"C’est le chaos dans la région", estime Joumblatt

l’Orient le Jour, lundi 8 février 2010

Le leader du Parti socia­liste pro­gres­siste Walid Joum­blatt a exprimé, samedi, dans une interview accordée au quo­tidien "Achark el-​​Awsat", sa crainte d’une nou­velle guerre israé­lienne contre le Liban, surtout après "l’échec des efforts de paix et de la poli­tique amé­ri­caine dans la région."

"Israël menace le Liban et menace la Syrie et l’Iran. C’est une situation "folle". C’est le chaos dans toute la région !", a ajouté M. Joum­blatt. M. Joum­blatt a estimé que dans cette situ­tation chao­tique, l’État hebreu pourrait lancer une nou­velle guerre.

Concernant ses rela­tions avec la Syrie, Joum­blatt a affirmé qu’il a depuis long­temps décidé qui sont les amis et qui sont les ennemis : "Damas est notre pro­fondeur stratégique."

Le leader druze avait, en effet, vivement réagi aux der­niers propos tenus par le ministre israélien des Affaires étran­gères, Avigdor Lie­berman, qui a affirmé qu’en cas de conflit dans la région, le pré­sident Bachar el-​​Assad « et sa famille » per­dront le pouvoir. Com­mentant cette décla­ration, M. Joum­blatt a déclaré : « En 1982, lors du siège (israélien) de Bey­routh, et alors que la défaite nationale liba­naise, syrienne, et pales­ti­nienne était à son apogée, j’ai dit à Hafez el-​​Assad que nous étions aux côtés de la Syrie et à ses côtés, et que nous résis­te­rions. Aujourd’hui, alors que la démence israé­lienne est à son apogée, je dis au peuple syrien, par le biais de son com­man­dement, que nous sommes avec lui quelles que soient les consi­dé­ra­tions."  [1]

[1] voir aussi la presse de Tunisie :

Bruits de guerre au Proche-​​​​Orient

Lourdes portées de l’inertie US

L’inertie amé­ri­caine sur le dossier proche-​​​​oriental peut s’avérer catas­tro­phique. Souvenons-​​​​nous : il y a deux semaines, le chef de l’exécutif amé­ricain a dressé un constat d’échec de l’"inextricable" conflit : "C’est vraiment très dur et si nous avions anticipé plus tôt cer­tains de ces pro­blèmes poli­tiques de la part des deux camps, nous n’aurions pas suscité des attentes si fortes", a-​​​​t-​​​​il dit.

Nous rele­vions sur ces mêmes colonnes les craintes légi­times de cer­tains obser­va­teurs que le constat d’échec d’Obama ne soit le préa­lable à l’abandon de tout pro­cessus poli­tique cré­dible au Proche-​​​​Orient. Les faits ne font que cor­ro­borer ces appréhensions.

Il y a trois jours, le ministre israélien des Affaires étran­gères, Avigdor Lie­berman, a ouver­tement menacé la Syrie et ses diri­geants : "Notre message à Bachar El-​​​​Assad doit être clair : "Non seulement tu perdras la pro­chaine guerre, mais tu perdras aussi le pouvoir, toi et ta famille", a-​​​​t-​​​​il vociféré. Ce faisant, il n’a fait que confirmer la pro­pension israé­lienne non déguisée et de plus en plus mani­feste à remettre la poli­tique de la canon­nière à l’ordre du jour. Quelques heures aupa­ravant, Walid Moallem, chef de la diplo­matie syrienne, avait estimé que tout projet de guerre israélien contre la Syrie se trans­for­merait en "guerre géné­ra­lisée". Ce faisant, Moallem réagissait aux propos d’Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, selon lequel en "l’absence d’accord de paix avec la Syrie, nous pour­rions nous retrouver dans une confron­tation mili­taire qui pourrait mener à une guerre totale".

Washington s’est dit pour l’instant irritée par cette levée de bou­cliers de la sur­en­chère verbale. Elle dit vouloir pri­vi­légier la voie de la diplo­matie. Cela est d’autant plus impé­rieux que, depuis 2005, les USA n’avaient guère de repré­sentant diplo­ma­tique à Damas. On assure par ailleurs que le fraî­chement nommé nouvel ambas­sadeur amé­ricain en Syrie, Robert Ford, s’attaquera aux hos­ti­lités israélo-​​​​syriennes dès qu’il prendra ses fonctions.

Il faut dire que les Amé­ri­cains n’ont guère besoin de l’ouverture d’un nouveau front mili­taire ici et main­tenant entre Israël et ses voisins immé­diats, c’est-à-dire le Liban et/​​ou la Syrie. L’agenda de Washington est ailleurs, pré­ci­sément en Iran. Selon maints obser­va­teurs, quelque chose de grave se trame dans la région du Golfe. Les Amé­ri­cains y ont inten­sifié depuis peu le déploiement d’intercepteurs de mis­siles Patriot dans plu­sieurs pays tels le Koweït, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn et le Qatar. De son côté, la flotte mili­taire amé­ri­caine est de plus en plus visible aux abords des eaux ter­ri­to­riales ira­niennes. On n’écarte dès lors guère la pers­pective des pré­pa­ratifs en vue d’une confron­tation américano-​​​​israélienne avec l’Iran.

Les Etats arabes du Golfe se gardent bien de sous­crire qu’ils par­ti­cipent de quelque manière que ce soit à la pré­pa­ration du ban et de l’arrière-ban en vue de l’offensive mili­taire amé­ri­caine contre Téhéran. Mais il faut bien être réa­liste. Plu­sieurs de ces pays abritent d’importantes forces amé­ri­caines, tel Bahreïn où siège le quartier général de la Ve flotte amé­ri­caine ou le Qatar où se trouve un centre stra­té­gique de gestion des opé­ra­tions aériennes américaines.

L’Iran n’est pas en reste, lui qui a patiemment tissé des alliances régio­nales aux abords immé­diats des fron­tières israé­liennes. Cela se vérifie tant avec la Syrie qu’avec le puissant Hez­bollah libanais. De sorte que l’Iran se retrouve aujourd’hui, mili­tai­rement parlant, dans la posture d’un pays médi­ter­ranéen. Et que toute attaque israé­lienne contre l’Iran entraî­nerait de dou­lou­reuses repré­sailles mili­taires en Israël même sur deux, voire trois fronts distincts.

Bref, le topo proche et moyen-​​​​oriental est plus pourri que jamais. Les menaces s’y suc­cèdent, s’emboîtent et s’enchevêtrent. Les périls de déra­pages incon­trôlés risquent d’y dégé­nérer en conflits généralisés.

Qui aura le dernier mot ? La reprise diplo­ma­tique ou la déchéance mili­taire ? Tout dépend de la com­mu­nauté inter­na­tionale et de sa pro­pension à sus­citer le sursaut sal­vateur ou laisser faire la dégé­né­res­cence armée. Pour l’heure, l’inertie amé­ri­caine s’avère plutôt lourde de tra­giques consé­quences. Parce que, quoiqu’on dise, les Amé­ri­cains demeurent les véri­tables maîtres de l’initiative dans la région.

Par Sou­fiane BEN FARHAT

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