Comment Israël profite de la hausse des dépenses de sécurité en Europe

Alors que les Européens accroissent leurs budgets de défense sous l’effet de menaces aggravées, Israël voit augmenter les ventes de ses entreprises spécialisées dans l’armement et la sécurité, confortant la position de ce petit pays comme un leader dans le secteur. La hausse de ces ventes intervient malgré, et peut-être en partie grâce à, la poursuite du conflit israélo-palestinien, les entreprises israéliennes mettant en avant que leurs produits ont été testés sur le terrain.

Joe Dyke, L’Orient le Jour, dimanche 19 juin 2016

Les dépenses européennes consacrées à la défense et à la sécurité étaient restées à peu près stables pendant une décennie. Mais l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, les attaques d’islamistes radicaux et l’afflux de réfugiés ont provoqué une hausse sensible. Les budgets de défense sont en hausse de 8,3 % cette année à travers l’Europe, selon un récent rapport rédigé notamment par l’Institut de relations internationales et stratégiques. Les entreprises israéliennes, dont beaucoup sont soutenues par l’État, capitalisent en proposant de nouveaux produits. Vingt-neuf d’entre elles présentaient leurs technologies cette semaine au salon Eurosatory, un des plus importants dans le secteur.

Les exportations vers la France, pourtant à l’origine d’une initiative de paix à laquelle Israël s’oppose, sont en forte hausse. En 2014, les exportations israéliennes vers la France dans le domaine de la défense civile et des technologies de défense ont totalisé un peu plus de 150 millions de dollars, selon le Israel Export Institute. Le chiffre a plus que doublé, pour s’établir à 355 M USD en 2015, année où la France a été touchée par deux attentats jihadistes meurtriers, dit l’institut. En 2016, Israël devrait supplanter l’Italie au septième rang des exportateurs mondiaux dans le domaine de la défense, de loin le plus petit pays dans le top 10, prévoient des analystes de la revue spécialisée Jane’s.

Résultats « probants » sur le terrain

Ran Kril, vice-président du marketing international d’Elbit Systems, un des plus importants fabricants d’armes israéliens, rapporte « une hausse substantielle » de l’intérêt européen pour les technologies israéliennes, « après de longues années de déclin des budgets de la défense en Europe ». Elbit a récemment présenté ses nouvelles technologies, dont un système de radar permettant de détecter des personnes à travers les arbres. Un commercial de la société expliquait que l’équipement serait parfait pour des pays européens cherchant à localiser des migrants. « Vous n’êtes pas obligés de leur tirer dessus mais vous pouvez les faire arrêter par la police », a-t-il expliqué. Elbit, fournisseur de drones pour le Mondial de football au Brésil en 2014, est à nouveau impliqué dans la protection de l’Euro en France, souligne en outre M. Kril, sans plus de détail.

Saul Gold, de la société AgentVI, spécialisée dans la vidéosurveillance intelligente, fait état, pour sa part, d’une augmentation de 5 à 10 % des demandes d’informations ces six derniers mois en provenance d’Europe. Selon M. Gold, les responsables d’aéroports européens s’intéressent de plus en plus aux mesures de sécurité de l’aéroport international israélien Ben Gourion, souvent qualifiées des plus efficaces au monde même si elles sont aussi critiquées comme relevant du profilage ethnique.

La demande de technologie israélienne peut toutefois poser un dilemme pour les pays européens qui critiquent la politique israélienne envers les Palestiniens. Une part importante des technologies vendues en Europe ont notamment été utilisées dans le conflit avec les Palestiniens. « La plupart de ces produits ont été utilisés sur le terrain et ont des résultats probants au quotidien, ce qui est essentiel pour nos clients qui recherchent des solutions immédiates », affirme M. Kril.

Sari Bashi, directrice de l’ONG Human Rights Watch pour Israël et les territoires palestiniens, avait déclaré en 2014 durant la guerre à Gaza que certaines de ces armes avaient servi à « des violations des règles de la guerre qui semblent atteindre le niveau de crime de guerre ». « Personnellement, je ne me vanterais pas de ce genre d’expérience du terrain », avait-elle ajouté.