Collaboration : "l’Union européenne finance le blocus de Gaza"

David Cronin, jeudi 26 février 2009

Des fonc­tion­naires de Bruxelles ont reconnu que l’aide de l’UE a été versée à une Cie pétro­lière israé­lienne (Dor Alon qui appar­tient à Alon Group dont le CEO est David Weissman, voir photo ci - dessous ndlt) qui a réduit la four­niture de car­burant à Gaza dans le cadre d’un blocus écono­mique inter­na­tio­na­lement reconnu comme illégal.

Presque 97 mil­lions d’Euros (124 mil­lions de dollars) gérés par la Com­mission euro­péenne, le bras exé­cutif de l’UE, ont été direc­tement versés à la Société Dor Alon [1] entre février 2008 et janvier de cette année. Obéissant à des ordres des auto­rités israé­liennes, la Société Dor Alon a rationné les quan­tités de diesel indus­triel entrant dans Gaza pour priver les 1.5 mil­lions d’habitants de Gaza d’électricité. Depuis que le parti militant Hamas a rem­porté une vic­toire sur­prise lors des élec­tions légis­la­tives pales­ti­niennes en 2006, les cou­pures de courant sont devenues un phé­nomène régulier dans Gaza.

Charles Shamas du Groupe Mattin, une orga­ni­sation située en Cis­jor­danie qui contrôle les rela­tions entre l’UE et Israël, a dit que l’UE avait aidé a arranger le blocus écono­mique de Gaza. Ceci malgré le fait que les plus hauts diplo­mates de l’Union, dont le chef de la diplo­matie étrangère, Javier Solana, et la com­mis­saire aux rela­tions exté­rieures, Benita Ferrero-​​Waldner, aient condamné le blocus comme étant une "punition col­lective" d’une popu­lation civile. Toute punition col­lective constitue un crime de guerre selon les Conven­tions de Genève de 1949.

Selon Shamas : " l’UE doit fournir une aide de façon légale". "Cela veut dire un effort fait de bonne foi pour ne pas se conformer aux actes délic­tueux des autres. Dans ce cas, l’UE concrétise des mesures illé­gales prises par Israël. Vous ne pouvez pas demander à Israël de cor­riger son com­por­tement si vous ajustez ce que vous faite à ce comportement."

Chris­tiane Hohmann, porte parole des rela­tions exté­rieures de la Com­mission euro­péenne, a dit que le diesel fournit par Dor Alon est utilisé par une cen­trale élec­trique qui fournit 30% des besoins d’électricité de Gaza. Les prin­cipaux béné­fi­ciaires de l’aide de l’UE sont les écoles et les hôpitaux, a-​​t-​​elle ajouté, déclarant que Dor Alon a fourni plus de 96 mil­lions de litres à Gaza suite à l’argent reçu de la Com­mission ces 12 der­niers mois. Dor Alon a aussi béné­ficié d’une aide fournie par l’Allemagne et la Bel­gique, des Etats membres de l’UE.

"Ce n’est pas se sou­mettre au blocus" a-​​t-​​elle dit. " Cela n’en fait pas partie. Ce que nous disons tout le temps aux Israéiens c’est qu’ils doivent ouvrir les points de passage ( dans Gaza). Le diesel indus­triel doit y entrer."

L’aide de la Com­mission est admi­nistrée via un méca­nisme connu sous le nom de Pegase. Pegase, qui a com­mencé ses opé­ra­tions l’année der­nière, est conçu pour contourner le Hamas, tout en sou­tenant les acti­vités de son rival, le Fatah, le parti en charge de l’Autorité Pales­ti­nienne en Cis­jor­danie. Hohmann a cependant fait remarquer que l’aide était direc­tement payée à la Société Dor Alon et " ne circule pas à travers une structure palestinienne".

Un porte parole de Dor Alon a dit que toute réduction dans ses appro­vi­sion­nement à Gaza est la consé­quence des poli­tiques du gou­ver­nement israélien. " Dor Alon est une société privée, elle doit faire tout ce que lui demande le ministre de la Défense", a-​​t-​​il ajouté. " Je ne peux pas vous dire que nous four­nissons plus un jour et moins un autre. Cela ne nous concerne pas. Pour cette affaire, nous suivons les ordres".

L’une des plus impor­tantes société d’approvisionnement en car­burant d’Israël, Dor Alon est également pro­prié­taire de deux chaînes de magasins de pro­duits de base, Alonit et AM :PM. Outre ses acti­vités dans Gaza, elle possède tout un réseau de sta­tions ser­vices et de bou­tiques dans les colonies israé­liennes en Cisjordanie.

Selon Merav Amir, une mili­tante de la Coa­lition of Women For Peace, une orga­ni­sation qui étudie comment les sociétés israé­liennes peuvent pro­fiter de l’occupation de la Palestine, " Ce qui se passe dans ce cas là c’est que l’économie israé­lienne contrôle l’accès aux marchés pales­ti­niens pour assurer des profits à cer­taines sociétés israéliennes".

Amir a fait remarquer que depuis les Accords d’Oslo, toute l’aide inter­na­tionale des­tinée à l’Autorité Pales­ti­nienne lui est par­venue via Israël.Ces accords ont été les pre­miers négociés en face à face entre les deux camps, et signés en 1993 par le Pré­sident Shimon Peres, alors ministre des Affaires étran­gères, et le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas. Alors que l’intitulé de ces accords fait réfé­rence à l’autonomie d’un gou­ver­nement pales­tinien, de nom­breux obser­va­teurs ont fait remarquer qu’Israël a utilisé ceux ci pour ren­forcer son contrôle sur la Cis­jor­danie et Gaza.

" Israël détient une grande quantité d’argent qui en fait appar­tient à l’Autorité Pales­ti­nienne" a ajouté Amir. " Avec une partie de cet argent, il paie les four­nis­seurs de sorte que cela main­tient la dépen­dance de l’économie pales­ti­nienne (à Israël). L’Union euro­péenne est en mesure de faire pression sur Israël pour changer la façon dont tout cela est fait".

Chris Davies, un par­le­men­taire européen du parti libéral bri­tan­nique, qui s’est rendu récemment à Gaza, a décrit cette semaine comment le blocus de Gaza avait des consé­quences dévas­ta­trices dans la région den­sément peuplée qui lutte pour sur­monter les 22 jours de bom­bar­de­ments qu’Israël a lancé fin décembre de l’année dernière.

Alors qu’il faut 500 camions chargés de nour­riture et d’autres pro­duits pour appro­vi­sionner Gaza, Israël n’autorise l’entrée que de 130 camions par jour qui passent par des points de passage contrôlés par ses troupes. " le papier pour les écoles, les couches pour bébés, les tablettes de puri­fi­cation de l’eau, le ciment pour la recons­truction, tout cela est interdit" a-​​t-​​il dit. " La vie normale dans cette grande ville est impossible". [2]

[1] Dor Alon est en situation de monopole concernant l’approvisionnement de car­burant dans Gaza. Cette société appar­tient au Groupe Alon Israël, qui est pro­prié­taire de Dor Gaz qui com­mer­cialise le gaz sur le marché indus­triel et ins­ti­tu­tionnel en Israël. Il détient également 50% dans le réseau de coffee shops Sega­fredo, et repré­sente Chevron et Aral Lubri­cants (stés US) en Israël.

Les prin­cipaux action­naires d’Alon Group sont : Biesol (David Wiessman "Dudi" pour les intimes) et la Famille Biran 39%, Kib­boutzim 35%, Africa Israël 26%.

L’Alon Group dont Wiessman est le Pré­sident du Conseil d’Administration, est pro­prié­taire de la chaîne de super­marchés " Blue Square" la deuxième plus impor­tantes d’Israël, qui possède 170 magasins dont cer­tains implantés dans les colonies de Cis­jor­danie, les chaînes de super­marchés , Mega, Mega Center et Blue Center, de même que la chaîne d’alimentation natu­relle Eden Nature et la chaîne d’épicerie, Shefa Shuk ciblant la clientèle ultra orthodoxe sioniste.

"Dudi", 56 ans a servi dans l’armée de l’air israé­lienne. A la tête du Groupe Alon, il pousse celui-​​​​ci à diver­sifier ses acti­vités notamment sur le marché européen. Le Groupe y possède déjà des biens fon­ciers mais cherche à s’implanter dans le secteur des super­marchés. En 2005, selon Forbes, les revenus annuels de "Dudi" s’élevaient au total à 528, 865.00 $. (Salaire 288,00.00$ + Bonus 240,865.00$).

Depuis, et notamment grâce à l’argent de l’UE ( des contri­buables euro­péens), nul doute que les revenus de ce pro­fiteur de guerre et de son Groupe ont prospéré. L’année der­nière il a décidé de déve­lopper son emprise sur les médias, il est co pro­prié­taire avec Azur (pro­prié­taire du Jpost et dis­tri­buteur du Wall Street Journal) d’une Radio israé­lienne, Lelo Hafsaka (103FM) et ils ont un projet conjoint d’acquisition du quo­tidien gratuit en hébreu Israël Post.

Alon Group détient la fran­chise pour KFC et Pizza Hut en Israël et détient 49% des parts de Diners Club Israël. Il possède également une branche très flo­ris­sante aux Etats Unis, Alon USA.

La par­ti­ci­pation directe du Groupe Alon au blocus de Gaza, ainsi que celle de Weissman sont pas­sibles de pour­suites judi­ciaires pour com­plicité de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, bien que le Groupe s’en défende. Ils n’ont pas à obéir à des ordres mani­fes­tement illégaux en Droit International.

Alon Group et Weissman doivent être ajoutés à la liste de ceux visés par les poursuites.

[2] Com­plément d’information par la traductrice :

La Coa­lition Israé­lienne des Femmes pour la Paix a mis sur pied un projet intitulé "Qui profite de l’occupation israé­lienne ?" et vient de lancer une banque de données en ligne (www​.who​profits​.org) qui liste les entre­prises col­la­borant direc­tement à l’occupation de la Cis­jor­danie, de la Bande de Gaza et des Hau­teurs syriennes du Golan.