Comment Israël expulsa les Palestiniens (19471949)

Conférence de Dominique Vidal à Ashkelon, 4 décembre 2007, lundi 7 janvier 2008

Il y a soixante ans, presque jour pour jour, l’Assemblée générale des Nations unies décidait, à la majorité requise des deux tiers, de par­tager la Palestine en un État juif et un État arabe, plus une zone sous « régime inter­na­tional par­ti­culier » pour Jéru­salem et les Lieux saints.

Un an et demi plus tard, c’est à un tout autre partage qu’a abouti la guerre de 1948 : Israël a vu le jour et aug­menté d’un tiers son ter­ri­toire, annexant une partie de l’État pales­tinien, mort né, dont le reste est passé aux mains de la Jor­danie et de l’Égypte. Et surtout plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens, qui vivaient sur les ter­ri­toires fina­lement occupés par Israël, ont dû quitter leurs foyers.

C’est sur ce dernier point que, depuis soixante ans, une intense bataille de pro­pa­gande oppose deux ver­sions des événements :

Pour les his­to­riens pales­ti­niens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700 000 à 900 000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affron­te­ments judéo-​​palestiniens, puis de la guerre israélo-​​arabe, dans le cadre d’un plan politico-​​militaire jalonné de nom­breux mas­sacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai « Plan Dalet : Master Plan for the Conquest of Palestine » (1), et, plus récemment, par Elias Sanbar dans Palestine 1948. L’Expulsion (2).

Selon l’historiographie israé­lienne tra­di­tion­nelle, au contraire, les réfugiés - 500 000 au maximum - seraient partis volon­tai­rement, répondant aux appels des diri­geants arabes qui leur auraient promis un retour rapide après la vic­toire. Non seulement les res­pon­sables juifs n’auraient pas pla­nifié d’éviction, mais les rares mas­sacres à déplorer - en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 - auraient été le fait des troupes extré­mistes affi­liées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 1950, quelques per­son­na­lités israé­liennes, liées notamment au Parti com­mu­niste, contes­taient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 80, elles ont été rejointes dans leur cri­tique par un certain nombre de jour­na­listes et de cher­cheurs : Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Pales­tinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale et inventé l’expression « nou­veaux his­to­riens (3) ». Au point de s’attirer les remon­trances plus ou moins acerbes d’historiens plus ou moins ortho­doxes (4) qui s’efforcent de faire barrage à cette « révision » de l’histoire d’Israël.

Curieu­sement, pendant plus de dix ans, aucun ouvrage des « nou­veaux his­to­riens » consacré à l’analyse de ces événe­ments - les pre­miers datent pourtant de 1987 – n’a été traduit en français. Comment accepter qu’une contri­bution aussi impor­tante à des événe­ments fon­da­teurs du Proche-​​Orient contem­porain, dis­po­nible en anglais et en hébreu, reste inac­ces­sible au public fran­co­phone ? C’est pourquoi, en 1998, j’ai écrit, avec Joseph Algazy, un livre de syn­thèse de leurs travaux, qui vient d’être republié, dans une version actua­lisée et aug­mentée, Comment Israël expulsa les Pales­ti­niens (19471949). L’écho de la pre­mière édition a sans doute contribué, comme je l’espérais, à débloquer la situation : le fait est que, depuis 1998, Benny Morris, Ilan Pappé, Tom Segev, Avi Shlaïm ont vu six de leurs livres traitant entiè­rement ou notamment de la guerre de 1948 publiés en français (5).

Ce retard dans la publi­cation en français des travaux des « nou­veaux his­to­riens » n’aide pas à com­prendre comment cette école s’est déve­loppée. En réalité, deux phé­no­mènes se sont conjugués pour inciter ces cher­cheurs à se pencher sur les ori­gines de l’État d’Israël et du pro­blème des réfugiés palestiniens :

- le premier, c’est bien sûr l’ouverture, à partir de 1978, des archives israé­liennes concernant cette période : les cher­cheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. Or, comme le note à juste titre l’historien pales­tinien Nur Masalha, « l’histoire et l’historiographie ne devraient pas néces­sai­rement être écrites, exclu­si­vement ou essen­tiel­lement, par les vain­queurs (6) » ;

- mais la plongée dans les archives israé­liennes - ainsi qu’américaines et bri­tan­niques - n’aurait pas été si fruc­tueuse si les années suivant leur ouverture n’avaient pas été mar­quées par la guerre du Liban et le déclen­chement de la pre­mière Intifada. Bref, les « nou­veaux his­to­riens » mettent à jour l’origine du pro­blème pales­tinien alors même que celui-​​ci revient au premier plan et appelle des solu­tions nouvelles.

Encore une pré­cision, avant d’entrer dans le vif du sujet : ces cher­cheurs ne consti­tuent pas un groupe homogène, ni sur le plan métho­do­lo­gique ni au niveau idéo­lo­gique. Pour tenter d’éviter le débat sur le fond, cer­tains polé­mistes – comme Pierre-​​André Taguieff – ont pensé pouvoir balayer leurs travaux en les qua­li­fiants d’« intel­lec­tuels d’extrême gauche ». Absurde : ce qui frappe au contraire, c’est la diversité de leurs opi­nions poli­tiques et, plus important encore, de leur posi­tion­nement par rapport au sio­nisme. L’enquête que Sébastien Boussois a menée en Israël, pour la postface de mon livre, auprès des « nou­veaux his­to­riens » comme de leurs adver­saires le démontre clairement.

De tous les his­to­riens de cette école, seul Ilan Pappé se définit comme « anti­sio­niste ». Tous les autres s’affirment sio­nistes, à des degrés divers. Et, comme chacun sait, leur pionnier, Benny Morris, a connu une évolution poli­tique qui l’a amené, après l’échec du sommet de Camp David de juillet 2000, à sou­tenir de plus en plus net­tement la poli­tique menée par Ariel Sharon. Dans une reten­tis­sante interview au quo­tidien Haaretz, le 8 janvier 2004, il est allé jusqu’à défendre l’épuration eth­nique : « Il y a des cir­cons­tances dans l’histoire qui jus­ti­fient le net­toyage eth­nique », déclarait-​​il. Et de pour­suivre : « Je sais que ce terme est com­plè­tement négatif dans le dis­cours du XXIe siècle, mais, quand le choix est entre le net­toyage eth­nique et le génocide - l’annihilation de votre popu­lation - je préfère le net­toyage eth­nique (…) C’était la situation. C’était ce que le sio­nisme affrontait. Un État Juif n’aurait pas pu être créé sans déra­ciner 700 000 Pales­ti­niens. Par consé­quent il était néces­saire de les déraciner.(7). » Curieux gauchiste !

Cette dérive du citoyen Benny Morris n’a pas pour autant amené l’historien Benny Morris à renier les résultats de vint années de recherches. Au contraire : ses recherches, depuis vingt ans, ont appro­fondi la rupture majeure qu’avait marquée, en 1987, la parution de The Birth of the Pales­tinian Refugee Problem. C’est en effet à Benny Morris et à son premier livre qu’on doit les révé­la­tions les plus nova­trices sur la période 1947-​​1949.

Syn­thé­tiser en quelques minutes des années de recherches his­to­riques est une impos­sible gageure. Disons, pour sché­ma­tiser, que les « nou­veaux his­to­riens » ébranlent en par­ti­culier trois mythes de l’historiographie traditionnelle :

- Le premier, c’est la menace mor­telle qui aurait pesé sur Israël à l’époque. Comme l’écrit Benny Morris dans 1948 and After, « la carte qui montre un minuscule Israël et un envi­ron­nement arabe géant ne reflétait pas - et, jusqu’ici, ne reflète tou­jours pas - avec exac­titude le véri­table rapport des forces mili­taires dans la région (8) » :

Contrai­rement à la légende dépei­gnant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redou­tables armées d’un puissant monde arabe, les « nou­veaux his­to­riens » confirment la supé­riorité crois­sante des forces israé­liennes (en effectifs, armement, entraî­nement, coor­di­nation, moti­vation…) à la seule exception - peut-​​être - de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948.

A quoi s’ajoutent, pour Israël, l’appui poli­tique des États-​​Unis (en tout cas de leur pré­si­dence) et le soutien diplo­ma­tique et mili­taire de l’URSS - à l’époque, même lorsque la répression s’abattra sur les juifs sovié­tiques, le Kremlin conti­nuera de livrer des armes à Israël et de le défendre incon­di­tion­nel­lement à l’ONU.

Dernier élément, décisif, étudié par Avi Shlaïm dans Col­lusion across the Jordan : l’accord tacite passé le 17 novembre 1947 (douze jours avant le plan de partage des Nations unies) par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Trans­jor­danie. Il constitue une garantie stra­té­gique majeure pour Israël : la Légion arabe, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les fron­tières du ter­ri­toire alloué à l’État juif en échange de la pos­si­bilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe. Assuré, dès février 1948, du feu vert explicite du secré­taire au Foreign Office, Ernest Bevin, ce plan sera effec­ti­vement mis en œuvre : si la Légion arabe par­ticipe à la guerre à partir du 15 mai 1948, elle ne pénètre jamais en ter­ri­toire israélien et ne prend jamais l’initiative d’une bataille d’envergure contre Tsahal - sauf à Jéru­salem, exclue de l’accord. D’ailleurs, le schéma du 17 novembre 1947 se sub­sti­tuera bel et bien, à la fin des hos­ti­lités, au plan partage du 29 : la Jor­danie occupera et annexera la partie arabe de la Palestine, moins les zones conquises par Israël (qui a aug­menté sa super­ficie d’un tiers) et la bande de Gaza occupée par l’Égypte…

- Le deuxième mythe concerne la volonté de paix qu’aurait mani­festée Israël au len­demain de la guerre. Orga­nisée par la Com­mission de conci­liation sur la Palestine sur décision de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948 - celle qui affirme le droit au retour ou à une com­pen­sation des réfugiés -, la confé­rence de Lau­sanne a notamment été étudiée par Avi Shlaïm, dans le livre déjà cité, et par Ilan Pappé dans The Making of the Arab-​​Israeli Conflict. Leurs conclu­sions contre­disent lar­gement la thèse traditionnelle.

Les archives montrent en effet qu’Israël est venu à Lau­sanne uni­quement pour com­plaire aux Amé­ri­cains et aux Euro­péens afin d’obtenir ainsi son admission aux Nations unies. A cette fin, Tel Aviv rati­fiera, le 12 mai 1949, un pro­tocole réaf­firmant à la fois le plan de partage - jusque-​​là refusé par les États arabes - et le droit au retour des réfugiés. Mais il reniera aus­sitôt sa signature : comme l’écrit un mois plus tard Walter Eytan, codi­recteur général du ministère israélien des Affaires étran­gères, « mon prin­cipal objectif était de com­mencer à saper le pro­tocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies (9). » De fait, Lau­sanne finira dans l’impasse. Et Eliahou Sasson, le chef de la délé­gation israé­lienne, confiera : « Le facteur qui bloque, c’est aujourd’hui Israël. Par sa position et ses demandes actuelles, Israël rend la seconde partie de la Palestine inuti­li­sable pour tout projet, sauf un - son annexion par un des États voisins, en l’occurrence la Trans­jor­danie (10). »

La meilleure preuve de la mau­vaise volonté israé­lienne, c’est la manière dont David Ben Gourion rejette l’offre incroyable du nouveau pré­sident syrien, Husni Zaïm, qui propose non seulement de faire la paix avec Israël, mais aussi d’accueillir 200 000 à 300 000 réfugiés pales­ti­niens. Le temps que Tel Aviv prenne conscience de l’intérêt de la sug­gestion, il est trop tard : Zaïm est ren­versé par un coup d’État militaire…

Bref, conclut Ilan Pappé, « contrai­rement aux opi­nions de nom­breux his­to­riens et au mythe israélien concernant la guerre de 1948, il y avait bien des leaders arabes qui recher­chaient la paix avec le nouvel État juif au milieu d’eux, et cer­tains d’entre eux subirent des rebuf­fades de la part d’Israël (11) ».

- Mais le mythe le plus sérieu­sement ébranlé concerne l’exode des Pales­ti­niens. Résumons.

Benny Morris le montre, les archives réfutent for­mel­lement la thèse de l’appel arabe à la fuite. « Il n’existe pas de preuve attestant, écrit-​​il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, pales­tinien] sou­hai­taient un exode de masse ou qu’ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Pales­ti­niens à fuir leurs foyers (même si, dans cer­taines zones, les habi­tants de vil­lages spé­ci­fiques ont reçu de com­man­dants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essen­tiel­lement pour des raisons stra­té­giques) (12). » Quant aux fameuses exhor­ta­tions qu’auraient dif­fusées les radios arabes, on sait depuis l’étude sys­té­ma­tique, à la fin des années 50, de leurs pro­grammes enre­gistrés par la BBC qu’il s’agit d’inventions pures et simples (13).

Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut 70 000 à 80 000 départs volon­taires, pour l’essentiel de riches pro­prié­taires ter­riens et des membres de la bour­geoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Ser­vices de ren­sei­gnement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à 391 000 le nombre de Pales­ti­niens ayant déjà quitté le ter­ri­toire alors aux mains d’Israël. « Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opé­ra­tions », écrivent les experts, qui ajoutent les opé­ra­tions des dis­si­dents de l’Irgoun et du Lehi « qui ont direc­tement causé environ 15 % de l’émigration ». Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion expli­cites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psy­cho­lo­gique, on arrive ainsi à 73 % de départs direc­tement pro­voqués par les Israé­liens. De sur­croît, dans 22 % de cas, le rapport met en cause les « peurs » et la « crise de confiance » répandues dans la popu­lation pales­ti­nienne. Quant aux appels arabes à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas.… Les objec­tions de l’« orthodoxe » Shabtaï Teveth sur ce document doivent certes nous inciter à être pru­dents dans son uti­li­sation, mais cer­tai­nement pas à remettre en cause les grandes lignes de l’analyse.

A partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole : l’opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. « Expulsez-​​les ! » a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin - récit censuré dans les Mémoires de ce dernier, mais publié dans le New York Times (14). De fait, la vio­lente répression (250 morts, dont des pri­son­niers désarmés) est suivie de l’évacuation forcée, accom­pagnée d’exécutions som­maires et de pillages, de quelque 70 000 civils pales­ti­niens des deux villes - soit près de 10 % de l’exode total de 1947-​​1949 ! Des scé­narios simi­laires seront mis en œuvre durant l’été, l’automne et l’hiver du Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev).

Ces Pales­ti­niens qu’on expulse, on fait en même temps main basse sur leurs biens. L’été 1948 voit se géné­ra­liser la poli­tique de des­truction des vil­lages arabes, puis, de plus en plus, leur simple restruc­tu­ration de façon à accueillir rapi­dement les nou­veaux immi­grants juifs. La Loi sur les « pro­priétés aban­données » – des­tinée à rendre pos­sible la saisie des biens de toute per­sonne « absente » – « légalise », en décembre 1948, la confis­cation. Israël mettra ainsi la main sur 73 000 pièces d’habitation dans des maisons aban­données, 7 800 bou­tiques, ate­liers et entrepôts, 5 mil­lions de livres pales­ti­niennes sur des comptes en banque et ,surtout , 300 000 hec­tares de terres (15).

Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus lon­guement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du dépar­tement foncier du Fonds national juif (16). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce sio­niste aux convic­tions tran­chées confiait sans détours : « Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (…) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (…) Il n’y a pas d’autre moyen que de trans­férer les Arabes d’ici vers les pays voisins (…) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine.

Ce pro­gramme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-​​même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Pales­ti­niens. En avril, il obtient la consti­tution d’« un orga­nisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que pos­sible ». Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le « Comité du transfert » supervise la des­truction des vil­lages arabes aban­donnés ou leur repeu­plement par de nou­veaux immi­grants juifs. Bref, quand David Ben Gourion déclare au Conseil des ministres, le 16 juin 1948, vouloir éviter « à tout prix » le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un pro­gramme poli­tique très concret…

Entre his­to­riens anciens et nou­veaux, et au sein même de la nou­velle école, le débat le plus vif porte sur la nature de la poli­tique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six pre­miers mois de 1948. Dans son premier livre, The Birth, Benny Morris s’en tenait à une thèse « cen­triste » : « Le pro­blème pales­tinien, assurait-​​il, est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe (17). » Il a nuancé cette appré­ciation dans son deuxième livre, 1948, en défi­nissant le transfert comme « un pro­cessus cumu­latif, aux causes enche­vê­trées, mais [avec] un déclen­cheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité (18) ». Benny Morris nie cependant l’existence d’un plan d’expulsion, et tend à dis­culper David Ben Gourion, pré­sident de l’Agence juive, puis Premier ministre et ministre de la Défense du jeune État d’Israël. Peut-​​être tac­tique, cette attitude contredit en tout cas nombre d’éléments que l’historien rap­porte lui-​​même :

- Benny Morris sou­ligne l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de « transfert » (notamment à partir de 1937, en réponse à la Com­mission Peel). Il nous apprend de sur­croît, archives à l’appui, que les textes du mou­vement sio­niste comme les Journaux de ses diri­geants ont été sys­té­ma­ti­quement expurgés pour gommer les allu­sions au « transfert » et les opé­ra­tions d’expulsion, envi­sagées ou réalisées.

- Benny Morris décrit en per­ma­nence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confis­cation de leurs biens. Et il le dépeint tou­jours sou­cieux de ne laisser aucune trace de sa responsabilité.

- Benny Morris insiste également sur ce qu’il appelle le « facteur atrocité ». L’historien montre en effet que, loin de repré­senter une « bavure » extré­miste, le mas­sacre de Deir Yassine a été précédé et suivi de nom­breux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948. L’historien reviendra, dans la seconde édition de The Birth, en 2004, sur l’étendue de ces tueries, à partir des archives récemment ouvertes : « Ce que montrent les nou­veaux maté­riaux, c’est que les Israé­liens ont commis bien plus de mas­sacres que je ne l’avais pensé auparavant. »

- Enfin Benny Morris admet clai­rement que l’opération Nahshon et le plan Dalet com­portent une indis­cu­table dimension d’expulsion. A la page 62 de The Birth, il estime que « l’essence » du plan D était « de chasser toutes les forces hos­tiles et poten­tiel­lement hos­tiles de l’intérieur du ter­ri­toire futur de l’État juif, d’établir une conti­nuité ter­ri­to­riale entre les prin­ci­pales concen­tra­tions de popu­lation juive et d’assurer la sécurité des futures fron­tières avant l’invasion arabe attendue. Comme les irré­gu­liers arabes étaient basés et can­tonnés dans les vil­lages, et comme les milices de nom­breux vil­lages par­ti­ci­paient aux hos­ti­lités contre le Yichouv, la Hagana consi­dérait la plupart des vil­lages comme acti­vement ou poten­tiel­lement hos­tiles ». A la page sui­vante, il reconnaît que le plan D repré­sentait « un ancrage stratégico-​​idéologique pour l’expulsion par les com­man­dants de front, de dis­trict, de brigade et de bataillon » aux­quels il donnait « post facto une cou­verture for­melle et convain­cante pour expliquer leurs actions ». Et pourtant, Benny Morris assure, page 62, que « le plan D n’était pas un plan poli­tique d’expulsion des Arabes de Palestine ». Après quoi il affirme page 64 : « A partir du début avril, il y a des traces claires d’une poli­tique d’expulsion à la fois au niveau national et local en ce qui concerne cer­tains dis­tricts et loca­lités stratégiques-​​clés »…

Le fait que les archives n’aient pas - jusqu’ici - révélé de directive globale d’expulsion suffit-​​il pour nier le phé­nomène et les res­pon­sa­bi­lités de la direction du Yichouv ? Tout indique qu’il existait sur ce point un consensus extrê­mement solide dans l’appareil poli­tique et mili­taire, y compris parmi nombre de cadres du Mapam. Si le Parti sio­niste socia­liste et ses ministres mènent bataille contre l’expulsion, ses diri­geants et mili­tants direc­tement engagés dans l’affrontement, eux, n’hésitent pas, qu’il s’agisse des com­bat­tants du Palmah ou des membres de kib­boutzim situés en pre­mière ligne.

Comme l’écrit Benny Morris, « Ben Gourion voulait clai­rement que le moins d’Arabes pos­sible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses col­lègues et assis­tants dans des réunions en août, sep­tembre et octobre. Mais aucune poli­tique d’expulsion n’a jamais été énoncée et Ben Gourion s’est tou­jours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il pré­férait que ses généraux “com­prennent” ce qu’il sou­haitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de “grand expulseur” et ne voulait pas que le gou­ver­nement israélien soit impliqué dans une poli­tique mora­lement dis­cu­table (19). »

Ilan Pappé va, lui, beaucoup plus loin. Et son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine, qui paraîtra au prin­temps chez Fayard, constitue une somme, sinon défi­nitive – il n’y a jamais de point final dans la recherche his­to­rique -, en tout cas majeure sur 1948. Certes, l’historien avait déjà écrit plu­sieurs essais impor­tants qui, tout en s’inscrivant dans le mou­vement de la « nou­velle his­toire », le dis­tin­guaient net­tement du pionnier de cette der­nière. Dès 1992, avec The Making of the Arab-​​Israeli Conflict, 1947-​​1951, il opposait aux thèses « cen­tristes » de Benny Morris une analyse plus radicale de l’expulsion des Pales­ti­niens : pour lui, il ne s’agit pas d’une consé­quence de la guerre, mais du résultat d’un plan mûrement réfléchi.

Non seulement il déve­loppe cette approche dans son nouvel ouvrage de manière appro­fondie et cohé­rente, mais il le fait à la manière de… Benny Moris : avec forces cita­tions tirées des archives de la Hagana, du Palmah et des Forces de défense d’Israël, ainsi que des Journaux de David Ben Gourion et d’autres diri­geants juifs. Mais, contrai­rement à son col­lègue et adver­saire, il évoque aussi les travaux d’historiens pales­ti­niens et arabes ainsi que les témoi­gnages de pro­ta­go­nistes pales­ti­niens des événe­ments. Après The Ethnic Cleansing, nul ne pourra plus raconter – hon­nê­tement – 1948 comme avant…

Le livre s’ouvre sur la « Maison rouge », cet immeuble Bauhaus de Tel-​​Aviv devenu, en 1947, le quartier général de la Hagana. Ce 10 mars 1948, onze hommes, « vieux diri­geants sio­nistes et jeunes offi­ciers juifs, apportent la touche finale à un plan de net­toyage eth­nique de la Palestine. Le soir même, des ordres mili­taires sont dif­fusés aux unités sur le terrain afin qu’elles pré­parent l’expulsion sys­té­ma­tique des Pales­ti­niens de vaste zones du pays. Ces ordres com­pre­naient une des­cription détaillée des méthodes à employer pour chasser les gens par la force ». Six mois après, « plus de la moitié de la popu­lation autochtone de la Palestine, soit près de 800 000 per­sonnes, avait été déra­cinée, 531 vil­lages détruits et onze villes vidées de leurs habitants ».

Le plan du 10 mars « et par-​​dessus tout sa mise en œuvre sys­té­ma­tique dans les mois sui­vants consti­tuent donc un cas évident d’opération de net­toyage eth­nique, lequel est désormais considéré par la loi inter­na­tionale comme un crime contre l’humanité ». Avec l’irruption des moyens de com­mu­ni­cation élec­tro­niques, poursuit Pappé, « il est devenu qua­siment impos­sible de dis­si­muler des crimes contre l’humanité à grande échelle ». Et pourtant « un de ces crimes a été presque tota­lement effacé de la mémoire publique globale : la dépos­session des Pales­ti­niens en 1948 par Israël ». Pis, il a été « sys­té­ma­ti­quement nié et n’est tou­jours pas reconnu aujourd’hui comme un fait his­to­rique (20) ».

Les « nou­veaux his­to­riens » se sont bien sûr efforcés de réviser la version tra­di­tion­nelle de la guerre de 1948. « J’étais l’un d’eux », ajoute Pappé qui, auto­cri­tique, estime néan­moins que ses confrères et lui ont « éludé la question du net­toyage eth­nique » : comme les « his­to­riens diplo­ma­tiques », ils se sont « concentrés sur les détails ». Certes, grâce aux archives mili­taires israé­liennes, lui et ses confrères ont pu non seulement démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle les Pales­ti­niens seraient partis volon­tai­rement, mais aussi confirmer « beaucoup de cas d’expulsions mas­sives » de vil­lages et de villes et révéler « un nombre consi­dé­rable d’atrocités, y compris de mas­sacres (21) ».

Mais leur démarche com­portait, ajoute Pappé, une limite majeure cependant, évidente chez le pré­curseur de la « nou­velle his­toire » : le fait de s’appuyer exclu­si­vement sur les archives, consi­dérées comme l’expression d’une « vérité absolue », l’a conduit à une appré­hension déformée de la réalité sur le terrain. Si Morris et les autres s’étaient tournés vers l’histoire orale, y compris arabe, ils auraient pu mieux saisir la « pla­ni­fi­cation sys­té­ma­tique der­rière l’expulsion des Pales­ti­niens en 1948 » et fournir « une des­cription plus véri­dique de l’énormité des crimes commis ». D’où l’objectif que Pappé assigne à son nouveau livre : « défendre le para­digme du net­toyage eth­nique et le sub­stituer à celui de guerre » – pour la recherche uni­ver­si­taire comme pour le débat public sur 1948.

Il est évidemment impos­sible de résumer ici les 320 pages de The Ethnic Cleansing of Palestine : après une défi­nition du concept de « puri­fi­cation eth­nique » et une étude sur la place du « transfert » dans la pensée sio­niste, Pappé y décrit dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv a préparé, puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.

Je ne citerai qu’un fait qui, à mes yeux, ébranle la thèse d’une expulsion non pla­nifiée : la consti­tution, dès avant le Seconde Guerre mon­diale, d’un fichier de tous les vil­lages arabes établi dès avant la Seconde Guerre mon­diale. C’est un jeune his­torien de l’Université hébraïque de Jéru­salem, Ben-​​Zion Luria, qui en proposa l’établissement : « Cela aiderait gran­dement à la rédemption de la terre », écrivit-​​il au Fonds national juif (FNJ). Recruté pour s’en charger, un topo­graphe de l’Université hébraïque « suggéra de conduire une ins­pection à l’aide de pho­to­gra­phies aériennes ». Les meilleurs pho­to­graphes pro­fes­sionnels du pays contri­buèrent au projet, un labo­ra­toire étant ins­tallé dans la maison de Margot Sadeh… l’épouse de Itzhak Sadeh, le chef du Palmah !(22)

Ainsi furent constitués des dos­siers détaillés sur chacun des vil­lages de Palestine, qui com­pre­naient, explique Pappé, « les routes d’accès, la qualité de la terre, les sources, les prin­ci­pales sources de revenu, la com­po­sition socio­lo­gique, les affi­lia­tions reli­gieuses, le nom des muktars, les rela­tions avec les autres vil­lages, l’âge des habi­tants hommes (de 16 à 50 ans) et bien d’autres choses ». La plus impor­tante était « un index de l’“hostilité” [à l’égard du projet sio­niste], à partir du niveau de la par­ti­ci­pation du village à la révolte de 1936. Une liste com­portait qui­conque y avait pris part et les familles de ceux qui avaient perdu quelqu’un dans le combat contre les Bri­tan­niques. Une attention par­ti­cu­lière était prêtée aux gens qui avaient pré­ten­dument tué des Juifs. Comme nous le verrons, en 1948, cette der­nière infor­mation ali­mentera les pires atro­cités dans les vil­lages, conduisant à des exé­cu­tions de masse et à des tortures ».

En 1943, Ezra Danin, qui jouera cinq ans plus tard un rôle diri­geant dans l’épuration eth­nique, sys­té­ma­tisera tout le fichier. À partir de ce moment, les dos­siers inclurent « des des­crip­tions détaillées des liens fami­liaux, les cultures, le nombre d’arbres dans les plan­ta­tions, la qualité de chaque verger (et même de chaque arbre), la quantité moyenne de terre par famille, le nombre de voiture, les pro­prié­taires de com­merces, les membres des ate­liers et les noms des artisans dans chaque village avec leurs com­pé­tences. Plus tard, s’ajouteront des indi­ca­tions méti­cu­leuses sur chaque clan et son affi­liation poli­tique, la stra­ti­fi­cation sociale entre notables et simples paysans ainsi que les noms des fonc­tion­naires du gou­ver­nement man­da­taire (23) ».

Plus la fin du mandat bri­tan­nique approcha, et plus « l’information s’orienta de manière expli­ci­tement mili­taire : le nombre de gardes (la plupart des vil­lages n’en avaient aucun) et les quantité et qualité des armes à la dis­po­sition du village (en général archaïques ou même absentes) ». Pour com­pléter leurs fichiers, Ezra Danin et son assistant, Yaacov Shimoni, recru­tèrent deux autres col­la­bo­ra­teurs, Yehoshua Palmon et Tuvia Lishanski, mais aussi des « infor­ma­teurs » pales­ti­niens. « L’actualisation défi­nitive des dos­siers des vil­lages, précise l’historien, se déroula en 1947. Elle se focalisa sur la consti­tution de listes de per­sonnes “recher­chées” dans chaque village. En 1948, les troupes juives uti­li­sèrent ces listes pour les opé­ra­tions de recherche et d’arrestation qu’elles condui­saient dès qu’elles occu­paient une localité. Les hommes étaient alignés et ceux qui figu­raient sur les listes étaient iden­tifiés, souvent par la même per­sonne qui avait fourni les infor­ma­tions à leur sujet (…), la tête recou­verte d’un sac avec deux yeux afin de ne pas être reconnue. Les hommes ainsi choisis étaient souvent abattus sur le champ. »

Toute affi­liation au mufti ou à son parti poli­tique « consti­tuait un crime aux yeux des experts sio­nistes. En consultant les fiches de 1947, nous voyons que des vil­lages de 1 500 habi­tants com­pre­naient environ entre vingt et trente de ces sus­pects ». Igaal Yadin l’a reconnu, conclut Pappé : « C’est cette connais­sance détaillée de ce qui se passait dans chaque village pales­tinien qui a permis au com­man­dement mili­taire sio­niste en novembre 1947 de conclure que “les Arabes de Palestine n’avaient per­sonne pour les orga­niser cor­rec­tement”. Le seul pro­blème sérieux était les Bri­tan­niques : “S’il n’y avait pas eu les Bri­tan­niques, nous aurions écrasé l’émeute [contre le plan de partage] en un mois. (24) »

Merci votre attention.

(1) In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau com­men­taire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 691988.

(2) Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.

(3) Leurs livres les plus impor­tants sont : Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Rea­lities, Pan­theon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press Mac­Millan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Col­lusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Par­tition of Palestine, Cla­rendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-​​Israeli Conflict, 1948-​​1951, Mac­Millan, New York, 1988, et The Making of the Arab-​​Israeli Conflict, 1947-​​1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Pales­tinian Refugee Problem, 1947-​​1949, Cam­bridge Uni­versity Press, Cam­bridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Pales­ti­nians, Cla­rendon Press, Oxford, 1990.

(4) Notamment Shabtaï Teveth, Avraham Sela, Itamar Rabi­novich et, dans la rubrique purement polé­mique, Ephraïm Karsh.

(5) Benny Morris, Vic­times. His­toire revi­sitée du conflit arabo-​​sioniste, Com­plexe, Bruxelles, 2003 ; Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine et Les Démons de la Nakba, La Fabrique, Paris, res­pec­ti­vement 2000 et 2004 ; Eugène Rogan et Avi Shlaïm (dir.), 1948. La Guerre de Palestine : der­rière le mythe, Autrement, Paris, 2002 ; Tom Segev, Les Pre­miers Israé­liens, Calmann-​​Lévy, Paris, 1998.

(6) Nur Masalha, « 1948 and After revi­sited », Journal of Palestine Studies 96, publié par Uni­versity of Cali­fornia Press for the Ins­titute of Palestine Studies, Ber­keley, vol. XXIV, n° 4, été 1995.

(7) Haaretz, Tel-​​Aviv, 9 janvier 2004.

(8) Benny Morris, 1948, op. cit, p. 14.

(9) Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.

(10) Cité par Avi Shlaïm, Collusion.…, op. cit., p. 474-​​475.

(11) Ilan Pappé, The Making…, op. cit., p. 193.

(12) The Birth…, op. cit, p. 129.

(13) Voir Erskine Childers, « The Other Exodus », The Spec­tator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Pales­ti­niens, un siècle d’histoire, Éditions Com­plexe, Bruxelles, 1997, p. 115.

(14) 23 octobre 1979.

(15) Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.

(16) 1948 and After, op. cit., chapitre 4.

(17) Benny Morris, The Birth…, op. cit., p. 286.

(18) Benny Morris, 1948…, op. cit., p. 32.

(19) Benny Morris, The Birth…, op. cit., pp. 292-​​293.

(20) The Ethnic cleansing…., op. cit., pp. xii et xiii.

(21) Ibidem, pp. xiii à xv.

(22) Ibidem, pp. 17 et 19.

(23) Ibidem, pp. 19 et 20.

(24) Ibidem, pp. 20 à 22.