Colons : aux avant-​​postes contre un État palestinien

Patrick Saint-​​Paul, mardi 11 décembre 2007

Hier, quelque mille ultra­na­tio­na­listes israé­liens ont érigé sym­bo­li­quement huit nou­velles colonies en Cisjordanie.

Coiffés de leurs tra­di­tion­nelles kippas tri­cotées et agitant des dra­peaux israé­liens, les colons dansent en entonnant des chants natio­na­listes. D’autres se bas­culent d’avant en arrière, Torah à la main, et récitent leurs prières devant un muret de fortune. Quelque 300 extré­mistes juifs ont gravi, hier, une colline stra­té­gique située entre la colonie de Maale Adoumim, en Cis­jor­danie et Jérusalem-​​Est. Ils y ont posé les pre­mières pierres d’un avant-​​poste, baptisé « Meva­seret Adoumim », espérant ainsi contribuer à l’échec des négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes.

Déployés autour de la colline, les poli­ciers israé­liens laissent passer les colons à pied. Cependant, ils leur inter­disent l’accès avec leurs véhi­cules, pour empêcher la construction de bâti­ments, qui ser­vi­raient d’embryon à une « colonie sauvage ». « C’est un scandale, la police a fermé la route aux Juifs, s’offusque Aryeh Itzhaki, l’un des chefs du mou­vement « Fidèles à la Terre d’Israël ». C’est de l’Apartheid à l’envers. Si l’on ne relie pas Maale Adoumim à Jéru­salem, les Pales­ti­niens s’installeront ici et nous serons forcés d’aller prier au mur des Lamen­ta­tions en bus blindé sous les jets de pierres des ter­ro­ristes. Notre but est de déjouer le complot visant à créer un État palestinien. »

L’endroit n’a pas été choisi au hasard. Les colons ont ins­tallé « Meva­seret Adoumim » en plein cœur de la zone dite « E1 ». Sous la pression des États-​​Unis, le gou­ver­nement israélien a renoncé pro­vi­soi­rement à y construire 4 000 nou­veaux loge­ments et une zone indus­trielle. Israël espérait ainsi arrimer défi­ni­ti­vement la plus grande colonie de Cis­jor­danie, Maale Adoumim, 34 000 habi­tants, à Jéru­salem dis­tante d’une dizaine de kilo­mètres. Les Pales­ti­niens avaient vivement dénoncé ce projet, parce qu’il coupe en deux la Cis­jor­danie, rendant extrê­mement pro­blé­ma­tique la consti­tution d’un État pales­tinien contigu et viable.

La permanence du projet E1

Israël n’a cependant pas renoncé à construire le quartier général de la police israé­lienne en Cis­jor­danie, passant outre l’opposition des États-​​Unis. Mar­quant cette déter­mi­nation, l’imposant bâtiment de la police se dresse au sommet d’une colline, face à « Meva­seret Adoumim », des­servie par une route gou­dronnée à quatre voies. « Tous les pre­miers ministres israé­liens depuis Yitzhak Rabin ont donné leur accord pour la construction du projet E1, affirme Aryeh Itzhaki. Le poste de police a été construit pour pro­téger nos conci­toyens, qui s’installeront ici. E1 verra le jour, car nous ne pouvons pas laisser les Pales­ti­niens mor­celer notre État. »

Censée relancer les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes, la confé­rence d’Annapolis, qui s’est tenue fin novembre près de Washington, a ravivé l’inquiétude des quelque 450 000 colons habitant à Jérusalem-​​Est et en Cis­jor­danie. Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, s’est dit prêt à envi­sager la création d’un État pales­tinien tenant compte de la nou­velle réalité créée par les grands blocs de colonies juives, qui gri­gnotent et mor­cellent la Cis­jor­danie. Cependant, un accord entraî­nerait l’évacuation d’environ 80 000 colons, ins­tallés à l’est de la bar­rière de sépa­ration avec les Palestiniens.

Hier environ 1 000 colons ultras se sont mobi­lisés, pour ériger sym­bo­li­quement huit nou­velles colonies sau­vages en Cis­jor­danie. Ils ont mani­festé ainsi leur oppo­sition au gel de la colo­ni­sation, que s’est engagé à res­pecter le gou­ver­nement Olmert à Anna­polis. Ce « gel » avait déjà été mis à mal la semaine der­nière par un projet israélien de construction de 300 nou­veaux loge­ments dans la colonie de Har Homa, perchée sur les hau­teurs de Bethléem. « Nous n’avons pas attendu le retour sur notre terre sainte pendant deux mille ans, pour que les États-​​Unis nous dictent à quel endroit nous avons le droit de nous ins­taller, lance le rabbin de Maale Adoumim, Yehoshua Katz, en inau­gurant le nouvel avant-​​poste. Cette terre nous a été donnée dans sa totalité par la Torah. »

Hier soir, la plupart des colons avaient aban­donné les huit avant-​​postes. Cependant, quelques dizaines d’entre eux sont restés pour y allumer des bougies de Hanoukka. « Aujourd’hui nous ne sommes pas venus ici pour construire, mais pour pro­tester contre tout projet de céder notre terre aux Pales­ti­niens, explique le député natio­na­liste reli­gieux Arieh Eldad. Un jour nos maisons s’étendront ici. Car la logique le veut. » .