Cris, menaces et passages à tabac : les enfants palestiniens victimes de maltraitances en détention

Le nombre d’enfants arrêtés en Cisjordanie et à Gaza a considérablement augmenté au cours des derniers mois.

Middle East Eye, mercredi 13 avril 2016

Des enfants palestiniens sont assis à l'intérieur d'un véhicule blindé israélien après avoir été arrêtés pour des jets de pierres dans la ville d'Hébron, en Cisjordanie occupée, le 18 février 2003 (AFP)

Le nombre d’enfants palestiniens arrêtés par la police israélienne est monté en flèche depuis octobre et le début d’une vague de violence dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza, a rapporté Human Rights Watch.

Les enfants arrêtés pour des jets de bouteilles ou parce que les forces de sécurité les soupçonnent d’être en possession d’un couteau sont passés à tabac et menottés à des chaises et se voient refuser leurs droits, a indiqué le rapport.

L’augmentation de plus de 150 % des arrestations par rapport à la même période l’année dernière a commencé en octobre, suite à l’escalade des protestations en Cisjordanie et à Gaza, qui ont donné lieu à des tirs à balles réelles des forces israéliennes contre les protestataires.

Au mois de février 2016, 440 enfants palestiniens ont été arrêtés contre 182 l’année précédente.

On a également assisté à une vague d’attaques au couteau et de tentatives d’attaques au couteau menées par des Palestiniens contre des civils israéliens et les forces de sécurité israéliennes à la fois en Cisjordanie et en Israël, ainsi qu’à une augmentation des incidents de jets de pierres causés par des enfants dans les territoires occupés.

Au mois de mars, 41 enfants avaient été tués depuis le début des violences en octobre, selon Defence for Children International.

En mars, des parents ont fait part à Middle East Eye de leur impression que laisser leurs enfants jouer dehors n’était plus sûr.

Nasreen al-Baw, dont le fils de 14 ans a été abattu d’une balle dans le dos et tué alors qu’il jouait sur une colline, a expliqué que ses trois jeunes enfants n’étaient autorisés à quitter la maison que s’ils étaient accompagnés d’un adulte.

« Ici, les enfants avaient l’habitude d’aller et venir comme bon leur semblait. Ils ne restaient pas assis toute la journée à l’intérieur derrière un ordinateur, ils sortaient jouer avec leurs amis après l’école, mais ce n’est plus notre réalité », a-t-elle affirmé.

« Il est tout simplement trop dangereux de laisser les enfants sortir sans nous. Nous savons désormais que tout est possible sous l’occupation. Passer une journée dans un champ avec un chien peut être fatal. »

Les lois internationales mais aussi les lois nationales israéliennes sont censées offrir des protections aux enfants détenus, notamment en autorisant leur arrestation uniquement en dernier recours et en garantissant que l’enfant ne peut être contraint à passer aux aveux.

Des avocats et des groupes locaux de défense des droits de l’homme ont affirmé que les forces israéliennes violent régulièrement ces lois.

« Les enfants palestiniens sont traités d’une manière qui terrifierait et traumatiserait un adulte », a déclaré Sari Bashi, directrice de HRW pour Israël et la Palestine.

« Les cris, les menaces et les passages à tabac ne sont pas des moyens pouvant être employés par la police pour traiter un enfant ou obtenir des informations précises de sa part. »

Dans un cas, des images vidéo enregistrées par une caméra de surveillance d’un magasin montrent l’arrestation de Fayez, 15 ans, lors de laquelle ce dernier est giflé, traîné et tenu dans une prise d’étranglement par au moins sept policiers en tenue anti-émeute.

La vidéo montre Fayez, 53 kg, désormais totalement maîtrisé et recevant des coups de poing après avoir été mis debout.

« Fayez a affirmé qu’il a ensuite été menotté et amené à pied jusqu’au quartier d’Abu Tor, où vivent à la fois des Palestiniens et des juifs israéliens », a indiqué le rapport.

« Il a raconté que les policiers ont continué de le frapper et de lui donner des coups de pied. Après être entrés dans le quartier à pied par une porte, les policiers l’ont jeté à terre », a expliqué Fayez.

« Six ou sept officiers lui ont donné des coups de pied au niveau des jambes, du dos et de la tête, tandis que les spectateurs hurlaient en hébreu et proféraient des jurons arabes à propos de sa mère et de sa sœur. »

Fawaz, le père de Fayez, a raconté que lorsqu’il a essayé de savoir ce qui se passait, il a reçu un coup de poing au visage. Il a ensuite été envoyé dans trois centres de détention différents pour chercher à savoir où la police avait emmené son fils.

« Ils ont fait tout cela pour que je manque le premier interrogatoire », a expliqué le père de Fayez.

« Je pouvais voir des marques sur son visage, a ajouté Fawaz. Elles étaient bleues et son cou comportait des traces de doigts [...] Elles étaient rouges et bleues. Ils l’insultaient et utilisaient un langage grossier. Cela m’était insupportable. Je leur ai dit de faire preuve de retenue à son égard et ils m’ont aussi hurlé dessus. »

« Une nuit terrifiante »

Après l’interrogatoire, qui s’est terminé vers 23 heures, le garçon a été menotté dehors à une chaise, dans le froid, a-t-il raconté. Il a finalement été autorisé à dormir dans une jeep car il n’y avait pas de place dans un centre de détention pour mineurs.

« Ce fut une nuit terrifiante », a-t-il confié, avant d’ajouter que les policiers avaient versé de l’eau sur lui pour le réveiller.

Il a été libéré sans inculpation le lendemain.

Dans le cas d’Ahmed, arrêté parce qu’il était soupçonné d’être en possession d’un couteau, HRW a envoyé une série de questions aux forces de police israéliennes du district d’Hébron.

La réponse n’a abordé aucune des accusations concernant les abus commis contre Ahmed, qui a affirmé avoir été « frappé au dos et aux jambes et reçu des coups à la tête, notamment des coups de pied ».

Le district d’Hébron n’a pas non plus répondu à la question de savoir si l’un des parents d’Ahmed avait signé les documents requis par la loi indiquant qu’ils avaient été informés de son arrestation.

« En ce qui concerne la présence des parents du mineur lors de l’interrogatoire, dans la mesure où l’affaire concerne une infraction touchant la sécurité, le mineur peut être interrogé sans qu’un parent soit présent au cours de l’interrogatoire », a précisé la réponse, dans laquelle il était également spécifié que l’interrogatoire avait été mené par un « interrogateur spécialiste des jeunes » spécifiquement formé.

Par le passé, le groupe de défense des droits de l’homme a interviewé des garçons ayant subi des expériences similaires, dont certains se sont uriné dessus de peur ou ont eu des cauchemars longtemps après la fin de leur détention.

Selon Mohammed Mahmoud, avocat pour l’organisation de prisonniers palestiniens Adameer, un des problèmes majeurs est le fait qu’un officier de police puisse délivrer aux interrogateurs une ordonnance leur permettant de ne pas autoriser la présence des parents d’un enfant.

« À notre connaissance, cette ordonnance est utilisée uniquement dans des cas politiques contre des enfants palestiniens, et cela accorde aux interrogateurs la liberté de harceler, de hurler, de menacer les enfants et de les contraindre par la peur à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation