Ces soldats israéliens qui évoquent les crimes de guerre à Gaza

Pierre Barbancey + vidéo, dimanche 22 mars 2009

Le journal Haaretz publie des récits acca­blants pour l’armée d’occupation. Confir­mation des exé­cu­tions som­maire et des exactions [1].

Sûr de lui comme à son habitude, le ministre israélien de la Défense, le tra­vailliste Ehud Barak, est imper­tur­bable. « L’armée israé­lienne est la plus morale du monde, et je sais de quoi je parle car je sais ce qui s’est passé en ex-​​Yougoslavie, en Afgha­nistan, en Irak ».

Voilà son com­men­taire, hier, après la publi­cation dans le quo­tidien Haaretz, de témoi­gnages de soldats israé­liens évoquant des meurtres de civils de sang-​​froid et des actes de van­da­lisme durant le 22 jours de l’offensive israé­lienne à Gaza, en décembre et janvier der­niers. Ces soldats, qui sor­taient d’une aca­démie mili­taire portant le nom d’Yitzhak Rabin, ont publié leurs récits dans la lettre d’information de cette institution.

Parmi les témoi­gnages qui ont été repris par le quo­tidien Haaretz ainsi que les radios publique et mili­taire, figure le cas d’une vieille femme pales­ti­nienne tuée alors qu’elle mar­chait à 100 mètres de sa maison. D’autres mili­taires font également état d’exactions, d’actes de van­da­lisme et de des­truc­tions dans des maisons. Un des témoi­gnages, émanant d’un chef de section d’infanterie, évoque un tireur d’élite de l’armée qui a abattu une mère et ses deux enfants parce qu’ils avaient pris la mau­vaise direction quand les mili­taires leur avaient ordonné de sortir de chez eux. « Le com­mandant du déta­chement a sommé la famille de s’en aller par la droite. Une mère et ses deux enfants n’ont pas compris et s’en sont allés vers la gauche. Le tireur d’élite les a vus s’approcher, au-​​delà des lignes qu’on lui avait dit que per­sonne ne devait franchir. Il les a sim­plement abattus. »

Ce chef de section a encore rap­porté que les hommes sous son com­man­dement esti­maient que « la vie des Pales­ti­niens était bien moins impor­tante que celle de nos soldats, donc que ceci jus­ti­fiait cela ». Un autre chef de section parle de van­da­lisme commis par les soldats. « Ecrire « Mort aux Arabes » sur les murs, se saisir de photos de famille pour cracher dessus, sim­plement parce qu’on en a le pouvoir… Ce qu’il faut bien com­prendre, c’est que cela dénote à quel point l’éthique des IDF s’est dégradée. » Selon le directeur de l’école mili­taire, Danny Zamir, il régnait au sein de l’armée un climat de « mépris débridé » et un « sen­timent de supé­riorité » envers les Pales­ti­niens. Il affirme avoir transmis à l’état-major les témoi­gnages des anciens de son école ayant servi à Gaza, qui n’auraient pas eux-​​mêmes commis de crimes de guerre mais « sont mal à l’aise de n’avoir pu en empêcher ». Un com­men­tateur de la radio publique, Moshé Hanegbi, spé­cialisé dans les ques­tions juri­diques, a estimé que ces témoi­gnages étaient « d’autant plus inquié­tants qu’ils ne viennent pas de Pales­ti­niens, mais de soldats qui n’ont aucun intérêt à ternir la répu­tation de leurs cama­rades. Il ne faut pas que l’armée enquête sur elle-​​même car une telle enquête ne serait pas cré­dible alors qu’Israël est accusé de crime de guerre à l’étranger et que des offi­ciers pour­raient été pour­suivis dans le monde ». [2]

L’offensive de l’armée israé­lienne contre le Hamas dans la bande de Gaza a fait plus de 1.300 morts et 5.000 blessés pales­ti­niens, selon un bilan des ser­vices médicaux pales­ti­niens. Parmi les morts figurent 437 enfants âgés de moins de 16 ans, 110 femmes et 123 per­sonnes âgées, ainsi que 14 médecins et quatre jour­na­listes. L’offensive de 22 jours (27 décembre-​​18 janvier) a fait 1.890 blessés parmi les enfants, et 200 blessés graves tous âges confondus. L’opération mili­taire a été lancée par Israël avec pour objectif déclaré de réduire au minimum les tirs de roquettes par les groupes armés pales­ti­niens, notamment le Hamas, contre son ter­ri­toire. Côté israélien, dix mili­taires et trois civils ont été tués, selon les chiffres offi­ciels. Reste main­tenant à savoir si les pays occi­dentaux, qui avaient balayé d’un revers de main les témoi­gnages acca­blants des Pales­ti­niens eux-​​mêmes (on se sou­vient de la publi­cation dans l’Humanité du récit de ce père de famille, Khaled Abed Rabbo, racontant l’exécution som­maire de deux de ses petites, la troi­sième étant gra­vement blessée), vont enfin saisir la justice inter­na­tionale pour qu’une com­mission d’enquête indé­pendant puisse établir les faits et que, le cas échéant, des pour­suites soient entre­prises à l’encontre d’Israël.

Voir sur Youtube, le reportage en anglais d’al-Jazeera :