Cessez-​​le-​​feu à Gaza après un an de blocus

Irin, samedi 21 juin 2008

Après un an de blocus strict de la bande de Gaza, les habi­tants de l’enclave assiégée ont des raisons d’être opti­mistes, depuis la mise en œuvre d’un accord de cessez-​​le-​​feu entre le Hamas et Israël, le 19 juin, à six heures du matin, heure locale.

Le Hamas, groupe isla­mique qui contrôle Gaza depuis le ren­ver­sement, en juin dernier, des forces du Fatah, faction rivale fidèle au pré­sident Mahmoud Abbas, ne reconnaît pas Israël, et le gou­ver­nement israélien lui-​​même ne négocie pas direc­tement avec le groupe islamique.

Pourtant, les deux parties ont consenti, sous les aus­pices de l’Egypte, à cesser les hos­ti­lités. Les Pales­ti­niens de Gaza espèrent que cet accord per­mettra de mettre fin aux sanc­tions imposées sur les car­bu­rants, et à l’interdiction d’exporter et d’importer une majorité de produits.

Ces 12 der­niers mois, surtout depuis la fin de l’année 2007, Israël a en effet limité les impor­ta­tions à un minimum de car­burant et de pro­duits essen­tiels, tels que les vivres et les médi­ca­ments. La fer­meture des points de passage a abouti à une recru­des­cence de la contre­bande dans l’enclave.

« Les seules chaus­sures que j’arrive à trouver pour mes enfants sont celles qui ont été passées en contre­bande depuis l’Egypte », a récemment expliqué à IRIN un habitant de Gaza. « Elles sont de moins bonne qualité et plus chères que celles que nous ache­tions avant. Trop chères, en fait ».

Les points de passage ont également été fermés à la cir­cu­lation d’une majorité d’habitants, coincés dans l’enclave, à l’exception d’une brève période au cours de laquelle les mili­tants avaient détruit des pans du mur fron­talier entre l’Egypte et la Palestine.

« Le seul moyen de partir, c’est de monter sur une Qassam », a lancé un Pales­tinien, sur le ton de la plai­san­terie, employant le nom géné­rique donné aux roquettes tirées par les mili­tants pales­ti­niens sur le sud d’Israël.

Ces roquettes sus­citent des craintes chez bon nombre d’habitants et ont fait plu­sieurs vic­times civiles.

« Cela ne fait qu’un an, et les sanc­tions les plus strictes n’ont été mises en place qu’en octobre. Cela ne fait pas long­temps, mais les sanc­tions se font déjà sentir », a indiqué Antoine Grand, du Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) à Gaza.

Les agriculteurs sans emploi

En raison du blocus, les agri­cul­teurs, qui culti­vaient essen­tiel­lement pour l’exportation, ne peuvent pas exporter leur pro­duction ni recevoir de semences et de fertilisants.

Ce blocus, auquel viennent s’ajouter les pénuries de car­burant qui empêchent les paysans d’entretenir leurs champs, a contraint bon nombre d’entre eux de cesser leurs activités.

Glo­ba­lement, selon les obser­va­teurs, la situation huma­ni­taire à Gaza s’est aggravée au cours des 12 der­niers mois depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, mais la crise a pu être évitée, essen­tiel­lement grâce aux efforts des orga­ni­sa­tions humanitaires.

« Per­sonne ne meurt de faim à Gaza parce que l’UNRWA [l’agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens] et le PAM [le Pro­gramme ali­men­taire mondial] nour­rissent une majorité de la popu­lation », des propos maintes fois entendus par IRIN au cours d’entretiens avec plu­sieurs hauts res­pon­sables humanitaires.

« Ils empêchent les popu­la­tions de sombrer », a ajouté une tra­vailleuse huma­ni­taire, qui a sou­haité conserver l’anonymat, n’ayant pas été auto­risée à s’exprimer au sujet d’autres organisations.

Mais même l’aide massive apportée par les Nations Unies et les orga­ni­sa­tions non-​​gouvernementales (ONG) n’a pas pu com­penser l’impact de ce siège sur les infra­struc­tures de Gaza.

Les hôpitaux et autres ins­ti­tu­tions ne par­viennent pas à obtenir les pièces déta­chées et la machi­nerie lourde dont ils ont besoin. L’équipement et les pro­duits man­quants vont des appa­reils de radio­logie aux articles plus simples, tels que les ampoules élec­triques, les stylos ou le papier.

L’interdiction de cir­cu­lation a également pénalisé de nom­breux patients, qui n’ont pas pu quitter la Bande pour être soignés, ainsi que des médecins, qui n’ont pas pu suivre de for­mation spé­cia­lisée à l’étranger.

De même, les pêcheurs et les chauf­feurs ont des dif­fi­cultés à réparer leurs bateaux et leurs voi­tures sans matériel importé de l’étranger. Selon M. Grand du CICR, les prises de sar­dines, au mois d’avril de cette année, ne repré­sen­taient que 28 pour cent des cap­tures enre­gis­trées à la même période, en 2007.

Suspension des opérations de développement

Les opé­ra­tions de déve­lop­pement, déjà ralenties en raison des sanc­tions finan­cières inter­na­tio­nales imposées après la vic­toire du Hamas aux élec­tions de 2006, ont été d’autant plus para­lysées après la prise de contrôle.

« Il nous restait à peine quelques semaines avant d’achever l’installation d’un réservoir d’eau destiné à assurer un appro­vi­sion­nement régulier en eau salubre à 30 000 habi­tants de Rafah », a indiqué Martha Meyers, de CARE International.

CARE n’étant plus en mesure d’importer l’acier, les pompes, les cana­li­sa­tions et autres biens néces­saires, le projet a été sus­pendu et l’équipe a décidé de se concentrer sur une station de pompage-​​relais (le matériel néces­saire se trouvant déjà dans l’enclave), même si cela n’était pas son objectif principal.

« On ne peut pas priver les popu­la­tions des pro­duits essen­tiels dont elles ont besoin, juste parce qu’on est en colère contre les diri­geants pales­ti­niens », a remarqué avec frus­tration un spé­cia­liste du développement.