Bush et le Proche-​​Orient

Jean-​​Claude Lefort, jeudi 19 juillet 2007

Le Pré­sident Bush vient d’annoncer, uni­la­té­ra­lement, sa volonté de réunir très pro­chai­nement une Confé­rence inter­na­tionale sur le Proche-​​Orient avec les parties pales­ti­niennes et israé­liennes ainsi que des Etats arabes « modérés » de la région, une Confé­rence se tenant en octobre dont il a précisé d’emblée qu’elle serait dirigée par sa secré­taire d’Etat, Madame Condo­leeza Rice.

Cette annonce a recueilli le soutien des deux prin­ci­pales parties en conflit, avec tou­tefois des réserves du côté israélien. Les membres du Quartet, quant à eux, étant mis devant le fait accompli.

Cette annonce ne peut manquer d’interroger. Il existe, en effet, un lieu autrement propice à ce genre de décision : c’est le Quartet. Et l’objet d’un telle Confé­rence doit être clai­rement de porter sur le statut final des Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. Elle doit être d’aboutir à un accord de paix global sur la base des réso­lu­tions inter­na­tio­nales per­ti­nentes qui se déclinent en trois points : les fron­tières de 1967 ; Jérusalem-​​Est comme capitale de l’Etat pales­tinien et une juste solution de la question des réfugiés. Le Plan de paix arabe de Riyad doit être la base de cette Confé­rence et de la discussion.

Tandis que les inten­tions amé­ri­caines sont peu claires sur ces points majeurs, la partie israé­lienne considère que cette Confé­rence doit être le cadre d’un lan­cement de négo­cia­tions entre les seuls Israé­liens et Palestiniens.

Le refus de l’implication néces­saire de la com­mu­nauté inter­na­tionale pour le règlement du conflit qui dure depuis 40 ans est une constante du gou­ver­nement israélien de sorte que l’occupation continue et avec elle la colo­ni­sation ainsi que la construction du mur. La « Feuille de route », établie en 2002 par le Quartet, qui visait à la création d’un Etat pales­tinien en 2005 est restée, de ce fait, lettre morte.

La seule déro­gation à cette attitude constante a été, récemment, le soutien apporté par M. Olmert à la dan­ge­reuse idée, s’il en est, de l’envoi d’une force inter­na­tionale dans Gaza.

Cette annonce doit, de toute évidence, être pré­cisée quant à son format et ses objectifs. Elle doit impé­ra­ti­vement impliquer les membres du Quartet qui doivent se réunir pro­chai­nement pour pré­ciser le mandat de M. Tony Blair comme envoyé spécial de l’Union euro­péenne au Proche-​​Orient.

Une ini­tiative uni­la­térale des USA ne peut pro­voquer d’emblée une accep­tation enthou­siaste dès lors que rien n’est précisé sur les points majeurs évoqués plus haut.

Il y a eu déjà de nom­breuses « ini­tia­tives » amé­ri­caines sur le sujet qui se sont, toutes, soldées par un échec. L’annonce de la réunion de cette confé­rence sous la seule égide des USA doit donc être l’occasion d’une cla­ri­fi­cation. Les autres membres du Quartet doivent en être co-​​organisateur et obtenir des actes de la part d’Israël per­mettant la confiance.

A cet égard, la libé­ration pro­chaine de 250 pri­son­niers pales­ti­niens sur 11.000 ne saurait suffire. D’autres actes bien plus signi­fi­catifs s’imposent. D’un autre côté le réta­blis­sement du dia­logue inter pales­tinien est également une condition à réunir si l’on veut que la question à résoudre soit bien question de la création d’un Etat pales­tinien et non pas de deux : un en Cis­jor­danie et un autre à Gaza. Il serait illu­soire de penser que cette région puisse recouvrer la paix en laissant une grande partie de la popu­lation pales­ti­nienne en dehors. L’Etat pales­tinien doit être un ou ne sera pas.

Il est donc de la pre­mière impor­tance que les autres membres du Quartet, dont l’Union euro­péenne, obtiennent des pré­cisons et des enga­ge­ments fermes sur tous ces points. Sinon cette annonce sera une nou­velle fois une annonce des­tinée à gagner du temps pour que la guerre puisse continuer.