Colonisation, résistance et "désengagement "de Gaza.

Claude Léostic, dimanche 18 septembre 2005

Il n’y a plus de colons juifs dans la bande de Gaza et l’armée israé­lienne qui les avait tou­jours pro­tégés et armés les a contraints-​​avec une douceur très média­tisée pour la plupart - à quitter les terres qu’ils occu­paient avant de quitter elle-​​même les lieux de 38 ans d’occupation. Peut on alors croire, comme le pré­tendent la com­mu­nauté inter­na­tionale et la quasi majorité des médias, à un début his­to­rique de déco­lo­ni­sation israé­lienne en Palestine ?

Faut-​​il croire que le général Sharon recon­verti en premier ministre s’est trans­formé en homme de paix comme le disait son ami et financier Georges Bush ? La réponse aux deux ques­tions est non. Remontons d’abord le temps et l’histoire pour tenter de com­prendre le présent.

Le projet sio­niste d’un foyer national juif, soutenu et promis par les Bri­tan­niques de la Palestine man­da­taire, sous pression amé­ri­caine, se concrétise après les hor­reurs nazies dont les puis­sants d’alors savent bien qu’ils portent une partie de res­pon­sa­bilité, eux qui ne pou­vaient pas ne pas savoir. La décision inter­na­tionale de créer deux états sur la terre de Palestine, la création uni­la­térale en 1948 de l’Etat d’Israël et la guerre qui l’accompagne amènent à la Nakba, le mas­sacre ou l’expulsion de cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens. La Catas­trophe fait des Pales­ti­niens des réfugiés sur leur propre terre ou à l’étranger, l’occupation mili­taire de la Palestine a com­mencé. La guerre de 1967 gagnée par Israël et l’occupation du reste de la Palestine his­to­rique amène la pré­sence juive israé­lienne, tou­jours en quête d’Erez Israël, le grand Israël, aux fron­tières jamais fixées et tou­jours avancées, jusqu’au Jourdain à l’est.

Dès lors la colo­ni­sation a pour objectif d’occuper le plus de terre pales­ti­nienne en y conservant le moins de Pales­ti­niens ou en les isolant, creéer de toute pièce le mythe clai­ronné comme une réalité d’ « une terre sans peuple ». Les colonies, toutes illé­gales, décidées et construites par les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments israé­liens, et plus tard le Mur d’annexion dont le projet tra­vailliste a été mis en pra­tique par le Likoud de Sharon ( mur déclaré illégal par la plus haute ins­tance juri­dique inter­na­tionale) mor­cellent la Palestine et en confisquent les richesses. Civils armés, les colons, qu’ils soient des fana­tiques reli­gieux ou des idéo­logues sio­nistes, sont des milices redou­tables, soldats sans uni­forme, fer de lance de l’occupation. Ariel Sharon en est depuis le début le parrain.

Face à ce déni de l’existence du peuple pales­tinien, au vol de sa terre, de son identité et de son his­toire, la résis­tance pales­ti­nienne a pris des formes dif­fé­rentes au cours de plus de 50 ans de lutte de libé­ration : armée, poli­tique, non vio­lente et civique, à travers des exils, des attentats, des sou­lè­ve­ments, des grèves, sur le sol de la Palestine ou celui des terres d’accueil. Tou­jours la déter­mi­nation à ne pas céder, à ne pas renoncer au droit, droit inter­na­tional, droit des peuples, droit à l’autodétermination, a mené la lutte dont le mot d’ordre constant a été de rendre le prix de l’occupation le plus élevé possible.

La Bande de Gaza occupée, minuscule bout de terre sur­peuplée, occupée par 8000 colons juifs qui s’étaient approprié près de la moitié du ter­ri­toire pales­tinien, pro­tégés par environ 1500 soldats, a été soumise depuis le début de la répression de l’Intifada al-​​Aqsa, à des assauts répétés d’une vio­lence mili­taire inouïe et n’est plus qu’un champ de ruines. Pourtant après les mas­sacres et les des­truc­tions, les Pales­ti­niens de Gaza (1 400 000) sont debout. La sol­da­tesque de Sharon n’a pas réussi à les faire plier et le coût de Gaza pour Israël est énorme.

Main­tenir une pré­sence armée aussi lourde dans un endroit dont l’intérêt stra­té­gique est inexistant coûte finan­ciè­rement très cher. En outre cela empêche l’utilisation des soldats sur d’autres champs de l’occupation, comme l’alternance des attaques contre la Cis­jor­danie et Gaza au fil des années de la répression l’a montré. Il aurait fallu, pour attaquer sur tous les fronts de Palestine, appeler les réser­vistes et c’était trop coûteux en termes écono­miques et humains. De plus la via­bilité d’une pré­sence israé­lienne dans un ter­ri­toire si petit dont la popu­lation pales­ti­nienne légitime est immense et s’accroît, était de plus en plus irréa­liste. Sharon le réaf­firmait encore cette semaine aux médias américains.

En outre, l’occupation sauvage de Gaza a terni l’image de démo­cratie qu’Israël veut donner au monde. Même cou­verte de manière inégale, souvent insuf­fi­sante ou super­fi­cielle, par nombre de médias, l’occupation s’est révélée au monde, des photos ont fait les unes, ambu­lances écrasées par les chars, des immeubles d’habitation écrasés par des mis­siles ou gamines assas­sinées sur leurs bancs d’école. Dom­ma­geable !! Pas étonnant alors que les forces israé­liennes aient cherché sys­té­ma­ti­quement à imposer le huis clos, en inter­disant aux jour­na­listes et autres témoins d’approcher des lieux de leurs exactions.

Ainsi en 2003, pour entrer -éventuellement-​​ à Gaza il fallait aux jour­na­listes ou mili­tants inter­na­tio­na­listes qui vou­laient être au côté dces Pales­ti­niens, signer une « décharge » aux auto­rités mili­taires d’occupation, les absolvant d’avance de tout ce qui pouvait leur arriver ! Ainsi encore l’assassinat de mili­tants de l’ISM, Rachel Corrie ou Tom Hurndall ou de jour­na­listes tel James Miller, sans compter les nom­breux blessés.

En Israël, le coût humain, écono­mique et poli­tique de l’occupation de Gaza est aussi élevé : plus de 300 morts israé­liens dont 17 soldats tombés pour Net­zarim, des vil­lages israé­liens sous les tirs des mis­siles arti­sanaux de la résis­tance du nord de Gaza, des dizaines de mil­liers d’Israéliens qui refusent de voir mourir leurs enfants pour les colons et mani­festent à Tel-​​aviv, le mou­vement des refuzniks qui s’étend, la crise écono­mique qui s’intensifie. C’est que, malgré l’aide finan­cière massive des Etats-​​Unis, l’occupation taxe lour­dement le budget israélien.

D’où le « désengagement » de Gaza…

Ce coût de la colo­ni­sation, trop élevé par rapport aux avan­tages, est bien une vic­toire de la résis­tance des Pales­ti­niens de Gaza qui n’ont pas plié, qui ont résisté et continué à vivre, dans le dénuement total mais dans la dignité et la conviction de la jus­tesse de leur lutte. La popu­lation comme les poli­tiques, d’Abu Mazen au Front Popu­laire jusqu’au Hamas, le savent et le savourent et célèbrent légi­ti­mement le départ des colons puis des chars israé­liens comme la pre­mière libé­ration d’une portion du ter­ri­toire occupé.

C’est donc pour ces raisons entre autres que le désen­ga­gement uni­la­téral a été imposé par Sharon à une société qui n’a voulu y voir qu’une traî­trise du « père de la colo­ni­sation », alors qu’il s’agissait d’une stra­tégie très bien menée, jusque dans le mélo­drame orchestré de l’évacuation.

Cette évacuation très média­tisée -on aurait aimé voir le même intérêt des médias quand la vio­lence de l’occupation mili­taire s’abattait sur la popu­lation civile des camps, villes et vil­lages de Palestine, faisant des mil­liers de morts-​​ a rendu Sharon pré­sen­table, fré­quen­table même. Ainsi il a renoué des rela­tions diplo­ma­tiques avec plu­sieurs pays arabes, il vient de s’exprimer devant l’Assemblée générale des Nations unies, et les auto­rités fran­çaises, notamment le pré­sident de la Répu­blique fran­çaise qui l’a invité à Paris en juillet et qui vient de le féli­citer pour son courage poli­tique, consi­dèrent doré­navant qu’on ne doit plus cri­tiquer Sharon, mais le consi­dérer comme un par­te­naire amical. Sharon lui-​​même se félicite que « la position d’Israël dans le monde [est] bien meilleure maintenant ».

La stra­tégie des diri­geants israé­liens n’a cependant pas changé : il s’agit tou­jours de s’approprier terres et richesses pales­ti­niennes en créant sur le terrain d’autres faits qu’ils veulent irréversibles.

L’objectif discret mais souvent annoncé est de troquer Gaza pour la Cis­jor­danie et Jéru­salem, où 400 000 colons occupent les terres pales­ti­niennes. Les colonies de Cis­jor­danie s’étendent sans cesse (y compris dans la Vieille ville de Jéru­salem où les expro­pria­tions de familles pales­ti­niennes accom­pagnent les créa­tions de nou­veaux « quar­tiers » juifs, colonies au cœur de la ville palestinienne).

Alors que les médias glo­saient sur la cou­ra­geuse décision de Sharon de faire partir 8000 colons de Gaza, I2000 s’implantaient en Cis­jor­danie, pour partie des colons de Gaza. Le mur d’annexion, déclaré illégal par la plus haute ins­tance juri­dique inter­na­tionale et dénoncé par toute la com­mu­nauté inter­na­tionale, s’insinue tou­jours plus loin en Cis­jor­danie. Sharon vient d’oser réitérer crûment devant l’Assemblée générale des Nations-unies [1] les décla­ra­tions récentes de ses ministres : la construction continue et doit s’accélérer, malgré l’injonction d’y mettre fin, de déman­teler les por­tions construites, de remettre en l’état toutes les régions affectées et de dédom­mager la popu­lation spoliée.

Même dans des Nations-​​unies contrôlées et limitées dras­ti­quement par une admi­nis­tration amé­ri­caine ultra conser­va­trice, on ne peut que s’indigner que les quelque 190 nations repré­sentées n’aient pas réagi à cette nou­velle pro­vo­cation israé­lienne. Il est honteux qu’aucun repré­sentant présent n’ait quitté la salle, il est honteux que cette Assemblée sup­posée garante du droit inter­na­tional n’ait rien demandé à celui qui le viole quo­ti­dien­nement. Le « désen­ga­gement » de Gaza a bien joué son rôle !

Sous l’écran de fumée du désen­ga­gement les nou­velles confis­ca­tions de terres pour étendre Ariel, près de Salfit, ont pour but de rendre « impos­sible le départ de tant de gens », comme le disait l’ambassadeur d’Israël en France au len­demain de l’évacuation des colons de Gaza. Quant aux nou­velles terres pales­ti­niennes confis­quées à l’est de Jéru­salem afin d’étendre la colonie ten­ta­cu­laire de Maale Adumim, le projet vise à isoler Jéru­salem de la Cis­jor­danie, à lui enlever toute pos­si­bilité phy­sique d’être la capitale pales­ti­nienne. De même la frag­men­tation de la Cis­jor­danie en petits cantons isolés a pour objectif affiché d’interdire la création d’un Etat pales­tinien viable. Sharon peut bien déclarer que les Pales­ti­niens doivent avoir un Etat, comme il vient de le faire hypo­cri­tement à New-​​York, il fait en sorte qu’il ne soit pas viable et affirme, nou­velle pro­vo­cation et nouveau coup de pied de l’âne aux Nations unies, que « Jéru­salem reste la capitale unique, éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël ».

Ce mor­cel­lement invi­vable de la Palestine emmurée et spoliée de sa capitale est l’une de ces « réa­lités sur le terrain », qui sont le but recherché par Sharon en accord avec Bush. En avril 2004 les lettres échangées entre les deux com­plices annon­çaient déjà que Sharon avait carte blanche. A l’ONU cette semaine, ils ont déclaré ensemble que la Feuille de route, signée par les Etats-​​Unis dans le cadre du Quar­tette et par Sharon, partie pre­nante au « conflit », n’était tou­jours pas d’actualité. Il faut encore que l’Autorité pales­ti­nienne démantèle les mou­ve­ments « terroristes » !

Pourtant Bush, pro­tecteur de Sharon, pour­fendeur des ter­ro­ristes, s’irrite soudain du déve­lop­pement excessif des colonies et, englué en Irak, sans pers­pective de sortie rapide, semble vouloir relancer un plan de paix et se rap­procher de la « vieille Europe ». Il convient alors de le calmer, pour continuer à recevoir son soutien poli­tique et la manne finan­cière qu’il menace de limiter si la colo­ni­sation s’étend encore. Mais il n’est pas question de renoncer à la Cis­jor­danie. Sharon vient de déclarer au magazine amé­ricain Newsweek [2] qui l’interrogeait sur la réaction amé­ri­caine au ren­for­cement annoncé de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie : « Je ne crois pas qu’ils seront très contents…mais les grands blocs de colonies res­teront et feront partie d’Israël ». Cependant pour ne pas fâcher le parrain amé­ricain, il fallait afficher une image de courage prag­ma­tique et novateur. D’où, encore, Gaza…

Quant à la com­mu­nauté inter­na­tionale, elle aussi pourrait faire pression pour relancer la Feuille de route qui demande le gel de la colo­ni­sation et dont Sharon se prétend tou­jours partie pre­nante. Le désen­ga­gement lui coupe l’herbe sous le pied. Après toutes les « dif­fi­cultés » du retrait et les menaces de guerre civile avec les colons, on ne pourra plus rien demander à Sharon en terme de retrait de colonies. « Nous venons de faire un pas extrême…nous ne ferons pas d’autre désen­ga­gement » déclare-​​t-​​il ainsi à Newsweek.

Si, hormis la colère des colons extré­mistes, le retrait de Gaza ne pré­sente que des avan­tages pour le gou­ver­nement israélien, il en va autrement des Palestiniens.

D’abors, la joie de voir enfin partir l’occupant, ses colons et ses soldats, de se réap­pro­prier la terre, de revoir la mer, jamais vue pour cer­tains gamins qui vivent à quelques cen­taines de mètres de la plage, s’accompagne de la fierté d’avoir fait céder Israël en restant debout. Feux de joie, pro­me­nades dans les terres retrouvées -même si beaucoup d’entre elles ont été dévastées par les colons avant leur départ-​​ en témoignent. Paral­lè­lement la récu­pé­ration par des gamins, des femmes ou des "fer­railleurs" de biens aban­donnés qui seront revendus pour quelques shekels ou meu­bleront des maisons dévatées sont un indi­cateur de la pau­vreté intense de la popu­lation pales­ti­nienne de Gaza dont plus de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté.

Puis la colère légitime d’une popu­lation exsangue s’exprime aussi dans des actions sur les­quelles cer­tains médias, la droite israé­lienne et bien d’autres se sont jetés : cer­taines syna­gogues ont été brûlées par des groupes de Pales­ti­niens. Le piège posé par Sharon a bien fonc­tionné. Dans les rares accords avec l’Autorité pales­ti­nienne, qui ne por­taient que sur la sécurité des per­sonnes et des biens israé­liens, la des­truction des maisons et bâti­ments des colonies avait été décidée, l’évacuation des syna­gogues aussi, qui devaient être trans­férées en Israël. Mais Sharon a changé d’avis. Dans une démarche poli­tique per­verse, il a laissé à l’ANP la charge du sort des syna­gogues. Lieux de culte (désa­cra­lisés par les rabbins avant le départ des colons), elles étaient aussi le lieu sym­bo­lique de l’occupation, celui où les colons se sont retranchés devant l’armée israé­lienne et les caméras com­plai­santes du monde, celui où flottait le drapeau de l’occupation. Comment s’étonner que les jeunes Pales­ti­niens, ne pouvant voir le piège machia­vé­lique que leur tendait Sharon, s’en soient pris au symbole de 38 ans d’injustice, de misère et d’humiliation ? Que des chro­ni­queurs poli­tiques français consi­dérés comme « sérieux » crient à la bar­barie est honteux et immoral dans son sim­plisme partisan [3].

Une fois passées la joie et la colère quelle sera la situation dans la bande de Gaza ?

Certes, poli­ti­quement le départ des colons et de l’armée est bien une vic­toire, et concrè­tement à l’intérieur la vie devient plus facile puisque les Pales­ti­niens peuvent enfin se déplacer et vivre sur leur terre. Finis les bou­clages, blo­cages, check-​​points et patrouilles qui fai­saient de tout dépla­cement un par­cours infernal.

Mais les fron­tières ? Elles sont ou seront her­mé­tiques selon un accord des Israé­liens avec l’Egypte, que l’ANP a été contrainte de valider. Les clô­tures et murs qui enferment Gaza à l’est et au nord sont sous contrôle mili­taire israélien. Les geô­liers ont peut-​​être quitté la prison, mais ils l’entourrent d’un cordon serré, les chars sont autour de Gaza. Quant au sud, la fron­tière à Rafah a vu le défer­lement des Pales­ti­niens vers et de l’Egypte. Ceci, comme le dit Gush Shalom, rap­pelle l’écroulement du Mur de Berlin, sou­ligne la pri­vation de liberté des 38 années passées et le besoin irré­pres­sible des Gazaouis de jouir de l’un des droits humains élémen­taires : se déplacer y compris hors de son pays et d’y revenir. Mais Sharon a promis de veiller à ce que ce droit ne soit pas res­pecté non plus, il se « réserve le droit d’intervenir » pour res­taurer l’ordre !! Quant à la fron­tière maritime et à l’espace aérien, ils restent sous le contrôle total d’Israël. Aucun accord n’a été conclu sur le port et l’aéroport que les auto­rités pales­ti­niennes exigent de voir recons­truits et réou­verts, sans les­quels Gaza reste coupée du monde.

Ainsi Gaza reste une immense prison à ciel ouvert, par­semée de ruines et dont la terre est dévastée. Pour la popu­lation, l’avenir doit passer aussi par une recons­truction phy­sique et écono­mique. C’est le message que répète le pré­sident Abbas et c’est la démarche entamée par des pays arabes du Golfe qui com­mencent à financer la recons­truction de réseaux d’eau ou d’égouts et de bâti­ments d’habitation. Les Etats-​​unis aussi vont payer, de même que l’Europe, pour couvrir en partie la recons­truction de ce que l’occupation mili­taire israé­lienne a ravagé. La France elle va se consacrer à « l’humanitaire », oublieuse du soutien poli­tique et de l’exigence du droit.

Gaza se trouve libérée de l’occupant mais il a laissé der­rière lui une situation qui frôle le chaos poli­tique. La frag­men­tation du ter­ri­toire, la déstruc­tu­ration sociale, la pau­vreté ont créé des soli­da­rités et des oppo­si­tions par­ti­cu­lières. Des groupes poli­tiques, cer­tains avec leurs branches armées, tentent main­tenant de se dis­puter le pouvoir. Cette vic­toire momen­tanée de l’occupation est un défi dif­ficile pour l’ANP et toutes les forces démo­cra­tiques en Palestine.

Israël continue d’ailleurs d’alimenter le chaos en exi­geant que Mahmoud Abbas désarme le Hamas, qui vient de déclarer qu’il conti­nuera la lutte légitime contre l’occupation, tant qu’elle se pour­suivra dans le reste de la Palestine. Mais l’ANP se refuse à entrer dans une logique de conflit avec le Hamas qui est entré dans le pro­cessus poli­tique et doit par­ti­ciper aux élec­tions légis­la­tives de janvier. Si élec­tions il y a..car Sharon vient d’annoncer qu’il ne les per­mettra pas, si les « ter­ro­ristes » y prennent part. Il pourra ensuite affirmer que les Pales­ti­niens ne sont pas capables de démocratie !!

Alors que Gaza prend une res­pi­ration, la Cis­jor­danie occupée sup­porte d’autant plus le poids de la colo­ni­sation, la judaï­sation de Jéru­salem s’accélère, et la frag­men­tation de la société pales­ti­nienne accom­pagne le mor­cel­lement du ter­ri­toire, avec les risques poli­tiques que cela com­porte. Sharon va main­tenant pouvoir s’occuper sérieu­sement de la Cis­jor­danie et essayer d’y inten­sifier les mêmes des­truc­tions poli­tiques et phy­siques qu’à Gaza.

On peut craindre que la com­mu­nauté inter­na­tionale laisse faire, volon­tai­rement anes­thésiée par l’offensive de « charme » poli­tique et média­tique de Sharon et des siens.

Ce qu’il convient abso­lument de faire au contraire, c’est imposer le droit, les droits nationaux des Pales­ti­niens, les droits humains et le droit inter­na­tional et huma­ni­taire. Ce que la res­pon­sa­bilité et le propre intérêt poli­tique de l’Europe (et de la France) exigent, c’est qu’au-delà de l’aide maté­rielle à la remise en route de Gaza, elle apporte le soutien poli­tique auquel elle s’est engagée, dans le cadre du droit et des plans de paix inter­na­tionaux, qui fera déman­teler toutes les colonies et le Mur, qui imposera au gou­ver­nement israélien de se plier à la loi commune à laquelle il prétend souscrire.

Si Sharon et les siens refusent encore une fois de recon­naître et appliquer le droit, il est indis­pen­sable de les y contraindre par des sanc­tions, écono­miques, poli­tiques ou diplo­ma­tiques dont on a vu l’efficacité en d’autres cir­cons­tances, dans l’Afrique du Sud d’un autre apar­theid. L’Europe doit être prête à sus­pendre l’Accord d’association avec Israël.

Sinon, si donc le retrait Gaza n’est pas suivi par le déman­tè­lement du Mur d’annexion et de toutes les colonies de Cis­jor­danie, par la fin de la colo­ni­sation, le plan uni­la­téral n’aura été que ce piège qui masque le projet colonial israélien et au bout du compte aura empêché d’avancer vers la paix, dans le silence com­plice des puis­sances politiques.

[1] le 15 sep­tembre 2005, 23 ans à 2 jours près des mas­sacres de Sabra et Chatila dont il faut l’artissan

[2] Newsweek 12-​​19 09 2005

[3] voir l’article de B. Frappat dans Lacroix daté du 17 sep­tembre 2005