Laurent Lozano, jeudi 5 juin 2008
Le président George W. Bush et le Premier ministre Ehud Olmert ont discuté mercredi de la "menace" posée selon eux par l’Iran et de la paix avec les Palestiniens, mais ont paru de plus en plus dépassés par la relation historique entre les Etats-Unis et Israël.
"L’Iran est une menace existentielle pour la paix. Et il est très important que le monde prenne au sérieux la menace iranienne, comme le font les Etats-Unis", a déclaré M. Bush lors d’une brève apparition au côté de M. Olmert. Celui-ci a qualifié l’Iran de "principale menace pour nous tous".
Plus tard, M. Olmert a dit être "venu à cette rencontre avec plusieurs points d’interrogation et en (être) reparti avec beaucoup moins sur la manière et la méthode" pour régler la question iranienne.
L’un des plus proches conseillers de M. Bush, Stephen Hadley, a éludé différentes questions de la presse qui voulait savoir si M. Olmert avait demandé à M. Bush d’agir militairement contre l’Iran ou de permettre à Israël d’acheter des avions de combat furtifs américains, et si les deux hommes avaient évoqué les démêlés de M. Olmert avec la justice.
Mais, selon M. Olmert, l’Iran a occupé la plus grande part des conversations.
Les deux hommes, en se contentant de quelques mots sur les discussions pour un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, ont pris le risque d’accréditer le soupçon qu’ils dictaient de moins en moins le cours des choses et qu’un tel accord était de moins en moins probable avant la fin de l’année.
M. Bush accueillait M. Olmert alors que les ennuis du Premier ministre israélien, pris dans un scandale de corruption et pressé de démissionner jusque chez ses alliés politiques, paraissent compromettre encore davantage un tel accord dans les délais.
Tous les regards étaient fixés mercredi, non sur une rencontre qui semblait peu susceptible de produire des résultats spectaculaires, mais sur les candidats à la présidence américaine, appelés à s’exprimer sur l’avenir de la relation entre les deux grands alliés et sur la future politique américaine face à l’Iran.
M. Bush s’en est tenu à dire que les négociations entre Israéliens et Palestiniens feraient partie des sujets de discussion avec M. Olmert.
Ni lui ni M. Olmert n’ont cité la fin de l’année comme l’échéance fixée pour un accord de paix.
Tandis que la Maison Blanche continuait à essayer de dissocier le sort de M. Olmert des négociations, la porte-parole de M. Bush, Dana Perino, paraissait nettement moins confiante qu’avant dans les chances d’un accord avant fin 2008.
"Nous croyons que c’est quelque chose de possible" mais, a-t-elle reconnu, "cela va être très, très difficile".
Au même moment, dans les Territoires, le chef des négociateurs palestiniens Ahmad Qoreï estimait qu’un tel accord avant fin 2008 relèverait du "miracle".
MM. Bush et Olmert ont ainsi préféré s’entendre pour dénoncer la menace iranienne et pour se déclarer leur amitié réciproque.
M. Bush a offert à M. Olmert un transporteur personnel motorisé Segway, au risque de conforter ceux qui voyaient dans cette visite celle des adieux.
Mais, alors que les partenaires des Etats-Unis regardent de plus en plus au-delà de la présidence Bush, ces conversations ont été occultées par la campagne américaine et un discours du candidat Barack Obama sur Israël.
Quelques heures après avoir revendiqué la victoire dans la course à l’investiture démocrate, M. Obama a présenté ses lettres de créances pro-israéliennes et a promis "d’éliminer" la menace iranienne [1].
Mais il s’est attiré une nouvelle attaque de l’équipe de campagne de son probable adversaire républicain John McCain, qui lui reproche de s’être dit prêt à parler sans conditions aux dirigeants iraniens. Et il a uni contre lui les Palestiniens radicaux et modérés par des propos sur le caractère "indivisible" de Jérusalem.
[1] voir aussi sur Courrier international
Clinton va annoncer la fin de ses ambitions présidentielles et son soutien à Obama
Hillary Clinton, qui aspirait à devenir la première présidente des Etats-Unis, annoncera vendredi son retrait de la course à la Maison Blanche et, samedi dans la foulée, son soutien à Barack Obama dans la bataille pour l’investiture démocrate.
L’annonce de son retrait, rapportée mercredi par les médias américains, intervient alors que Barack Obama a annoncé mardi avoir obtenu l’investiture démocrate à l’issue des dernières primaires. L’ex Première dame avait refusé de reconnaître sa défaite.
Hillary Clinton annoncera samedi son soutien à la candidature de Barack Obama à la course à la Maison Blanche, a indiqué son équipe de campagne dans un communiqué.
"La sénatrice Hillary Clinton présidera une soirée à Washington pour remercier ses partisans et exprimer son soutien au sénateur Obama et à l’unité du parti", a annoncé son équipe de campagne newyorkaise dans un communiqué.
Selon ABC, Mme Clinton se serait rendue mercredi au quartier général de sa campagne à Arlington, près de Washington, pour dire aux membres de son équipe qu’elle n’aurait plus besoin d’eux après vendredi. Barack Obama s’adresse au principal lobby israélien aux Etats-Unis, l’AIPAC, le 4 juin 2008 à Washington - AFP
Le New York Times a également indiqué sur son site internet, citant un proche de la sénatrice, qu’elle s’apprêtait à suspendre sa campagne et soutenir M. Obama, précisant que cette annonce aurait sans doute lieu à New York.
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Barack Obama devra vite ressouder un parti divisé par la longue confrontation qui l’a opposé à l’ex Première dame pour espérer gagner la bataille décisive en novembre contre le républicain John McCain.
Celui qui pourrait devenir le premier président noir des Etats-Unis a reçu mercredi les félicitations de l’hôte actuel de la Maison Blanche, George W. Bush. L’investiture de M. Obama démontre que les Etats-Unis ont "beaucoup évolué", a estimé M. Bush.
Et Mme Clinton a implicitement reconnu sa défaite lors d’un discours devant l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis. "Je sais que Barack Obama sera un bon ami d’Israël", a-t-elle dit, visiblement très émue.
Elle et M. Obama sont intervenus séparément devant l’AIPAC mercredi matin, le sénateur de l’Illinois promettant, lors d’une de ses premières épreuves en tant que nouveau candidat démocrate, "d’éliminer" la menace que fait peser l’Iran sur Israël.
L’objectif prioritaire des démocrates est maintenant de se rassembler.
Quelque 36 millions d’électeurs ont participé aux primaires démocrates, mais l’antagonisme est grand entre les partisans des deux anciens rivaux après une campagne pour l’investiture souvent âpre.
M. Obama et Mme Clinton ont eu un bref échange téléphonique dans la nuit de mardi à mercredi. Le sénateur de l’Illinois a proposé à Mme Clinton de la rencontrer quand elle le voudrait. Selon Robert Gibbs, directeur de la communication de M. Obama, une rencontre pourrait "probablement avoir lieu bientôt".
"Je viens de lui parler aujourd’hui", a dit M. Obama, de passage au Capitole. "Nous allons avoir une conversation dans les semaines qui viennent, je suis très optimiste sur l’unité du parti pour gagner en novembre", a-t-il ajouté.
La question de la candidature à la vice-présidence n’est officiellement pas à l’ordre du jour mais Washington ne parle que de cela.
"Si nous devions avoir un ticket Obama/Clinton je pense que cela réunirait les démocrates comme rien d’autre ne pourrait le faire", a dit M. Rangel sur CNN.
De son côté, le républicain John McCain n’attend pas. Il a déjà proposé à M. Obama de participer à des réunions publiques communes hebdomadaires jusqu’en août, la première dès la semaine prochaine, pour discuter devant l’opinion sans le "filtre" médiatique.
Alain Jean-Robert 05/06/2008 -