Colonisation : Israël reste sourd aux pressions internationales

L’Orient le Jour, mardi 30 juin 2009

Israël a donné le 29 juin son feu vert à la construction de 50 loge­ments dans une colonie de Cis­jor­danie. Cette décision a été annoncée quelques heures avant le départ pour New York du ministre de la Défense Ehud Barak, qui doit ren­contrer aujourd’hui l’émissaire spécial amé­ricain pour le Proche-​​Orient George Mit­chell pour dis­cuter du dossier contro­versé des colonies.

Le feu vert donné à la construction de 50 loge­ments a été pris, selon le ministère de la Défense, pour per­mettre aux Israé­liens ins­tallés à Migron, la plus grande colonie « sauvage » de Cis­jor­danie, de démé­nager à Adam. Migron, construite sans l’aval des auto­rités, au contraire d’Adam, compte 200 habi­tants qui vivent dans une soixan­taine de cara­vanes et deux maisons en dur. Depuis sept ans, tous les gou­ver­ne­ments israé­liens se sont engagés auprès des États-​​Unis à déman­teler la cen­taine de colonies sau­vages érigées par des ultra­na­tio­na­listes. Ces pro­messes n’ont tou­tefois pas été tenues, notamment pour Migron, consi­dérée comme un « symbole » par les colons. La com­mu­nauté inter­na­tionale ne fait pas de dis­tinction entre colonies sau­vages et légales.

La radio mili­taire a précisé que ce feu vert pour la construction immé­diate de 50 loge­ments à Adam s’inscrivait dans un projet beaucoup plus vaste de 1 450 unités de loge­ments qui doivent être construites à l’avenir dans cette colonie située au nord de Jéru­salem. Le ministère de la Défense a pour sa part affirmé que toutes les infor­ma­tions concernant ces 1 450 loge­ments étaient « fausses, ten­dan­cieuses et inexactes ». Dans une réponse offi­cielle pré­sentée par le ministère de la Défense à la Cour suprême et com­mu­niquée à la presse, il est tou­tefois indiqué qu’un plan de construction de 1 450 loge­ments existe bel et bien, mais qu’il n’a pas obtenu les auto­ri­sa­tions néces­saires pour être lancé.

Soumis aux pres­sions du pré­sident amé­ricain Barack Obama et des diri­geants euro­péens, le Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu a laissé entendre qu’il pourrait déman­teler une ving­taine de colonies sau­vages. Il s’est tou­tefois refusé jusqu’à présent à geler la construction dans les colonies afin de per­mettre la « crois­sance démo­gra­phique natu­relle » de leurs habi­tants. M. Neta­nyahu, qui a accepté pour la pre­mière fois l’idée d’un État pales­tinien lors d’un dis­cours à la mi-​​juin, sou­haite trouver une formule de com­promis avec les États-​​Unis. Selon les médias, il envisage un gel de trois mois de la construction dans les colonies. Selon le quo­tidien Yediot Aha­ronot, le gel de la colo­ni­sation envisagé par M. Neta­nyahu ne concer­nerait tou­tefois pas 2 000 des 3 200 loge­ments privés en cours de construction dans les implan­ta­tions, ni les chan­tiers à Jérusalem-​​Est.

Au sein de son gou­ver­nement, le ministre tra­vailliste du Com­merce et de l’Industrie, Ben­jamin Ben Eliezer, a affirmé qu’il sou­tenait « un mora­toire de trois mois de la construction dans les colonies pour per­mettre une relance des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens ». Yariv Oppen­heimer, le secré­taire général de la Paix main­tenant, un mou­vement opposé à la colo­ni­sation, a lui appelé M. Barak à revenir sur sa décision et « à geler toutes les auto­ri­sa­tions de construction dans les colonies ». En revanche, le député Michael Ben Ari, de l’Union nationale, un mou­vement d’extrême droite, a pressé les habi­tants de Migron de ne pas accepter de démé­nager à Adam.

Paral­lè­lement, la muni­ci­palité de Jéru­salem va annoncer le gel de 70 % des ordres de démo­lition dans la partie orientale de la ville sainte, à majorité arabe, a rap­porté hier le quo­tidien israélien Haaretz. Pour les 30 % res­tants, elle prévoit de négocier des com­pen­sa­tions finan­cières, ajoute Haaretz, selon qui cette décision est une consé­quence des pres­sions amé­ri­caines et des dif­fi­cultés maté­rielles pour mettre en œuvre les démo­li­tions. Interrogé, un porte-​​parole du maire de Jéru­salem Nir Barkat n’a pas sou­haité faire de commentaire.