Bush envisage une attaque aérienne contre l’Iran d’ici le mois d’août

Muhammad Cohen, jeudi 29 mai 2008

L’administration de George W Bush pro­jette de lancer une attaque aérienne contre l’Iran dans les deux pro­chains mois. C’est ce qu’une source bien informée a dit à Asia Times Online, faisant écho à d’autres repor­tages qui sont récemment apparus dans les médias aux Etats-​​Unis.

Selon cette source, deux séna­teurs amé­ri­cains de premier plan, informés de cette attaque, ont prévu de rendre publique leur oppo­sition à cette idée. Mais l’article d’opinion qu’ils pré­voient de publier dans le New York Times reste encore à paraître.

Cette source, un diplomate de car­rière amé­ricain et ancien secré­taire d’Etat adjoint, tou­jours actif dans la com­mu­nauté des affaires étran­gères, s’exprimant sous ano­nymat, a dit la semaine der­nière que les Etats-​​Unis pro­jettent une attaque aérienne contre le Corps des Gardes Révo­lu­tion­naires Ira­niens (CGRI). Cette attaque aérienne viserait le quartier général de la force d’élite du CGRI, les Quds. Avec une force estimée à 90.000 com­bat­tants, la mission déclarée des Quds est de pro­pager la révo­lution ira­nienne de 1979 dans toute la région.

Les cibles pour­raient inclure les gar­nisons du CGRI dans le sud et le sud-​​ouest de l’Iran, près de la fron­tière avec l’Irak. Les res­pon­sables amé­ri­cains ont répété régu­liè­rement que l’Iran aidait les insurgés ira­kiens. En janvier 2007, les forces amé­ri­caines ont attaqué le consulat général iranien à Arbil, en Irak, et ont arrêté cinq membres du per­sonnel, dont deux diplo­mates ira­niens qu’ils ont détenus jusqu’en novembre.[1] En sep­tembre dernier, le Sénat des Etats-​​Unis a approuvé une réso­lution par 76 voix contre 22 pressant le Pré­sident George W Bush de déclarer le CGRI orga­ni­sation ter­ro­riste. A la suite de cette réso­lution non-​​contraignante "exprimant le sen­timent du Sénat", la Maison Blanche a déclaré des sanc­tions en octobre dernier contre la Force Quds en tant qu’organisation ter­ro­riste. L’administration Bush a aussi accusé l’Iran de pour­suivre un pro­gramme d’armement nucléaire, bien que la plupart des ana­lystes des ser­vices de ren­sei­gne­ments disent que ce pro­gramme a été abandonné.

Rockin’ and a-​​reelin’

Les Séna­teurs et l’administration Bush ont réfuté que cette réso­lution déclarant [les forces Quds orga­ni­sation] ter­ro­riste étaient un prélude à une attaque contre l’Iran. Tou­tefois, attaquer l’Iran ne semble jamais bien loin de l’esprit des diri­geants amé­ri­cains. Le sénateur de l’Arizona et présumé can­didat officiel des Répu­bli­cains à la pré­si­dence, John McCain, a remanié le tube clas­sique des Beach Boys ’Barbara Ann’ en "Bom­bardez l’Iran !". La can­didate démo­crate Hillary Clinton a promis de "raser com­plè­tement" l’Iran s’il atta­quait Israël.

Les Etats-​​Unis et l’Iran ont une longue his­toire agitée, même sans cette attaque aérienne qui est envi­sagée. Les ser­vices secrets amé­ri­cains et bri­tan­niques étaient der­rière les ten­ta­tives de des­ti­tution du Premier ministre Mohammed Mos­sadegh, qui avait natio­nalisé la Com­pagnie Pétro­lière Anglo-​​Iranienne de la Grande-​​Bretagne [Anglo-​​Iranian Petroleum Company], et le retour au pouvoir du Shah Mohammed Reza Pahlavi en 1953. La pression exercée par le Pré­sident Jimmy Carter sur le Shah, pour qu’il amé­liore sa répu­tation lamen­table en matière des droits de l’homme et qu’il des­serre son contrôle poli­tique, a aidé la révo­lution isla­mique de 1979 à ren­verser le Shah.

Mais le nouveau gou­ver­nement sous l’Ayatollah Ruhollah Kho­meyni condamna les Etats-​​Unis comme le "Grand Satan" pour son soutien au Shah pendant des dizaines d’années et à admettre à contre-​​cœur le monarque déchu aux Etats-​​Unis pour un trai­tement contre le cancer. Des étudiants occu­pèrent l’Ambassade des Etats-​​Unis à Téhéran, détenant en otage 52 diplo­mates pendant 444 jours. Huit com­mandos amé­ri­cains trou­vèrent la mort en 1980 dans une mission de sau­vetage qui a échoué. Les Etats-​​Unis rom­pirent leurs rela­tions diplo­ma­tiques avec l’Iran pendant la détention des otages et ne les ont tou­jours pas res­taurées. La rhé­to­rique du Pré­sident iranien Mahmoud Ahma­di­nejad donne souvent l’impression d’être tirée de l’ère Khomeyni.

Notre source a dit que la Maison Blanche considère cette attaque aérienne envi­sagée comme une action limitée pour punir l’Iran de son impli­cation en Irak. Cette source, qui était ambas­sadeur durant l’administration du pré­sident H W Bush, n’a donné aucun détail sur les types d’armes qui seraient uti­lisées dans cette attaque, ni sur l’avancée précise de cette pré­pa­ration à l’instant présent. On ne sait pas si la Maison Blanche a déjà consulté ses alliés au sujet de cette frappe aérienne ou si elle prévoit de le faire.

Le sentiment du Sénat

Notre source nous a informés que les détails fournis par l’administration ont tiré le signal d’alarme à Capitol Hill. Tou­jours selon cette source, après avoir reçu des infor­ma­tions secrètes sur cette attaque aérienne pro­grammée, la Séna­trice Diane Fein­stein, Démo­crate de Cali­fornie, et le Sénateur Richard Lugar, Répu­blicain de l’Indiana, ont dit qu’ils écri­raient un article d’opinion dans le New York Times dans les jours qui viennent, pour exprimer leur oppo­sition. Fein­stein est membre de la Com­mission séna­to­riale des Ren­sei­gne­ments et Lugar est le chef des Répu­bli­cains à la Com­mission des Rela­tions Etrangères.

Les bureaux du Sénat étaient fermés lundi, pour le jour férié com­mé­morant les soldats amé­ri­cains tombés à la guerre [Memorial Day], et, donc, Fein­stein et Lugar n’étaient pas dis­po­nibles pour apporter leurs commentaires.

Etant données leurs obli­ga­tions de garder le secret sur ces infor­ma­tions classées, il est peu pro­bable que ces séna­teurs révè­leront le projet de l’administration Bush ou la connais­sance qu’ils en ont. Cependant, en rendant cette question publique, cela créerait une vague publique de cri­tique qui pourrait inciter l’administration Bush à revoir son projet.

La frappe aérienne envi­sagée aurait non seulement des impli­ca­tions géo­po­li­tiques immenses, elle en aurait aussi sur la cam­pagne pré­si­den­tielle en cours. La plus grande question, bien sûr, est : Comment l’Iran riposterait-​​il ?

Les options iraniennes

L’Iran pourrait montrer ses muscles de nom­breuses manières. Il pourrait inten­sifier son soutien aux insurgés en Irak et à ses alliés dans tout le Proche-​​Orient. L’Iran assiste à la fois le Hez­bollah au Liban et le Hamas dans les Ter­ri­toires Occupés par Israël. Il est aussi lar­gement soup­çonné d’assister les rebelles Taliban en Afghanistan.

L’Iran pourrait aussi choisir une confron­tation directe avec les Etats-​​Unis en Irak et/​ou en Afgha­nistan, avec lequel l’Iran partage une longue fron­tière poreuse. L’Iran dispose d’une force de combat de plus de 500.000 soldats. On pense aussi que l’Iran a des mis­siles capables d’atteindre les alliés des Etats-​​Unis dans la région du Golfe.

L’Iran pourrait aussi déclarer un embargo pétrolier total et sélectif contre les alliés des Etats-​​Unis. L’Iran est le deuxième expor­tateur de pétrole de l’OPEP et le qua­trième du monde. Environ 70% de ses expor­ta­tions de pétrole vont vers l’Asie. Les Etats-​​Unis ont interdit depuis 1995 les impor­ta­tions de pétrole en pro­ve­nance d’Iran et restreignent les inves­tis­se­ments des entre­prises amé­ri­caines dans ce pays.

La Chine est le plus gros client pétrolier de l’Iran, qui achète des armes à la Chine. Le com­merce entre ces deux pays a atteint 20 mil­liards de dollars l’année der­nière et continue de s’étendre. La réaction de la Chine à une attaque contre l’Iran est aussi une inconnue déran­geante pour les Etats-​​Unis.

Trois pour le même prix

Le monde isla­mique pourrait aussi réagir for­tement à une attaque contre une troi­sième nation à majorité musulmane. Le Pakistan, qui partage aussi une fron­tière avec l’Iran, pourrait faire face à une pression sup­plé­men­taire de la part des partis isla­miques pour mettre fin à sa coopé­ration avec les Etats-​​Unis dans leur combat contre al-​​Qaïda et la chasse contre Oussama ben Laden. La Turquie, un autre allié-​​clé [des Etats-​​Unis], pourrait subir de nou­velles pres­sions pour s’éloigner un peu plus de ses bases laïques. Les sociétés amé­ri­caines, les ins­tal­la­tions diplo­ma­tiques et autres intérêts amé­ri­cains pour­raient subir des repré­sailles de la part de cer­tains gou­ver­ne­ments ou de la part de la foule dans les Etats à majorité musulmane, de l’Indonésie au Maroc.

Une attaque aérienne amé­ri­caine contre l’Iran aurait un impact sis­mique sur la course pré­si­den­tielle aux Etats-​​Unis, mais il est dif­ficile de déter­miner quelles en seraient les retombées.

A pre­mière vue, une attaque mili­taire contre l’Iran sem­blerait être favo­rable à McCain. Le Sénateur de l’Arizona dit que les Etats-​​Unis sont aux prises avec une bataille mon­diale contre les extré­mistes isla­miques et il pense que l’Iran est l’un des plus grands ins­ti­ga­teurs et des plus grands sou­tiens de la marée isla­mique. Une frappe contre l’Iran pourrait rallier les élec­teurs amé­ri­cains à sou­tenir l’effort de guerre et voter McCain.

D’un autre côté, une frappe aérienne contre l’Iran pourrait accroître le mécon­ten­tement du public vis-​​à-​​vis de la poli­tique de l’administration Bush au Moyen-​​Orient, conduisant à sou­tenir le can­didat Démo­crate, quel qu’il soit.

Mais une attaque aérienne pro­vo­quera des réac­tions qui iront bien au-​​delà du scrutin amé­ricain. Cela expli­querait pourquoi deux Séna­teurs che­vronnés, l’un Répu­blicain et l’autre Démo­crate, auraient été hor­rifiés à ce point par cette pers­pective. Copy­right 2008 Asia Times Online Ltd/​Traduction : JFG-​​QuestionsCritiques

 [1]

[1] Note

[1] Voir : Bush cherche la bagarre avec l’Iran, par Simon Tisdall.

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Comment sous la menace l’Iran reste calme, par Pepe Escobar

L’autre guerre civile irakienne, par Pepe Escobar