Colonisation : un “gel” ? Quel “gel” ?

Gilles Paris, vendredi 11 décembre 2009

Prendre d’une main pour donner de l’autre ? C’est le sen­timent jeudi 10 décembre, qui revient sur la décision du premier ministre Benyamin Néta­nyahou de classer parmi les zones d’investissements prio­ri­taires israé­liennes 90 colonies (plus de 140 000 per­sonnes concernées) moins de deux semaines après l’annonce d’un gel des construc­tions de loge­ments de dix mois dans les implan­ta­tions (hors Jérusalem-​​Est.)

Il faut noter que les colonies concernées sont situées hors des “blocs” qu’Israël entend annexer le moment venu, dans le cadre d’un accord avec les Pales­ti­niens. Les inves­tis­se­ments visent notamment, selon les auto­rités, à assurer la sécurité des colonies.

M. Néta­nyahou, pour calmer la colère des colons, avait pourtant déjà assuré que ce gel ne serait pas reconduit après les dix mois annoncés (dont l’effet sera en pra­tique limité .)

L’organisation Shalom Arshav a fait ses comptes : cet enga­gement ins­talle un peu plus un dés­équi­libre dans l’usage des moyens de l’Etat au profit des colonies par rapport au reste d’Israël.

En matière d’éducation, le niveau de réussite est plus élevé dans les colonies (71,2%) qu’en Israël (65,8%). Cela vaut aussi pour le revenu moyen (13 566 shekels contre 12 343) et pour le taux de chômage (6,5% au lieu de 7,3%).

Nul doute que là où Shalom Aschav voit les consé­quences d’un trai­tement de faveur aux profit des colons, ces der­niers esti­meront au contraire que ce dif­fé­rentiel traduit une forme d’élitisme pionnier. [1]

[1] voir aussi :

Des mil­liers d’Israéliens mani­festent à Jéru­salem contre le gel des colonies

Cis­jor­danie La construction de nou­veaux loge­ments s’est accé­lérée dans les ter­ri­toires occupés, révèle un rapport de Peace Now.

Des mil­liers de mani­fes­tants se sont ras­semblés hier soir dans le centre de Jéru­salem, devant la rési­dence du Premier ministre israélien Ben­jamin Neta­nyahu pour pro­tester contre sa décision de geler pendant dix mois la construction dans les colonies de Cis­jor­danie. « Il faut pour­suivre la construction en Judée-​​​​Samarie (nom biblique de la Cis­jor­danie). Stop au gel », pouvait-​​​​on lire sur les ban­de­roles. « Annulez votre décision ! » a crié Guershon Messika, un diri­geant des colons, en pointant du doigt la rési­dence de M. Neta­nyahu, sous les applau­dis­se­ments de la foule, com­posée en majorité de colons venus en autobus. Un des orga­ni­sa­teurs, Ishay Hol­lender, porte-​​​​parole du Conseil de Yesha, prin­cipal orga­nisme repré­sen­tatif des colons de Cis­jor­danie, a dit attendre « plus de 10 000 per­sonnes », le nombre des manifestants.

Les ten­ta­tives répétées de M. Neta­nyahu pour ras­surer les colons - le Premier ministre leur a promis que « la construction repren­drait dès la fin du mora­toire » de dix mois - ne semblent pas les avoir rassurés.

« Je doute for­tement que la construction reprenne », a estimé Pinhas Wal­ler­stein, l’un des diri­geants des colons, jugeant que « le simple fait de décider d’un gel (des colonies) aura des consé­quences néfastes pour l’avenir ». Pour les orga­ni­sa­teurs de la mani­fes­tation, une forte mobi­li­sation per­mettra que « notre message soit entendu non seulement par Neta­nyahu, mais aussi à la Maison-​​​​Blanche », selon Dany Dayan, pré­sident du Conseil de Yesha.

Sur le terrain, des inci­dents ont opposé ces der­niers jours des colons aux ins­pec­teurs de l’armée chargés de faire res­pecter l’injonction gou­ver­ne­mentale de stopper les nou­veaux chan­tiers en Cis­jor­danie. À Kedoumim, une colonie proche de la ville pales­ti­nienne de Naplouse, Daniella Weiss, l’ancienne maire de l’implantation et mili­tante d’extrême droite, a confirmé ses projets de « pour­suivre la construction » en Cis­jor­danie. « Nous sommes 600 000 juifs à vivre de ce côté de la ligne verte (en Cis­jor­danie) en comptant Jérusalem-​​​​Est (annexée par Israël en juin 1967), je vous assure que d’ici à cinq ans, nous serons deux mil­lions », a-​​​​t-​​​​elle promis.

Paral­lè­lement, un rapport publié hier par l’ONG israé­lienne Peace Now révèle que la construction de loge­ments dans les colonies juives en Cis­jor­danie n’a tou­jours pas été gelée. Au contraire, affirme le rapport, il y a plus de chan­tiers en Cis­jor­danie que dans le reste de l’État hébreu. Selon les données de l’ONG, la construction de nou­veaux loge­ments dans les ter­ri­toires occupés a aug­menté de 27,6 % entre janvier et sep­tembre, alors que dans le reste du pays elle a baissé de 3 %.

10/​​12/​​2009

Ammar Awad/​​Reuters

http://​www​.lorient​lejour​.com/​c​atego…