Bil’in : une lutte popu­laire de masse contre l’occupation, contre un système maffieux

R. Kissous, lundi 23 janvier 2006

La confé­rence inter­na­tionale qui se tiendra à Bil’in les 20 et 21 février 2006 sera encore un pas en avant dans la mobi­li­sation contre le Mur et l’occupation colo­niale israé­lienne, pour un soutien à cette lutte exemplaire.

Voilà onze mois, depuis février 2005, que les habi­tants du village de Bil’in luttent au quo­tidien contre la construction du Mur d’annexion et contre la confis­cation de 60% de leurs terres. Ce village de 1.600 habi­tants est à 16 kilo­mètres de Ramallah et à quatre kilo­mètres et demi de la ligne de 1967. Il couvre 4.000 dunums (environ 400 hectares).

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Tracé du Mur (en rouge) dans les villages de Bil’in et de Saffa. Carte ARIJ

Le Mur n’est pas en cours de construction sur la ligne de 1967 (la ligne verte) ni même à la limite de Modi’in Illit, la colonie actuelle de 32.000 habi­tants jouxtant Bil’in. Il déborde lar­gement sur les terres de Bil’in pour per­mettre l’extension des colonies, la construction de nou­veaux immeubles pour les colons. Le ministre israélien du logement a annoncé que le nombre d’habitants de cette colonie en 2010 serait de 150.000. Et le maire de Modi’in Illit vise même les 300.000 habitants.

Contrai­rement à la pro­pa­gande israé­lienne qui pré­sente ce Mur comme « sécu­ri­taire », il s’agit bel et bien d’un Mur d’annexion créant de nou­veaux faits accomplis sur le terrain : vol de terres et ins­tal­lation de colons.

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L’extension de la colonie : faits accomplis sur le terrain

Tous les ven­dredis (c’est un jour de week-​​end faci­litant la par­ti­ci­pation d’Israéliens) Bil’in mani­feste, avec la par­ti­ci­pation d’israéliens et d’internationaux, de manière non-​​violente et avec une créa­tivité extraordinaire.

D’autres vil­lages tel que Aboud adoptent les mêmes formes de lutte. D’autres encore observent pour voir si Bil’in gagnera son combat.

Ce n’est pas le premier village qui adopte cette forme de combat. C’était déjà le cas à Boudros, où la lutte a permis de faire reculer le Mur, et encore avant à Mas’ha. Des jeunes israé­liens et des inter­na­tionaux avaient été invités par les pales­ti­niens à par­ti­ciper à leur combat. D’étroits liens avec des pales­ti­niens furent tissés, ils se sont appro­fondis à Bil’in. Le comité de village de Bil’in, qui a la direction sur le terrain, tient une réunion tous les mois avec la « Coa­lition israé­lienne contre le Mur » qui com­prend dix orga­ni­sa­tions. Il en est de même avec les internationaux.

Alors que les mani­fes­ta­tions sont non-​​violentes, l’armée israé­lienne d’occupation ne se prive pas elle de sévir avec des gre­nades lacry­mo­gènes en tir tendu, des balles enrobées de caou­tchouc, des bas­ton­nades, des inter­ven­tions la nuit ou même au cours des mani­fes­ta­tions pour inti­mider, rafler, empri­sonner des mili­tants du village.

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Départ d’une manifestation

Der­niè­rement, refusant d’entériner la confis­cation de leurs terres, les mili­tants ont construit durant la nuit une petite maison en dur, de l’autre côté du tracé du Mur et l’ont appelé « Centre pour la Lutte Commune ». Quelques juifs ortho­doxes de la colonie sont mêmes venus les aider à cette occasion. Les mili­tants se relaient pour l’occuper jour et nuit. L’armée israé­lienne n’a pas, pour l’instant, osé la détruire car une pro­cédure juri­dique est paral­lè­lement mise en route contre la construction de nou­veaux immeubles pour les colons israé­liens sur leurs terres (quartier de Matityahu-​​Est). Confor­mément au droit inter­na­tional toutes les colonies israé­liennes sont illé­gales mais ces nou­veaux immeubles le sont également selon le droit israélien, aucun des bâti­ments ne pos­sédant léga­lement de permis de construire. Les terres ont tout sim­plement été volées à l’aide de docu­ments falsifiés.

Vol et corruption : un système typiquement maffieux !

La lutte de Bil’in met aussi en évidence, une fois de plus, le pro­cessus d’enrichissement per­sonnel de pro­mo­teurs israé­liens, d’associations de colons, et de fonc­tion­naires, mili­taires ou civils, de l’appareil d’Etat israélien. Comme l’indiquait le jour­na­liste Akiva Eldar dans un article de Haaretz du 30 décembre 2005 : « L’Administration Civile, avec la béné­diction du Bureau du pro­cureur de l’Etat, s’est révélée le par­te­naire clé dans un système de contrats immo­bi­liers que l’on peut qua­lifier de douteux. Des sociétés immo­bi­lières, acquises et gérées par des diri­geants des colons et des agents immo­bi­liers se pro­curent des terres grâce à des Pales­ti­niens mal­hon­nêtes et les trans­fèrent au conser­vateur des Pro­priétés du gou­ver­nement de l’Administration des terres israé­liennes. Le conser­vateur « requa­lifie » ces terres en terres d’Etat, les res­titue aux asso­cia­tions de colons qui alors les revendent aux sociétés immo­bi­lières. De cette façon, il est sûr que les Pales­ti­niens (qui sont soumis à la loi en vigueur dans les Ter­ri­toires qui leur impute la charge de la preuve) ne pourront jamais réclamer la res­ti­tution de leur terre. »

Des entre­prises, ou des per­sonnes, qui pré­tendent avoir acheté de la terre de Bil’in n’ont fourni aucune preuve de pro­priété. En juin 2002, un avocat, Moshé Glick, repré­sentant une asso­ciation de colons, avait déclaré sous la foi du serment que le mukhtar (chef du village) de Bil’in avait vendu la terre appar­tenant à un habitant du village. Mais cet avocat véreux n’était jamais allé à Bil’in. Rein­terrogé en novembre 2003 pour expliquer pourquoi il avait fait la décla­ration en lieu et place du mukhtar de Bil’in, il réitérait sa décla­ration en la jus­ti­fiant par des consi­dé­ra­tions sécu­ri­taires. Le même jour un célèbre agent immo­bilier israélien Shmuel Anav, qui n’en est pas à sa pre­mière escro­querie, est aussi venu déclarer que la terre avait été vendue à son fils qui l’avait revendue à l’association des colons. Un « détail » : le mukhtar est décédé depuis quelques années, sa signature étant fal­sifiée par son fils. Toutes ces escro­queries ne sont pas spé­ci­fiques à Bil’in, la méthode est appliquée à l’ensemble des colonies israé­liennes. C’est un système maffieux.

La lutte de Bil’in se poursuit avec un soutien grandissant

Le ven­dredi 20 janvier, à l’approche des élec­tions pales­ti­niennes, la mani­fes­tation à Bil’in était encore plus impor­tante que d’habitude avec plu­sieurs mil­liers de par­ti­ci­pants. Comme l’indique Uri Avnery : « Tous les partis pales­ti­niens par­ti­ci­paient à la mani­fes­tation, avec les mili­tants israé­liens et inter­na­tionaux. Ensemble ils cou­raient pour échapper aux nuages de gaz lacry­mo­gènes, ensemble ils se lan­çaient à travers les rangées de soldats, ensemble ils étaient frappés. Les dra­peaux verts du Hamas, jaunes du Fatah, rouges du Front démo­cra­tique et le drapeau israélien bleu et blanc de nos emblèmes [l’emblème de Gush Shalom est composé du drapeau pales­tinien et israélien côte à côte] étaient en har­monie, comme les gens qui les portaient. »

La confé­rence inter­na­tionale qui se tiendra à Bil’in les 20 et 21 février 2006 sera encore un pas en avant dans la mobi­li­sation contre le Mur et l’occupation colo­niale israé­lienne, pour un soutien à cette lutte exemplaire.

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Kadura Fares du Fatah et Uri Avnery de Gush Shalom à la dernière manifestation
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Une floraison de drapeaux