Crise dans les prisons et les ONG suite au blocus économique :

PNN, samedi 13 mai 2006

Le blocus poli­tique mené par les Etats-​​Unis continue, mais contrai­rement à ce que l’on pourrait croire, il concerne également les ONG pales­ti­niennes qui ne peuvent pas faire tran­siter leurs fonds par les banques sous la menace de sanc­tions américaines.

Les orga­ni­sa­tions pour les droits de l’Homme, les ONG en général et la Société des pri­son­niers pales­ti­niens sont durement tou­chées par ces mesures. Jeudi après-​​midi, l’agence de presse PNN a obtenu un entretien avec le directeur général des médias de la Société des pri­son­niers pales­ti­niens, Basim Sbeih.

" Comme toute autre orga­ni­sation pales­ti­nienne, nous sommes pré­oc­cupés par la situation de nos com­pa­triotes dans les prisons israéliennes.

Trente avocats repré­sentent ces per­sonnes. Cependant, les fonds ont été gelés, y compris la paye des avocats qui les tra­vaillent pour nous. Cela a créé une crise qui per­turbe énor­mément dans leur travail. Les avocats menacent de faire grève et de cesser de repré­senter les pri­son­niers car ils ont besoin de leur salaire. Cela va créer un pro­blème gigan­tesque pour les pri­son­niers pales­ti­niens et leurs familles.

Les avocats sont le seul lien entre les pri­son­niers, leurs familles et les orga­ni­sa­tions pour les droits de l’Homme - en par­ti­culier la Société des pri­son­niers pales­ti­niens, qui repré­sente annuel­lement 4 mille pri­son­niers dans les Tri­bunaux mili­taires israé­liens. La situation finan­cière de notre orga­ni­sation est très sombre suite au gel des fonds fournis par le Ministère des Affaires des détenus et ex-​​détenus. Cela se répercute bien entendu sur tous les employés de la société des pri­son­niers palestiniens. »

Le travail de Basim Sbeih est par­ti­cu­liè­rement crucial alors que la Cour israé­lienne envisage de séparer une jeune mère, Manal Ghanam, de son fils âgé de trois ans, Nour. Le petit garçon ne connaît rien d’autre que la vie en prison avec sa mère. « Habi­tante de Tul­karem, cette femme âgée de trente ans a accouché de son fils à la fin de sep­tembre 2003.

La Cour israé­lienne a voulu les séparer hier, le 11 mai. Ghanam, qui a gardé son fils auprès d’elle est à présent condamnée à le perdre. Elle a ren­contré son mari et ses trois autres fils dans une salle ouverte dans la prison. Il fallait que le petit Nour s’habitue à ses frères et à son père qu’il n’a jamais connus.

« Quant à Sumar Sbeih, elle a donné nais­sance à un enfant à l’hôpital de la prison le 30 avril par césa­rienne, menottée et ligotée. Après la césa­rienne, elle a été trans­férée dans une autre chambre où elle est restée attachée pendant trois jours. Trois gar­diens se relayaient et lui impo­saient des res­tric­tions sévères. Après cela, elle a été trans­férée à la prison de Ramle où elle vit main­tenant avec son nouveau-​​né."

Trois pri­son­nières ont accouché dans les prisons israé­liennes durant cette Intifada. Mer­vaTaha, une autre femme, a mis son fils au monde en prison le 8 février 2002 et elle a fina­lement été relâchée avec son fils au début de l’année 2005. La fille d’une des pri­son­nières a trois ans et trois mois et elle est à l’intérieur de la prison depuis trois mois.

La mère a mené une grève de la faim pour que son enfant lui soit rendue et l’administration de la prison a accédé à sa requête.

Sbeih, le directeur général des médias en Cis­jor­danie pour la Société des pri­son­niers pales­ti­niens, a mené une grève de la faim ouverte mer­credi dans les prisons.

"Cette grève a été entre­prise hier dans les prisons israé­liennes par environ 9000 pri­son­niers poli­tiques en soli­darité avec les quinze per­sonnes qui se trouvent en cel­lules d’isolement. L’une d’entre elles a été en iso­lement pendant cinq ou six ans, et n’a jamais été auto­risée à quitter sa cellule et à avoir des contacts avec la société. " Le blocus écono­mique fait des ravages parmi les Pales­ti­niens qui dépendent des magasins de la prison et des can­tines pour com­pléter le peu de nour­riture reçu des auto­rités de la prison. Ils achètent également des pro­duits de pre­mière nécessité comme le savon et le dentifrice.

Les Israé­liens ont fermé plu­sieurs des comptes qu’ils avaient ouverts dans la prison, et les pri­son­niers souffrent donc de la faim. Ainsi qu’une mère de Beth­lehem a demandé hier : « n’y aura-​​t-​​il pas de fin ? » La réponse qui est venue du Premier Ministre Ismail Haniyeh et du Pré­sident Abbas l’a fait rire. Ils ont déclaré aux reporters après une réunion cette semaine que l’argent arri­verait peut-​​être au mois d’août. Ses insultes en l’apprenant, pour la pre­mière fois, étaient adressées en priorité aux Américains.