Comment Obama entend patiemment encercler les adversaires de la paix

Jean-​​Marcel Bouguereau., samedi 6 juin 2009

C’est une stra­tégie en plu­sieurs actes qu’a com­mencé de déployer Barack Obama. Ceux qui atten­daient du dis­cours du Caire une solution aux pro­blèmes du Moyen-​​Orient seront déçus.

Hier, le Pré­sident amé­ricain a continué de décons­truire le gâchis pro­voqué par la poli­tique de George W. Bush. L’Amérique, sous les mandats de son pré­dé­cesseur, avait réussi à se faire haïr un peu partout dans le monde et spé­cia­lement dans le monde musulman. Bien sûr Obama a réitéré son enga­gement en faveur d’un Etat pales­tinien, comme "seule solution" après des décennies d’impasse, pressant Israël de cesser la colo­ni­sation dans les ter­ri­toires palestiniens.

Tourner la page d’"un cycle de méfiance et de discorde"

Mais l’essentiel de son long dis­cours s’adressait au monde musulman, pro­posant de tourner la page d’"un cycle de méfiance et de discorde"."Tant que nos rela­tions seront définies par nos dif­fé­rences, nous don­nerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine plutôt que la paix, à ceux qui font la pro­motion du conflit plutôt que de la coopé­ration", a-​​t-​​il déclaré. Citant le Coran, il a com­mencé par user, dans Arabe dans le texte, de cette forte formule de poli­tesse qui signifie « Que la paix soit avec vous »( "Salamu Aleikum"). Mais il a également sou­ligné que le monde musulman devait lutter contre les "pré­jugés" anti-​​américains, évoquant aussi les ques­tions épineuses des droits de l’Homme, du rôle de la femme et de leur "libre choix" dans les sociétés musulmanes.

Vers la « solution à 57 Etats »

En s’adressant au monde musulman, Obama est en train d’encercler la droite israé­lienne, en s’inspirant du grand deal déjà évoqué par le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, la « solution à 57 Etats », la recon­nais­sance d’Israël par l’ensemble des Etats arabes et musulmans en échange de cette création d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de. L’Autorité pales­ti­nienne ne s’y est pas trompée, jugeant ce dis­cours "clair et franc " La solution à deux Etats "est dans l’intérêt d’Israël, dans l’intérêt de la Palestine, dans l’intérêt de l’Amérique, dans l’intérêt du monde entier". "C’est pourquoi j’ai l’intention de pour­suivre per­son­nel­lement cet objectif, avec toute la patience que cette tâche exige."

Obama sait que Rome ne fut pas faite en un jour

Le mot important est « patience ». Obama sait que Rome ne fut pas faite en un jour. Il va continuer à semer ses balises. Avant les plages de Nor­mandie, il y ira à Buchenwald, occasion d’exprimer sa conviction que la survie d’Israël passe par une solution de paix. Combien de temps Neta­nyahou continuera-​​t-​​il d’affirmer qu’il refusera tout gel total de la construction dans les colonies ? C’est que paral­lè­lement le New York Times a lâché une bombe en révélant que les Etats-​​Unis auraient l¹intention de mettre fin au soutien sys­té­ma­tique à Israël aux Nations unies