du total des dépenses bud­gé­taires de l’Autorité sur cette période [3]) a permis d’éviter l’effondrement de l’Autorité. Dans ce contexte, la récente décision du gou­ver­nement israélien de reprendre le transfert mensuel des revenus de l’AP constitue une mesure tout à fait positive.

Le secteur privé interne a absorbé l’essentiel du choc porté à l’économie. Plus de 50% de la main d’œuvre privée pré-​​intifada a été licenciée.

Les avoirs privés agri­coles et com­mer­ciaux ont essuyé plus de la moitié de tous les dégâts phy­siques. Le crédit ban­caire au secteur privé se tarit alors que l’AP doit actuel­lement environ 370 mil­lions de dollars de fac­tures impayées à des four­nis­seurs privés.

En outre, l’aide directe des bailleurs de fonds aux entre­prises privées a été négli­geable en dépit d’un consensus en vertu duquel le secteur privé doit être le moteur de toute relance écono­mique. Le PNB réel (mesuré au niveau des coûts de fac­teurs) a baissé d’environ 30 % entre 1999 et la mi-​​2002.

Les fer­me­tures, c’est à dire l’imposition par le gou­ver­nement israélien de res­tric­tions à la cir­cu­lation des per­sonnes et des biens pales­ti­niens aux fron­tières et au sein de la Cis­jor­danie et de la Bande de Gaza, consti­tuent la pre­mière cause de la crise écono­mique palestinienne.

Le gou­ver­nement israélien a regretté l’incidence de ces mesures, qu’il considère néces­saires à la pro­tection de ses citoyens contre des attentats violents.

Ces res­tric­tions prennent essen­tiel­lement deux formes : res­tric­tions internes ren­forcées par des couvre-​​feux et fer­meture exté­rieure de la fron­tière entre Israël et les ter­ri­toires occupés, y compris la limi­tation de l’entrée des tra­vailleurs palestiniens.

En mars-​​avril 2002, suite à une inten­si­fi­cation de la vio­lence, les opé­ra­tions des forces de défense israé­liennes (IDF) [NDLR : Forces d’Occupation Israé­lienne] ont trans­formé de nom­breux vil­lages et villes de Cis­jor­danie en zones mili­taires d’accès res­treint dont les habi­tants doivent parfois subir des couvre-​​feux de plu­sieurs jours.

La cir­cu­lation des mar­chan­dises en Cis­jor­danie a été gra­vement inter­rompue par un nouveau système de trans­bor­dement "back-​​to-​​back" qui exige que toutes les mar­chan­dises non huma­ni­taires soient déchargées des camions qui les apportent et rechargées sur des camions locaux à huit points de contrôle près des plus grandes villes de Cisjordanie.

Dans les faits, ces res­tric­tions s’appliquent avec plus de rigueur aux fabri­cants et négo­ciants qui tentent de faire sortir des mar­chan­dises des villes pales­ti­niennes qu’à ceux qui importent des mar­chan­dises d’Israël.

On estime que 128.000 Pales­ti­niens tra­vaillaient en sep­tembre 2002 en Israël et dans les colonies israé­liennes. Lorsque l’intifada a éclaté, le gou­ver­nement israélien a com­mencé par réduire consi­dé­ra­blement la quantité de permis de travail qu’il déli­vrait ; pourtant ces der­niers mois, il a recom­mencé à en établir en plus grand nombre. Fin 2002, près de 32.000 permis avaient été délivrés, même si seulement environ la moitié d’entre eux étaient uti­lisés (les fer­me­tures inté­rieures consti­tuent en effet de sérieux obs­tacles à la mobilité de nom­breux tra­vailleurs en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza à l’heure de se rendre à leur travail).

Eviter l’effondrement économique

Il y a un an, de nom­breux obser­va­teurs crai­gnaient que l’économie pales­ti­nienne ne se trouve au bord de l’effondrement. Durement touchée, celle-​​ci est pourtant tou­jours opé­ra­tion­nelle. L’une des raisons fon­da­men­tales en est que l’Autorité pales­ti­nienne continue de fonc­tionner, en grande partie grâce au soutien bud­gé­taire des bailleurs de fonds, qui permet de verser un salaire mensuel régulier à 125.000 per­sonnes et de fournir des ser­vices essen­tiels à la population.

L’Autorité pales­ti­nienne emploie aujourd’hui un tiers des per­sonnes encore au travail et paie la moitié de tous les salaires perçus en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza.

Ces salaires ont permis d’aider à vivre les deux autres tiers encore employés et ont fait la dif­fé­rence entre la survie du secteur privé inté­rieur et sa dis­pa­rition vir­tuelle.

La survie de l’économie pales­ti­nienne s’explique aussi par la per­sis­tance de niveaux élevés d’aide des bailleurs de fonds. En 2001, les débours ont doublé par rapport aux niveaux anté­rieurs à l’intifada, passant à 929 mil­lions de $US et aug­mentant encore en 2002 pour atteindre 1,051 mil­liards de dollars.

Troi­siè­mement, la société pales­ti­nienne a fait preuve d’une grande cohésion et capacité de résistance.

Malgré la vio­lence, les dif­fi­cultés écono­miques et les frus­tra­tions quo­ti­diennes d’une vie tri­bu­taire des couvre-​​feux et des fer­me­tures, la popu­lation s’entraide, prête et partage et la plupart des familles restent fonctionnelles.

Malgré un rapport de dépendance [4] supé­rieur à 18 à Gaza et l’absence de filets de sécurité formels, il y a peu de cas d’indigence absolue, les per­sonnes per­cevant un revenu le par­ta­geant géné­ra­lement avec celles qui n’en ont pas.

La Cis­jor­danie et Gaza ont encaissé des niveaux de chômage qui auraient déchiré le tissu social de nom­breuses autres sociétés.

En dépit du ralen­tis­sement du déclin écono­mique, il serait erroné de consi­dérer que l’on a atteint un équi­libre stable. La com­bi­naison de l’insécurité poli­tique et des fer­me­tures continue à étouffer l’économie et chaque mois qui s’écoule rend plus dif­ficile encore la reprise ultime.

Le capital humain et indus­triel continue son érosion, nuisant aux pers­pec­tives pales­ti­niennes à long terme de com­pé­ti­tivité (l’investissement total s’est contracté, passant d’environ 1,5 mil­liards à 140 mil­lions de $US entre 1999 et 2002) alors que la baisse du niveau sani­taire et éducatif sape les com­pé­tences des jeunes Palestiniens.

Conséquences sur les Palestiniens ordinaires

La crise écono­mique a gra­vement com­promis le bien-​​être des ménages. De nom­breuses familles ont subi de longues périodes sans travail ou sans revenu et, malgré les efforts de création d’emplois de l’Autorité pales­ti­nienne, des bailleurs de fonds et des ONG, un grand nombre d’entre elles dépendent de l’aide ali­men­taire pour leur survie au quotidien.

Elles ont souvent dû faire face à cette situation en vendant des biens, en empruntant à des parents, des voisins et des com­mer­çants et en réduisant leur consom­mation, y compris la consom­mation alimentaire.

La Banque mon­diale a calculé en fixant le seuil de la pau­vreté à 2 $US par jour, que, si 21% de la popu­lation pales­ti­nienne était pauvre à la veille de l’intifada, cette pro­portion était passée à environ 60% en décembre 2002.

La crois­sance démo­gra­phique aidant, le nombre de pauvres a triplé, passant de 637.000 à près de 2 mil­lions. En outre les pauvres s’appauvrissent : en 1998, une per­sonne pauvre consommait en moyenne l’équivalent de 1,47 $US par jour, un chiffre qui a dégringolé à 1,32 $US aujourd’hui.

Plus de 75% de la popu­lation de la Bande de Gaza vit main­tenant dans une pau­vreté qu’alimente encore le taux élevé de crois­sance démo­gra­phique (4,35% par an).

La santé de la popu­lation pales­ti­nienne s’est sen­si­blement dégradée. La consom­mation ali­men­taire réelle par tête a baissé de 30% depuis sep­tembre 2000.

Une enquête récente indique que 13,3% [5] de la popu­lation de Gaza souffre de mal­nu­trition aiguë, un chiffre à rap­procher de ceux que l’on trouve au Zim­babwe (13 %) et au Congo (13,9 %).

La crise a eu des inci­dences variables selon les groupes sociaux. Les ado­les­cents sont par­ti­cu­liè­rement vul­né­rables. Capables de com­prendre les dif­fi­cultés écono­miques aux­quelles se trouvent confrontées leurs familles mais géné­ra­lement trop jeunes et inex­pé­ri­mentés pour pouvoir leur être d’un grand secours, ils sont par­ti­cu­liè­rement sus­cep­tibles aux trau­ma­tismes et aux sen­ti­ments d’impuissance et de colère.

Les ensei­gnants signalent un nombre croissant de conduites vio­lentes à l’école ; de nom­breux ado­les­cents ne voient pas l’intérêt de continuer à étudier et les taux d’abandon sco­laire ont net­tement aug­menté au cours de l’intifada alors que la pos­si­bilité pour des ado­les­cents de trouver à s’employer sur le marché formel du travail est très limitée.

Nombre de ces jeunes risquent de se trouver enfermés pour toute leur vie dans le piège de la pau­vreté, sans grand espoir d’y échapper, même en cas de reprise économique.

Des recherches inter­na­tio­nales montrent les effets à retar­dement dévas­ta­teurs que peut avoir le chômage pro­longé dans les sociétés patriar­cales et la façon dont il peut se tra­duire par la vio­lence intra­fa­mi­liale. De nom­breuses orga­ni­sa­tions tra­vaillant dans le domaine social et les droits humains avec des familles en Cis­jor­danie et à Gaza ont remarqué une aug­men­tation de la vio­lence contre les femmes parallèle à l’allongement de la crise.

Que peut-​​on faire ?

L’analyse de la Banque mon­diale montre que les pou­voirs des bailleurs de fonds sont limités dans de telles cir­cons­tances. Même si les débours des dona­teurs devaient doubler en 2003 -même si rien n’indique que cela soit faisable-​​, le taux de pau­vreté ne bais­serait qu’à 54 % d’ici la fin 2004 [6].

Conflit pro­longé et crise poli­tique conti­nuent de carac­té­riser la situation. Si les fonds des dona­teurs peuvent amortir les consé­quences de la crise et main­tenir un minimum de ser­vices essen­tiels, ils ne consti­tuent pas une solution.

Il est indis­pen­sable d’élaborer le cadre négocié d’un chan­gement poli­tique qui per­met­trait la reprise du déve­lop­pement écono­mique et social tant en Israël que dans les ter­ri­toires palestiniens.

Les défis que doit relever l’Autorité palestinienne.

Les prin­cipaux four­nis­seurs de service, les minis­tères de la santé, de l’éducation et les muni­ci­pa­lités, ont maintenu un réseau élémen­taire de ser­vices essen­tiels dans un contexte marqué par les couvre-​​feux, les fer­me­tures, la vio­lence pério­dique et une grave contraction fiscale.

Ces ins­ti­tu­tions ont continué à s’acquitter de leur tâche grâce au dévouement de mil­liers de Pales­ti­niens qui tra­vaillent dans les écoles, les cli­niques et les ser­vices muni­cipaux, sou­tenus sur le terrain par les agences du système des Nations Unies, en par­ti­culier l’UNWRA, et par des ONG pales­ti­niennes et internationales.

Au plan stra­té­gique cependant, l’Autorité pales­ti­nienne n’a pas réussi à montrer à l’opinion comment elle fait face à la crise, ce qui explique en partie pourquoi ses efforts sont sous-​​estimés par l’opinion.

L’Autorité pales­ti­nienne a besoin d’élaborer un plan national d’urgence dont elle met­trait à profit la for­mu­lation pour sti­muler l’effort social col­lectif pour faire face à la crise per­sis­tante. La pos­si­bilité d’une guerre régionale et de dif­fi­cultés écono­miques accrues donne plus d’urgence encore à la tâche.

L’adoption par l’Autorité pales­ti­nienne d’un vrai pro­gramme de réforme marque une dif­fé­rence fon­da­mentale avec la situation il y a un an. Le pro­gramme de réforme de l’AP a pour objectif d’éradiquer la cor­ruption en imposant une res­pon­sa­bilité fiscale com­plète afin de créer un contexte juri­dique pré­vi­sible et trans­parent et de constituer une fonction civile moderne, fondée sur le mérite.

Le Comité minis­tériel sur la réforme de l’AP s’est lancé de tout cœur dans cette entre­prise. Des progrès consi­dé­rables ont été réa­lisés, en par­ti­culier dans la gestion des finances de l’AP.

Les progrès dans d’autres domaines, en par­ti­culier la réforme juri­dique et judi­ciaire, ne sont pas encore satis­fai­sants. Cependant beaucoup a été fait, dans l’ensemble, pour res­taurer la cré­di­bilité de l’AP aux yeux de la com­mu­nauté internationale.

L’évolution est main­tenant irré­ver­sible, car l’Autorité pales­ti­nienne, ayant reconnu la nécessité de lutter contre la cor­ruption et de faire d’elle-même un ins­trument démo­cra­tique, moderne et res­pon­sable de gou­ver­nement, se doit de réussir son pro­gramme de réforme à moins de perdre sa légitimité.

Les bailleurs de fonds à l’épreuve.

Selon les pré­vi­sions écono­miques de la Banque pour 2003, qui pré­voient une pour­suite de la crise, les dona­teurs devraient se pro­poser de débourser au moins 1,1 mil­liards de dollars US, un petit peu plus qu’en 2002. L’essentiel de ces fonds sont néces­saires dans le cadre du soutien bud­gé­taire à l’AP (574 mil­lions de $US) et d’autres pro­grammes d’urgence et huma­ni­taires (375 mil­lions de dollars [7] ). Une pre­mière esti­mation indique que les enga­ge­ments repré­sentent pour l’heure quelques 700 mil­lions de $US et que l’on peut attendre un total de 1,5 mil­liards de dollars US d’engagements. Un tel niveau d’engagement ren­drait fai­sable un objectif de débours de 1,1 mil­liards $US  [8].

Le plus déter­minant en 2003 sera d’obtenir un soutien adéquat du budget de l’Autorité pales­ti­nienne, un élément essentiel pour main­tenir la gou­ver­nance de l’AP, per­mettre la pour­suite des ser­vices publics de base et sou­tenir la demande agrégée.

L’objectif de soutien du budget 2003 est ambi­tieux, les débours à ce titre pour 2002 ont atteint plutôt moins (450 mil­lions de $US) et l’on observe des signes de las­situde pré­oc­cu­pants de la part des dona­teurs dans ce domaine [9].

En dépit des contro­verses poli­tiques et du peu de popu­larité tra­di­tion­nelle du soutien au budget (considéré comme un détour­nement de fonds qui pour­raient être des­tinés à un inves­tis­sement fomentant la croissance [10]), celui-​​ci reste la contri­bution la plus fon­da­mentale que puissent réa­liser les bailleurs de fonds pour sou­tenir l’économie et les struc­tures néces­saires à la construction d’un Etat palestinien.

Le rapport aborde les mérites com­parés de quatre ins­tru­ments d’aide des bailleurs de fonds (aide au budget de l’AP, aide ali­men­taire, aide en liquide et pro­grammes de création d’emplois). Il les aborde sous l’angle de leur effi­cacité dans la lutte contre la pauvreté.

L’aide ali­men­taire importée com­porte de nom­breux incon­vé­nients en tant qu’instrument d’assistance, dont son inci­dence négative sur le PIB agricole.

Les pro­grammes d’aide en liquide ou quasi-​​liquide (bons, y compris les bons d’achat d’aliments pro­duits loca­lement) sont de loin préférables.

L’aide au budget de l’AP, en tant qu’instrument d’aide, est supé­rieure à tous les autres. Les pro­grammes de création d’emplois ont leur place dans l’ensemble des mesures d’aide en raison de leurs avan­tages tant dans le domaine psy­cho­lo­gique que parce qu’ils per­mettent de pro­duire des béné­fices, ceci surtout lorsqu’ils sont conçus pour porter au maximum le contenu du travail et l’utilisation de maté­riaux locaux.

Les dona­teurs ne devraient pas aban­donner leur pro­gramme de déve­lop­pement à moyen terme et devraient tenter de faire de leur mieux pour aider à la création des ins­ti­tu­tions et de l’infrastructure d’un futur Etat. A cet égard, les décla­ra­tions d’intention pour 2003 sont encou­ra­geantes et montrent que les bailleurs de fonds sou­haitent engager au moins 335 mil­lions de $US pour l’aide à moyen terme. Si ces plans se réa­lisent, ils met­tront un terme à un déclin pré­oc­cupant des dépenses de déve­lop­pement des donateurs [11].

Des défis pour le gouvernement d’Israël

Les actions du gou­ver­nement israélien sont fon­da­men­tales pour com­prendre le com­por­tement de l’économie pales­ti­nienne en 2003.

Les dif­fé­rents types de fer­meture ont en effet bien plus d’influence que la poli­tique écono­mique de l’AP ou les acti­vités des bailleurs de dons.

Le droit légitime d’Israël à pro­téger ses citoyens des attentats n’est pas ici mis en cause. La dif­fi­culté consiste à s’acquitter de cette tâche sans détruire l’économie pales­ti­nienne et les moyens d’existence des Pales­ti­niens ordinaires.

La condition sine qua non de la sta­bi­li­sation écono­mique est un assou­plis­sement signi­fi­catif du régime actuel des fer­me­tures internes et des couvre-​​feux.

Tant que l’espace écono­mique interne pales­tinien restera aussi frag­menté qu’aujourd’hui et l’économie confrontée à une extrême impré­vi­si­bilité et à d’énormes coûts de tran­saction, la réani­mation de l’activité écono­mique domes­tique restera une pers­pective loin­taine et la situation des Pales­ti­niens conti­nuera de se dégrader.

La récente décision du gou­ver­nement israélien de reprendre le transfert des revenus men­suels de com­pen­sation de l’Autorité pales­ti­nienne constitue une impor­tante initiative [12]. Si ces flux sont régu­liè­rement rétablis et tenus à l’écart des pres­sions poli­tiques quo­ti­diennes, ils joueront un rôle fon­da­mental dans la sta­bi­li­sation de l’économie pales­ti­nienne. Si le gou­ver­nement israélien continue de rem­bourser les arriérés retenus, cela per­mettra à l’AP de régler ses dettes envers le secteur privé interne. L’injection de liqui­dités qui en résultera aura un effet bien plus important sur le secteur privé pales­tinien que toute autre mesure disponible.

L’accroissement récent du nombre de permis délivrés à des Pales­ti­niens pour tra­vailler en Israël et dans les colonies est également très positif. Si cette situation per­siste et si elle est couplée à un assou­plis­sement des fer­me­tures internes, elle contri­buera de façon signi­fi­cative à une reprise écono­mique.

Les bailleurs de fonds ont besoin que le gou­ver­nement israélien facilite davantage le travail des agences huma­ni­taires, qu’il s’agisse de dona­teurs, d’agences des Nations Unies ou d’ONG.

Le rapport décrit une inten­si­fi­cation des rela­tions entre les bailleurs de fonds et le gou­ver­nement israélien dans le contexte du Groupe sur la mise en œuvre des projets (TFPI) et sou­ligne la col­lé­gialité des rela­tions de travail établies entre les bailleurs de fonds du groupe TFPI et le Bureau du coor­di­nateur pour les ter­ri­toires occupés (COGAT).

Le rapport indique également que des hiatus signi­fi­catifs per­sistent entre les enga­ge­ments des dona­teurs envers le COGAT et les actions sur le terrain de cer­tains soldats des forces de défense israé­liennes [NDLR : FOI], ce qui mine l’efficacité de l’effort huma­ni­taire et expose en outre le per­sonnel des orga­ni­sa­tions d’aide à un danger phy­sique certain.

Les bailleurs de fonds ont également sou­ligné avec force que les forces de défense israé­liennes (IDF)[NDLR : FOI] doivent s’abstenir de détruire les infra­struc­tures et locaux financés par les bailleurs de fonds. [13].

Les dona­teurs ont aussi demandé au gou­ver­nement israélien d’assurer, en cohé­rence avec l’appel israélien à une réforme de l’AP, la liberté de cir­cu­lation des offi­ciers et par­le­men­taires pales­ti­niens cru­ciaux pour l’implantation du pro­gramme de Réforme palestinienne.

Il est en outre important que le gou­ver­nement israélien facilite les ren­contres du Conseil légis­latif pales­tinien afin de per­mettre l’approbation d’une légis­lation fon­da­mentale pour la réforme et une super­vision du pro­cessus réformateur.

Les perspectives

Si toute reprise à court terme dépend de la levée des fer­me­tures, celle-​​ci ne suffira pas à mettre l’é-conomie pales­ti­nienne sur les rails d’une crois­sance durable.

Le pro­tocole de Paris, qui a for­malisé l’union doua­nière de facto avec Israël qui existe depuis 1967, s’est avéré extrê­mement coûteux, et ceci pas seulement en raison des fer­me­tures qui ont fait obs­tacle sa mise en œuvre.

Au plan struc­turel, le potentiel de crois­sance à long terme de l’économie pales­ti­nienne s’est trouvé entravé par la pression crois­sante des salaires inté­rieurs pales­ti­niens en raison des salaires payés aux tra­vailleurs pales­ti­niens en Israël. Les salaires inté­rieurs ont excédé toute crois­sance sous-​​jacente de pro­duc­tivité et entravé la capacité des Pales­ti­niens à exporter à des prix com­pé­titifs dans le reste du monde.

L’analyse ban­caire montre qu’une poli­tique volon­ta­riste de déve­lop­pement des expor­ta­tions fondée sur l’adoption d’un régime com­mercial plus ouvert et moins dis­cri­mi­na­toire créerait d’ici 2010 des revenus plus impor­tants qu’un retour aux niveaux anté­rieurs d’emploi en Israël.

Entre 1968 et 2000, les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de la Bande de Gaza ont suivi une stra­tégie d’exportation du travail plutôt que des mar­chan­dises. En juin 2000, trois mois avant l’intifada pales­ti­nienne actuelle, 21 % de tous les Pales­ti­niens tra­vaillant étaient employés en Israël, essen­tiel­lement dans des emplois peu qua­lifiés dans la construction et l’agriculture.

Les revenus nets en pro­ve­nance de l’étranger ont fourni plus de 22 % du PIB pales­tinien, faisant de cette économie l’une des plus dépen­dantes des envois de fonds exté­rieurs au monde.

C’est la raison pour laquelle la perte d’emplois en Israël au cours des deux der­nières années a eu une telle inci­dence. En d’autres termes, l’intifada a sou­ligné la vul­né­ra­bilité d’une stra­tégie de déve­lop­pement s’appuyant si lar­gement sur l’exportation de main d’œuvre en Israël.

Les béné­fices com­mer­ciaux met­traient du temps à se maté­ria­liser et le retour au marché du travail israélien consti­tuerait cer­tai­nement la façon la plus rapide d’accroître les revenus d’un grand nombre de Pales­ti­niens ordi­naires, mais un retour aux niveaux d’emploi pales­tinien en Israël anté­rieurs à sep­tembre 2000 semble peu pro­bable. En tout état de cause, il ris­querait de per­pétuer un niveau élevé de dépen­dance de l’économie pales­ti­nienne envers Israël et empê­cherait l’émergence d’une stra­tégie de déve­lop­pement plus diversifiée.

Il est cependant important de sou­ligner qu’un tel chan­gement de poli­tique exige la coopé­ration active d’Israël et constitue ainsi partie inté­grante d’un rap­pro­chement politique.

[1] Produit national brut + les envois de l’étranger.

[2] Si l’on exclut ceux qui ne cherchent plus de travail. Avec une défi­nition plus res­trictive du chômage, le taux actuel est estimé à 42%

[3] En tout près de 1,1 mil­liards de $ US fin 2002, dont 480 mil­lions pro­ve­nairnt de pays de la Ligue Arabe et 230 de l’Union Européenne

[4] Nombre de per­sonnes dépendant de chaque per­sonne employée

[5] Eva­luation nutri­tion­nelle de la Cis­jor­danie et de la bande de Gaza mené par les uni­ver­si­taires John Hopkins et Al Qods et financée par l’USAID par le biais de Care Inter­na­tionnal, sep­tembre 2002

[6] Ceci est en partie dû aux fer­me­tures qui réduisent la capacité de l’aide exté­rieure à amé­liorer le revenu réel, la plupart des finan­ce­ments se tra­duisant par des impor­ta­tions et de l’inflation plutôt qu’une production intérieure

[7] Six pro­grammes d’urgence et huma­ni­taires sont recom­mandés aux bailleurs de fonds dans le rapport : soutien d’urgence aux muni­ci­pa­lités, aide directe au secteur privé, ins­tru­ments d’assistance sociale (pro­grammes d’aide ali­men­taire, d’aide en liquide, de création d’emplois), répa­ration des infra­struc­tures endom­magées, aide au système uni­ver­si­taire et fonds pour le Cin­quième Appel d’urgence de l’UNWRA.

[8] Tous comptes faits ce sont les débours, c’est à dire les fonds reçus, qui comptent. Il faut un rapport engagement/​​débours de 1 à 0,73 pour tra­duire 1,5 mil­liards de dol­lards US d’engagements en 1,1 mil­liards dol­lards US de débours. En 2002, on a obtenu un rapport de 1 à 0,69. Ces esti­ma­tions concernant les finan­ce­ments de dona­teurs sont actuel­lement en cours d’examen avec l’AP afin de convenir de chiffres communs

[9] Le rapport détaille les dif­fi­cultés asso­ciées à la formule de partage du fardeau adopté par le Sommet de la Ligue Arabe de Bey­routh en mars 2002 ainsi que les pré­oc­cu­pa­tions exprimées par des par­le­men­taires euro­péens crai­gnant que cer­taines contri­bu­tions n’aient été détournées pour financer des attaques contre les Israé­liens. Le rapport indique également que le gou­ver­nement d’Israël a repris les com­pen­sa­tions de revenus, signe vital d’une confiance crois­sante des Israé­liens dans la façon dont les finances de l’AP sont maintenant gérées

[10] Cet argument n’est pas valable dans les condi­tions écono­miques actuelles. Les retours sur capitaux ne repré­sentent actuel­lement qu’environ la moitié de ce qu’ils étaient à la veille de l’intifada, alors qu’il reste essentiel pour la future reprise écono­mique de main­tenir un niveau minimum de consommation

[11] Les enga­ge­ments à moyen terme en faveur des infra­struc­tures et d’un travail de for­mation sont passés de 482 mil­lions de $US en 1999 à 279 mil­lions de $US en 2001 puis 197 mil­lions de $US en 2002. En 2000, le rapport entre l’aide au déve­lop­pement et l’aide d’urgence était d’environ 7 contre 1 en faveur de l’aide au déve­lop­pement. En 2002, ce rapport était passé à près de 5 contre 1 en faveur de l’aide d’urgence. En dépit d’un accrois­sement de près de 57 % des enga­ge­ments généraux pour cette période, l’aide au déve­lop­pement a décliné de 70 % tandis que l’aide d’urgence aug­mentait d’un facteur de 10

[12] Pour l’heure le gou­ver­nement israélien a payé 460,5 mil­lions de shekels (NIS) de com­pen­sa­tions men­suelles fis­cales (pour octobre, novembre et décembre 2002) et 410 mil­lions de shekels d’arriérés

[13] La Banque Mon­diale estime à environ 150 mil­lions de $US les dom­mages causés à des infra­struc­tures et ins­tal­la­tions financées par des dona­teurs depuis sep­tembre 2000