Condamnation unanime du nouveau projet de construction à Jérusalem-​​Est

Catherine Monnet et Karim Lebhour, jeudi 11 mars 2010

Les condam­na­tions se sont mul­ti­pliées au len­demain du feu vert du gou­ver­nement Neta­nyahu à la construction de 1 600 loge­ments de colons juifs à Jérusalem-​​Est. Une « insulte », selon les Arabes. La presse israé­lienne, elle-​​même, évoque un « crachat au visage » de Washington, alors que le vice-​​président amé­ricain était en tournée au Proche-​​Orient. Joe Biden était venu tenter d’arracher une reprise des négo­cia­tions indi­rectes en Israël et les Pales­ti­niens. Il était ce mer­credi 10 mars à Ramallah. Côté pales­tinien, on estime que l’heure n’est plus vraiment aux négociations.

C’est un Joe Biden, gra­ti­fiant le pré­sident Abbas d’une cha­leu­reuse accolade et l’enveloppant d’un bras pro­tecteur qui a fait son entrée ce mer­credi 10 mars à la Moukata, le siège de l’Autorité pales­ti­nienne. Lors de sa visite dans les Ter­ri­toires, le vice-​​président amé­ricain a une nou­velle fois condamné la décision israé­lienne de construire plus de 1 500 loge­ments à Jérusalem-​​Est, une mesure qui « sape la confiance » néces­saire à la reprise des pour­parlers et qui empêche, d’après Joe Biden, de « com­mencer et de pro­duire des négo­ca­tions fructueuses ».

Menaces sur le dialogue israélo-​​palestinien

Joe Biden, le bon ami de Benyamin Neta­nyahu à Washington, sait aussi montrer qu’il est vraiment faché en arrivant, comme il l’a fait, avec plus d’une heure de retard à un diner offert par le couple Neta­nyahu. Quant à l’homme qui est à l’origine du courou amé­ricain, le ministre de l’Intérieur Eli Yishaï -qui a annoncé mardi 9 mars le nouveau plan de construction-​​ il s’est excusé d’avoir créé un tel embarras et assure n’avoir voulu pro­voquer personne.

Ce n’est pas l’avis de nom­breux com­men­ta­teurs israé­liens qui accusent le Premier ministre d’avoir « ruiné » la visite de Joe Biden et « tor­pillé » la relation israélo-​​américaine.

La colère des Palestiniens

 [1]

Ça devait être la semaine de reprise des négo­cia­tions entre Israé­liens et Pales­ti­niens. Ces dis­cus­sions de proximité, comme on les appelle, ont été tota­lement éclipsées par cet accroc diplo­ma­tique sur Jérusalem-​​Est.

Côté pales­tinien, on estime main­tenant qu’il est pré­maturé de parler d’une reprise de pro­cessus de paix. Mahmoud Abbas a dit que la décision de reprendre des négo­cia­tions, même indi­rectes, avaient été dif­fi­ciles et que l’annonce de ces loge­ments à Jérusalem-​​Est pourrait bien faire dérailler ces dis­cus­sions avant même qu’elles ne commencent.

Et puis, il y a aussi une cer­taine satis­faction côté pales­tinien parce que l’annonce de construc­tions dans la colonie de Beitar Ilit, lundi, en Cis­jor­danie, était passée presque inaperçue. Eh bien là, ces annonces à Jérusalem-​​Est ont tapé dans le mille si l’on peut dire. Et en faisant cette annonce, au moment de la visite de Joe Biden, Israël apparaît comme le fauteur de troubles alors que les Pales­ti­niens eux-​​mêmes étaient très hési­tants à reprendre ces négociations.

Des actes, pas des paroles

Les diri­geants pales­ti­niens attendent surtout des mesures concrètes, notamment des mesures écono­miques. En tout cas, c’est ce que Mahmoud Abbas a dit à Joe Biden, ici, à Ramallah. Il a notamment dit que les condam­na­tions ver­bales de la poli­tique israé­lienne ne suf­fisent plus, qu’il faut main­tenant des actes. Les Pales­ti­niens vou­draient que les Etats-​​Unis et l’Europe également prennent des mesures de rétorsion quand des construc­tions sont lancées en Cis­jor­danie ou à Jérusalem-​​Est.

Les Etats-​​Unis, disent-​​ils, peuvent jouer de l’aide mili­taire qu’ils offrent à Israël. Les Euro­péens, eux, peuvent jouer des liens com­mer­ciaux qu’ils ont avec Israël. On est encore loin évidemment de ces sanc­tions, mais en tout cas l’idée fait son chemin et est rendue un petit peu plus cré­dible par ce pataquès diplo­ma­tique pendant la visite de Joe Biden.

[1] cor­res­pondant à Ramallah, Karim Lebhour