Boycott des produits israéliens - Lettre au premier ministre

AFPS centre Bretagne , jeudi 28 janvier 2016

Mr Jean-Pierre JEUDY
Maire Honoraire de Carhaix
Chemin de Roz ar gall 29 270 Carhaix

à Monsieur Le Premier Ministre
Hôtel Matignon PARIS

Monsieur le Premier Ministre,

C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai pris connaissance de vos déclarations à propos du boycott des produits israéliens que vous assimilez à la haine de l’état d’Israël et à l’antisémitisme. J’ai eu l’honneur de participer avec vous en 2002 à un voyage en Palestine à l’initiative de la Fédérations des villes françaises jumelées avec des villes et des camps palestiniens. Vous ne pouvez donc pas ignorer la formidable injustice faite au peuple Palestinien.

Ma mère était juive et communiste et en 1940 a été poursuivie à ce titre par l’Etat Français en application des lois de cette triste période. La seule haine qu’elle m’a inculquée est celle du racisme et de l’antisémitisme, des injustices et des guerres coloniales menées contre les peuples épris de liberté…

L’’inique circulaire Alliot-Marie que votre gouvernement refuse d’abroger pénalise sous prétexte d’antisémitisme et d’appel à la haine raciale (rien que cela), l’appel au boycott des produits israéliens pour condamner la politique d’un pays qui n’en finit pas de violer résolutions de l’ONU et droit international.

Persuadé de votre attachement aux libertés démocratiques, j’espère que vous vous interrogez sur le fait que la France est ainsi le seul pays de l’Union Européenne à assimiler à un délit, l’exercice d’une simple liberté d’expression qui n’attire par ailleurs aucune poursuite lorsqu’elle s’exerce contre d’autres régimes politiques, Chinois, Birman, Russe etc.. Si cette circulaire avait existé à l’époque de l’Afrique du Sud de l’apartheid, nous aurions donc été poursuivis peut-être vous et moi ensemble. .

On peut aimer Israël, avoir partagé le rêve de l’espoir de ses premiers pionniers après la tragédie de la Shoah et condamner la politique menée actuellement par son gouvernement d’extrême-droite : refus de la création d’un état Palestinien indépendant, colonisation accélérée des territoires palestiniens, violation du droit international et des Droits de l’Homme, répression impitoyable de toute résistance palestinienne injustement confondue avec le terrorisme. Cette politique porte en elle une lourde responsabilité dans la violence qui se déchaîne dans cette partie du monde. Comment en effet exiger le respect du droit international par certains quand d’autres peuvent impunément le violer ? L’appel au boycott est pourtant le seul moyen pacifique et non-violent à la disposition des citoyens pour alerter l’opinion sur cette situation. C’est aussi le meilleur moyen de couper l’herbe sous le pied à ceux qui prennent prétexte du conflit israélo-palestinien pour justifier aussi bien l’antisémitisme que le recours à des dérives violentes.

J’ai rencontré en Israël des israéliens amoureux inconditionnels de leur pays et qui pour faire changer la politique de leur gouvernement mettaient tous leurs espoirs dans sa condamnation par la communauté internationale, y compris par le recours au boycott. Ils sont l’honneur et l’avenir d’Israël comme l’étaient les Français qui dès 1947 ou 1954 s’opposaient aux guerres coloniales en Indochine ou en Algérie.

Persuadé que pour faire progresser la loi il faut parfois savoir la transgresser, de nombreux exemples vous viennent à l’esprit, je n’en doute pas, je continuerai donc avec mes camarades de l’AFPS, à distribuer des tracts appelant au boycott des produits israéliens. Après l’arrêt de la cour de cassation condamnant des militants de l’AFPS pour des faits identiques, et en attendant la jurisprudence de la cour européenne, j’espère seulement que le gouvernement que j’ai contribué à élire en votant pour François Hollande en 2012 ne me traduira pas en justice à 70 ans passés.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes salutations respectueuses.

Carhaix, le 20 janvier 2016,

Jean-Pierre JEUDY