C’est Washington qui a besoin d’Israël

 Hazem Sahgieh, vendredi 3 septembre 2010

Si les Amé­ri­cains se plient aux exi­gences de Néta­nyahou, c’est parce qu’Israël est redevenu une carte essen­tielle dans leur poli­tique moyen-​​orientale.

Il n’est pas exagéré de penser que les moda­lités des futures négo­cia­tions de Washington seront conformes aux désirs du Premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, même si le passé récent a pu faire penser que le pré­sident Barack Obama aurait sou­haité qu’il en aille autrement. Ce triomphe des volontés israé­liennes s’explique par des fac­teurs qui relèvent de la vie poli­tique amé­ri­caine : l’approche des élec­tions de mi-​​mandat en novembre pro­chain, mais aussi la conduite d’une guerre com­pliquée et coû­teuse en Afgha­nistan, le retrait des troupes d’Irak et l’aggravation de la crise écono­mique. Le tout dans le contexte d’une oppo­sition acharnée des répu­bli­cains contre les réformes d’Obama.

Cela n’explique pas tout. D’autres éléments, liés à d’autres fac­teurs, sont à prendre en consi­dé­ration. Les Israé­liens, dont les diri­geants actuels oscillent entre la van­tardise et une approche tota­lement sécu­ri­taire, ont réussi à constituer une cita­delle unie et prête à toute éven­tualité. Ils ont obtenu l’arrêt des tirs de roquettes du Hamas sur le front sud et la réso­lution 1701 de la part du Conseil de sécurité, qui prend en charge la sur­veillance du front nord [face au Hez­bollah libanais], d’une sta­bilité exem­plaire (à peine per­turbée par un accro­chage fron­talier, le 3 août 2010). Et cela tranche avec le spec­tacle de déli­ques­cence offert par les Pales­ti­niens, de plus en plus divisés entre la Cis­jor­danie et Gaza.

Mais le plus important réside ailleurs. S’il est vrai que le retrait d’Irak est un pré­ambule néces­saire pour pré­parer une inter­vention contre l’Iran, cela veut dire que les Amé­ri­cains ont davantage besoin des Israé­liens que les Israé­liens des Amé­ri­cains. Il sem­blerait que le modèle de 1990 soit démodé et qu’il faille désormais miser sur celui de 1967. Pour la guerre de libé­ration du Koweït, il a fallu trouver une large alliance inter­na­tionale avec la par­ti­ci­pation de grands pays arabes, mais sans Israël. En 1967, au contraire, en pleine guerre froide, les Etats-​​Unis n’ont pu se passer de l’Etat hébreu, qui a réussi à vaincre trois pays arabes à la fois.