Ça te dit quelque chose à toi Salah Hammouri ?

Shyankar, mercredi 29 octobre 2008

Question à un million d’euros : où sommes nous ? Dans quel horrible pays ?
Dans une de ces dic­ta­tures afri­caines ou, pis encore, dans un des ces pays de « bar­bares » comme le dirait notre ministre, B. Kouchner ?
Que nenni monseigneur. Nous sommes en Israël.

Tu connais Gilad Shalit ? Mais oui, tu sais, le nouvel otage dont tous les médias parlent depuis la libé­ration de la Rranco-​​colombienne Ingrid Bétan­court et des voleurs d’enfants de l’Arche de Zoé. D’ailleurs, tu les connais eux, non ? T’en as bien entendu parler ? Oui, évidemment.

Et Salah Hammouri ? Non, toujours pas ? Tu m’étonnes…

Alors ouvre bien tes mirettes, je vais t’expliquer.

Salah Ham­mouri a 23 ans, soit deux ans de plus que Gilad Shalit. Il est empri­sonné depuis trois ans et demi. Pour Gilad, ça fait plus de deux ans. Salah était un étudiant en socio­logie de l’université de Bethléem. Gilad a reçu son diplôme de la Kabri Manor High School, avec mention.

Des jeunes tout à fait normaux en somme.

Après la libé­ration d’Ingrid Bétan­court, le pré­sident de la Répu­blique, N. Sarkozy, déclarait : « Je vou­drais que mes der­niers mots soient pour le soldat Shalit et pour ses parents. Nous ne l’oublions pas. »

Si cer­tains l’avaient oublié, le voilà revenu. L’entreprise média­tique Ingrid à peine ter­minée, le cabinet se trouvait un nouveau cheval de bataille. Mais rien de rien sur Salah. D’ailleurs, pourquoi en parlerait-​​on ?

Eh bien tout sim­plement parce que Salah Hamouri a été arrêté le 13 mars 2005. Parce qu’il a passé trois ans et demi en prison avant d’être jugé par un tri­bunal mili­taire (note bien : tri­bunal mili­taire), puis condamné à sept ans sans aucune preuve maté­rielle. Oui oui, tu te goures pas : sans aucune preuve.

Son crime ? Être « censé avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner » un haut placé reli­gieux. Mais, pire que tout : Salah « est aussi accusé d’appartenir » à un certain parti poli­tique. Allez hop, ni plus ni moins, il écope de sept ans de taule.

Imagine : tu es censé avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner quelqu’un. Regardes-​​y de plus près : qui peut ne-pas-être-censé-avoir-participé-à-un-complot-visant-à-assassiner-quelqu’un ? Ni toi, ni moi. Tout le monde peut, « être censé avoir par­ticipé à ». Man­quait plus que t’appartiennes à un parti poli­tique qui serait pas celui au pouvoir. Et là, bim.

Question à un million d’euros : où sommes nous ? Dans quel horrible pays ?

Dans une de ces dic­ta­tures afri­caines ou, pis encore, dans un des ces pays de « bar­bares » comme le dirait notre ministre, B. Kouchner ?

Que nenni monseigneur. Nous sommes en Israël.

Mais revenons en à Salah, qui serait donc censé avoir par­ticipé à un complot visant à assas­siner le rabbi Ovadia Yossef, chef spi­rituel du parti Shaas. Tu sais, le parti ultra-​​orthodoxe séfarade.

Et le parti infâme auquel il appar­tient est le FPLP : le Front Popu­laire pour la Libé­ration de la Palestine, tu sais ce truc d’islamo-crypto-gauchiste-révolutionnaires.

Décadence, y’a pas à dire. Où va donc la jeunesse palestinienne ?

Mais jusque là tout va bien, pourrait on dire. Un Pales­tinien dans des geôles israé­liennes, quoi de plus normal ? Surtout un mec qui « est censé avoir par­ticipé à un attentat » (je te le répète pour pas que t’oublies).

Mais le truc c’est que depuis quelque temps, on nous bourre le mou avec Gilad. Gilad par ci, Gilad par là. A tel point que la mère de Salah, fran­çaise mais mariée à un Pales­tinien, en est venue à penser que son fils était « moins français que les autres » [1].

A ce stade de l’explication, tu te demandes , bon sang de bon sang, pourquoi le gou­ver­nement n’y met pas du sien, un peu, ou au moins autant que pour Gilad.

Eh bien je vais te répondre : après trois ans passés en taule, en détention admi­nis­trative, « c’est-à-dire sans super­vision de la justice civile », le gou­ver­nement fait pression (les mau­vaises langues diront manière de) pour qu’un procès soit le plus rapi­dement mis en place. Chose faite, scandale : Salah plaide coupable.

Là, ça se corse. Ça pousse même Alain Gresh à se demander : « Pourquoi a-​​t-​​il avoué ? » [2]

Réponse : « C’est que le pro­cureur lui a proposé un marché. ». De quel type ? Là je te renvoie à un article de Libé : « Si Salah reconnaît les faits, il prendra sept ans de prison : sinon ce sera qua­torze. Le dossier est pourtant mince : aucune preuve maté­rielle, ni armes, ni mails, ni plan, ni écoutes. Les seules “preuves” sont les témoi­gnages, aus­sitôt rétractés, de détenus pales­ti­niens et l’aveu de Salah, qui a reconnu être passé devant la maison du rabbin avec un ami, accusé lui aussi. L’avocate conseille à la famille d’accepter, car les juges mili­taires suivent tou­jours les réqui­si­tions. En tant que Pales­tinien de Jéru­salem, Salah n’a droit à aucune remise de peine. Il ne peut faire appel. » [3]

Voilà où on en est.

C’est marrant hein, de nous faire un si grand trem­blement de l’affaire Shalit et de ne pas piper mot de l’affaire Hammouri.

Quand tu déclares que tu veux sauver tous les Français, il serait bon de s’y tenir, et pas qu’aux plus médiatiques.

Dans l’histoire, c’est peut-​​être la mère de Salah qui a raison, car après tout, son fils n’est pro­ba­blement pas « aussi français que les autres ». Franco-​​colombien passe, franco-​​israélien aussi, mais franco-​​palestinien, ah ça non !