Cisjordanie : les abeilles changent la vie de Palestiniennes

Le Point avec AFP (Kafr Malek), dimanche 24 juillet 2016

Le visage et le corps protégés pour éviter les piqures, trois Palestiniennes enfument des ruches sur des collines de Cisjordanie afin de produire un miel qui a changé leur vie et leur a permis de se réapproprier leur terre.

Mountaha Baïrat s’est lancée il y a quatre ans dans l’apiculture avec cinq autres femmes de Kafr Malek, un village proche de Ramallah en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis près d’un demi-siècle par Israël.

Femmes au foyer et ayant plusieurs enfants à charge pour la plupart, "on se disait au départ que c’était juste un petit projet" pour arrondir les fins de mois, raconte Mountaha, âgée de 37 ans.

Mais "ce projet a totalement changé notre vie", témoigne la responsable des ruches blanches disséminées au coeur d’une oliveraie à Kafr Malek.

Grâce au miel, "une des femmes a pu payer les frais pour inscrire son fils à l’université" et "une autre s’est achetée la télévision dont elle rêvait", assure-t-elle, un grand sourire aux lèvres.

Chaque année, les six apicultrices de Kafr Malek produisent 600 kilos de miel, vendu 100 shekels le kilo (environ 25 euros), ainsi que des produits à base de gelée royale et de cire d’abeilles. Une fois les frais d’entretien des ruches déduits, chaque femme touche en moyenne 6.000 shekels par an, soit plus de 1.400 euros.

Ce revenu supplémentaire est bienvenu pour leurs familles alors que le taux de chômage touche un quart de la population active et 40% des femmes dans les Territoires palestiniens.

Mais au-delà de l’aspect financier, poursuit Mountaha, le visage ceint d’un foulard rouge, les abeilles leur ont ouvert de nouveaux horizons. "Certaines femmes n’étaient jamais sorties de Palestine, voire de leur village. Et aujourd’hui, elles se sont rendues en Jordanie et même certaines en Espagne" pour présenter leurs produits dans des salons d’agriculture et de commerce équitable, explique-t-elle.

Bataille pour la terre

Le coup de pouce est venu de PARC, une organisation locale de soutien à l’agriculture palestinienne basée à Ramallah, où siège l’Autorité palestinienne. L’ONG aide aujourd’hui 103 femmes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sous blocus en soutenant 64 projets agricoles.

La plupart des projets en Cisjordanie ont été montés dans la zone dite "C", les 60% de ce Territoire palestinien qui, depuis les accords israélo-palestiniens d’Oslo de 1993, sont placés sous total contrôle militaire israélien et échappent ainsi à l’Autorité palestinienne en termes de construction et d’aménagement.

"L’idée est d’aider les gens à rester sur leurs terres, en particulier les femmes qui vivent dans des zones agricoles", en leur proposant "des projets qu’elles peuvent gérer elles-mêmes", explique Nasseh Shaheen, en charge de ces activités au sein de PARC.

Depuis Oslo, et notamment du fait de l’appropriation de terres agricoles par les colonies israéliennes, la part de l’agriculture dans le PIB palestinien a chuté, passant de près de la moitié du PIB à moins de 3,5% aujourd’hui. Seules un peu plus de 9% des personnes actives travaillent dans le secteur agricole, et la plupart cultivent des terres familiales sans en tirer de revenus.

Certaines apicultrices "doivent (aider leur mari à) nourrir des familles de sept ou neuf membres", rapporte Mountaha.

Noama Hamayel attend chaque année la récolte d’août car cette mère de famille de 52 ans a six enfants à l’université. "En vendant chaque semaine un kilo de miel, les finances (du foyer) s’améliorent nettement", dit-elle fièrement.

"J’adore l’apiculture. C’est ce que j’aime le plus, après mes enfants."

Kafr Malek (Territoires palestiniens) (AFP) - © 2016 AFP