Crise de l’eau dans les Territoires palestiniens

Karim Lebhour, mardi 28 octobre 2008

Face à la séche­resse, les Pales­ti­niens demandent un partage plus équi­table de l’eau avec Israël. La séche­resse qui affecte la région Médi­ter­ranée frappe durement les Ter­ri­toires pales­ti­niens, péna­lisés par un accès limité aux res­sources en eaux contrôlées par Israël.

Yatta attend la pluie. Depuis le mois de mars, le ciel de cette région du sud de la Cis­jor­danie est resté sec et les pre­mières averses d’hiver se font tou­jours attendre. De mémoire d’homme, l’année 2008 est l’une des plus arides depuis vingt ans. « Nor­ma­lement, la moyenne des pré­ci­pi­ta­tions dans la région de Yatta est de 300 mm par an. Depuis l’année der­nière, nous sommes tombés à 180 mm », constate Ishaq al-​​Horainat, res­pon­sable du service des eaux de cette muni­ci­palité de 75 000 âmes, au sud d’Hébron.

Le puits qui fournit la ville est au plus bas et la com­pagnie nationale israé­lienne Mekorot a réduit son appro­vi­sion­nement de 20%. Consé­quence, dans la plupart des habi­ta­tions de Yatta, l’eau est coupée depuis plus de quatre mois. Pour sa consom­mation, la famille de Zohra Azazi ne peut compter que sur les camions-​​citernes qui par­courent les villes et vil­lages des environs. Une eau vendue au prix fort, au moins dix fois plus cher que l’eau de la muni­ci­palité. « J’ai arrêté de laver le sol de la maison. Même pour les vête­ments, c’est devenu très dif­ficile. Toute l’eau que nous achetons, nous l’utilisons pour se laver, cui­siner et pour boire », témoigne cette mère de famille.

La Croix-​​Rouge et les orga­ni­sa­tions huma­ni­taires orga­nisent désormais des dis­tri­bu­tions d’eau aux popu­la­tions les plus fra­giles. « Dans les vil­lages les plus éloignés, le prix de l’eau livrée par les camions-​​citernes atteint jusqu’à 30 ou 40 shekels par mètre cube (entre 6 et 8 euros). Cela fait peser une pression finan­cière insou­te­nable pour les familles les plus démunies, explique Stephen Williams, chef de mission d’Action contre la faim Espagne (ACF) à Jéru­salem. La séche­resse affecte aussi les pâtu­rages. Bédouins et bergers sont forcés de vendre leurs animaux, faute de pouvoir acheter du fourrage pour nourrir les trou­peaux qui ne trouvent plus rien à brouter », ajoute t-​​il.

Quinze litres d’eau par jour et par personne

Les Pales­ti­niens de cette région du sud de la Cis­jor­danie doivent parfois se contenter de 15 litres d’eau par jour et par per­sonne. Une quantité bien insuf­fi­sante au regard des 100 litres jugés néces­saires par l’Organisation mon­diale de la Santé (OMS). Au total, les Pales­ti­niens consomment 3,5 fois moins d’eau que leurs voisins israé­liens. Tout est affaire de contrôle et de partage des ressources.

Dans son bureau de Ramallah, Shaddad Attili le res­pon­sable de la Pales­tinian Water Authority (PWA) avoue son impuis­sance. « Je suis un ministre virtuel, grommelle-​​t-​​il. Tout ce que je peux faire c’est de la gestion de crise et envoyer des camions-​​citernes dans les régions les plus tou­chées ». Sur la carte accrochée dans son bureau, Shaddad Attili montre la nappe phréa­tique par­tagée avec Israël, qui réside pour sa plus grande partie dans le sous-​​sol palestinien.

L’accès des Pales­ti­niens à ces réserves est stric­tement contrôlé par l’Etat hébreu. « Je ne peux même pas rac­corder deux tuyaux sans l’autorisation d’Israël. Si je veux creuser un puits, je dois obtenir l’accord de treize dépar­te­ments dif­fé­rents qui ont tous une bonne raison de me le refuser », poursuit Shaddad Attili. Depuis 1967, date de l’occupation des Ter­ri­toires pales­ti­niens par Israël, aucun nouveau puits pales­tinien n’a été autorisé dans la nappe phréa­tique ouest, la plus pro­fonde et la plus abondante.

Il pleut davantage à Ramallah qu’à Paris !

L’eau est un enjeu essentiel des négo­cia­tions en cours pour un accord de paix. Les Pales­ti­niens n’ont actuel­lement accès qu’à 20% des res­sources par­tagées avec Israël. « Nous demandons un partage plus équi­table », explique Shaddad Attili. « Cette terre est loin d’être aride. Le manque d’eau n’a rien à voir avec celui que connaît un pays comme la Jor­danie. Il pleut davantage à Ramallah qu’à Paris ! », ren­chérit Clemens Mes­ser­schmid, expert en eau allemand qui tra­vaille dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens depuis douze ans. En moyenne annuelle, Ramallah reçoit en effet 680 mm de pluies contre 630 mm pour la ville de Paris.

Pour Clemens Mes­ser­schmid, le pro­blème réside dans une consom­mation irrai­sonnée des res­sources côté israélien. Les Israé­liens consomment deux fois plus d’eau que les Français, 280 litres par per­sonne et par jour contre 137 litres en France, dont la grande partie au profit d’une agri­culture qui ne repré­sente que 2% de la richesse nationale. La séche­resse qui s’installe dura­blement pourrait changer ces habi­tudes. « Cette année pour la pre­mière fois, les Israé­liens ont cessé d’arroser les gazons ver­doyants que l’on voit sur les ronds-​​points, s’amuse l’hydro-géologiste. J’ai en même vu avec du gazon artificiel ».