C’est les colonies qui doivent être notre priorité

Joharah Baker, dimanche 26 novembre 2006

Alors qu’Israël laisse déli­bé­rément les pro­jec­teurs se foca­liser sur ses agres­sions mili­taires, par­ti­cu­liè­rement dans la Bande de Gaza, il tra­vaille fur­ti­vement en cou­lisse pour assurer son avenir en Cisjordanie.

L’une des carac­té­ris­tiques les plus dan­ge­reuses et insi­dieuses du temps c’est qu’il peut len­tement neu­tra­liser des pro­blèmes qui avaient par le passé suscité des sen­ti­ments forts. Bien sûr, on peut y voir un aspect positif, exprimé par la maxime « le temps guérit tout ». Mais en ce qui concerne les colonies illé­gales israé­liennes en Palestine occupée, le temps n’a pas du tout été de notre côté.

En termes stric­tement légaux, le statut de ces colonies, qui s’élèvent à environ 200 en Cis­jor­danie, est on ne peut plus clair. La Qua­trième Convention de Genève, dont Israël est signa­taire, interdit à Israël d’établir des colonies. La Réso­lution 452 du Conseil de Sécurité des Nations -unies, votée en 1979, est por­teuse du même message :

“…appelle le gou­ver­nement et le peuple d’Israël à arrêter d’établir, de construire et de plan­nifier des colonies dans les ter­ri­toires arabes occupés depuis 1967, y compris à Jéru­salem [1].”

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Extension des colonies et expropriations à Jérusalem-​​est, de 1967 à 1995

Pourtant, Israël a continué à construire, étendre et mul­ti­plier ces colonies illé­gales sans relâche.

La pre­mière colonie juive a été ins­tallée en Cis­jor­danie, juste quelques mois après la guerre de 67, et à la fin de 1968, il y en avait trente autres épar­pillées sur les ter­ri­toires récemment occupés.

Aujourd’hui environ 500 000 colons vivent dans les colonies de Cis­jor­danie, selon ARIJ (the Applied Research Ins­titute). Parmi eux, quelque 200,000 colons vivent dans des colonies dans et autour de Jéru­salem, qui est depuis tou­jours la cible d’Israël dont l’objectif est de faire fuir autant d’habitants arabes de la ville que pos­sible, et de les rem­placer par des rési­dents juifs.

Les colonies sont depuis tou­jours une source majeure de conflit entre la direction pales­ti­nienne et Israël.

Cependant, alors qu’Israël n’a tou­jours pas réussi à convaincre le monde entier que ces colonies font partie d’Israël et qu’elles ne sont pas illé­gales, il a réussi à émousser les cri­tiques acérées à propos des colonies, par­ti­cu­liè­rement celles de Jéru­salem. Ceci s’est même propagé, de façon cho­quante, à cer­tains sec­teurs de la société palestinienne.

Depuis des années, Israël reven­dique l’appellation de « quar­tiers » ou « com­mu­nautés de Jéru­salem » pour les colonies, au lieu de leur donner leur vrai nom. En fait, Israël a créé autour de Jéru­salem deux cercles, l’un inté­rieur et l’autre exté­rieur, pour créer ce qu’il appelle uni­la­té­ra­lement le « Grand Jérusalem ».

Ces « com­mu­nautés » font partie de ce vaste plan. Alors, que se passe -t-​​il quand des Pales­ti­niens, même rela­ti­vement intel­li­gents et éduqués, marchent dans cette pro­pa­gande et croient que la colonie de Gilo à Jéru­salem -est est sim­plement un quartier de la ville ?

C’est ici qu’est le vrai danger. Gilo, établi en 1971 sur des terres confis­quées aux vil­lages pales­ti­niens de Beit Jala, Beit Safafa et Sha­rafat, fait partie du cercle inté­rieur de colonies autour de Jérusalem.

Non seulement ces colonies sont illé­gales au regard du droit inter­na­tional étant donné qu’elles sont construites sur des terres occupées, mais elles sont aussi basées sur des cri­tères d’habitat discriminatoires.

Les habi­tants de ces trois vil­lages pales­ti­niens ne peuvent pas vivre à Gilo sur la terre dont on les a spoliés.

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Pizgat Zev, colonie dans Jérusalem-​​est

Alors, où est ce que nous, Pales­ti­niens, nous sommes trompés, dans notre des­cription exacte de ces excrois­sances cancéreuses ?

C’est une chose que les Etats-​​Unis se satis­fassent des illé­ga­lités com­mises par Israël au nom de leur alliance fra­ter­nelle, mais il est tota­lement inac­cep­table que notre peuple se laisse perdre dans le même laby­rinthe de trom­perie sémantique.

Nos diri­geants se doivent d’être vigi­lants, mettant au premier plan la bataille contre les colonies, non seulement aux yeux du monde exté­rieur, mais auprès de notre peuple aussi.

Rien d’autre qu’un boycott total des colonies israé­liennes en Cis­jor­danie, dont Jérusalem-​​est, ne sera suf­fisant pour que les Pales­ti­niens aient une chance quel­conque de freiner cette poli­tique israé­lienne qui s’accélère rapi­dement et qui, si nous n’y prenons pas garde, finira par dévorer ce qui sub­siste de la petite portion de la Palestine qui reste à négocier.

Israël com­prend mieux que per­sonne ce jeu pour gagner du temps. Com­prenant qu’un accord final avec les Pales­ti­niens est iné­luc­table, Israël se démène pour créer autant de faits sur le terrain que possible.

D’où le Mur de sépa­ration , dis­cri­mi­na­toire, qui a dévoré de larges parts du ter­ri­toire de la Cis­jor­danie, et , bien sûr, l’extension des colonies [2].

Selon le Dépar­tement des Négo­cia­tions de l’OLP, Israël a approuvé il y a moins de deux mois des appels d’offre pour 690 nou­velles unités de colonies dans deux des prin­ci­pales colonies de Jérusalem-​​est, Ma’aleh Adumim et Beit Illit. Une fois construites et opé­ra­tion­nelles, ces unités pour­raient recevoir 2 800 nou­veaux colons juifs.

Tout ceci se passe sous le nez de la com­mu­nauté inter­na­tionale, et des Pales­ti­niens aussi. Alors qu’Israël laisse déli­bé­rément les pro­jec­teurs se foca­liser sur ses agres­sions mili­taires, par­ti­cu­liè­rement dans la Bande de Gaza, il tra­vaille fur­ti­vement en cou­lisse pour assurer son avenir en Cisjordanie.

Quand des gens réels vivront dans des maisons réelles des vies réelles, les diri­geants israé­liens savent bien que, d’un point de vue huma­ni­taire, il sera dif­ficile de les déloger afin de laisser la place à des Pales­ti­niens « moins méritants ».

Ce qui restera, hélas, ce sera quelques cantons isolés, des poches pitoyables de pouvoir pales­tinien, taillées dans le tissu des grands blocs de colonies et des routes de contour­nement qui partout relient les Israé­liens juifs.

En ce moment précis, les Pales­ti­niens doivent choisir leurs combats avec soin. Alors qu’il est extrê­mement important de faire voir au monde l’injustice des attaques israé­liennes en cours contre Gaza et la Cis­jor­danie et d’imposer la fin de cet assaut san­glant, il est tout aussi important de voir plus loin que le bout de notre nez. Car si nous ne le faisons pas, nous allons nous réveiller un jour pour trouver que le petit bout de notre terre que nous étions sûrs de pouvoir reven­diquer nous a été arraché.

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Extension de Maale Adumim, 11 04 2005
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Ma’aleh Adumim 21 11 2006

[1] "calls upon the Government and People of Israel to cease the esta­blishment, construction and planning of set­tle­ments in the Arab ter­ri­tories occupied since 1967, including Jerusalem"

[2] voir ARIJ : http://​www​.arij​.org/​p​a​l​e​y​e​/​a​b​u​g​h​n​a​m​/​p​i​c​t​u​r​e​s.htm la chro­no­mogie en photos du vol de la terre de la belle colline pales­ti­nienne d’Abu Ghnaïm pour y construire l’hideuse colonie israé­lienne d’Har Homa