C’est l’humanité que l’on assassine

Claire Talon et Meryem Belkaïd, mardi 29 juin 2010

OPINION :
Palestine  : Pourquoi les voix universelles sont-​​elles absentes des médias  ?

C’est le prin­temps en Palestine. Neufs morts au large de Gaza. L’été sera bon. L’année der­nière, une moisson de phos­phore, toute fraîche encore de l’assaut hivernal, n’a-t-elle pas rassuré les Gazaouis sur la pos­térité du tapis de bombes qui avait, trois ans plus tôt, rafraîchi les plages de Beyrouth  ?

Des voix s’élèvent. Illé­galité. Crime. Scandale. Puis retombent. Pourquoi tant d’indignation et si peu de consé­quences légales  ?

Mais c’est qu’on ne s’entend plus. Sur l’agora, Botul le dispute à des tar­tuffes en goguette. «  Cet assaut est stupide  », lance et per­siste Bernard-​​Henri Lévy. «  Regret­table pro­vo­cation mili­tante  », ren­chérit Fré­déric Lefebvre. Au rond-​​point des Champs-​​Élysées, des faux dévots agitent des dra­peaux algé­riens, maro­cains, tuni­siens, décident d’une prière collective.

Ce sont d’autres voix que nous sou­haitons entendre. Héri­tières de l’Encyclopédie, car l’État d’Israël, comme Bou­gain­ville sous la plume de Diderot, n’est ni un dieu, ni un démon, mais qu’est-il donc pour nier la liberté d’un peuple à dis­poser de lui-​​même  ? Héri­tières de Victor Hugo, qui s’est fait depuis l’exil le porte-​​parole des sans-​​voix. Héri­tières d’Émile Zola, qui n’avait qu’une seule passion en défendant Dreyfus, celle de la lumière et de la vérité, au nom de l’humanité qui souffre et qui a droit au bonheur. Héri­tières enfin de Sartre, car ne pouvant ignorer l’injustice infligée aux Pales­ti­niens et ne pouvant s’en dire inno­centes. Aujourd’hui en France, ces voix uni­ver­selles sont remar­qua­blement absentes des médias.

Pourtant, entre la phi­lo­sophie de paco­tille et l’esprit des Lumières, il faut choisir.

C’est pourquoi nous refusons, au nom des prin­cipes de liberté et d’égalité, l’oppression mili­taire et la domi­nation écono­mique et sociale qu’exerce l’État d’Israël sur les civils pales­ti­niens. C’est pourquoi nous exi­geons, au nom de la vérité et du droit, que les agres­sions et les exac­tions de l’État d’Israël envers l’humanité cessent enfin.

C’est pourquoi nous appelons également tous les défen­seurs de la cause pales­ti­nienne à dépasser les ban­nières du com­mu­nau­ta­risme, du régio­na­lisme et du natio­na­lisme et toute mani­fes­tation d’appartenance reli­gieuse et idéologique.

C’est l’humanité que l’on assassine impu­nément  : défen­seurs des droits de l’homme et de la femme, il est grand temps de s’unir pour les Palestiniens  !