Berlanty Azzam, un avenir bouché à Gaza

Agnès Rotivel, mardi 26 janvier 2010

Ren­voyée à Gaza alors qu’elle finissait ses études à Bethléem, cette étudiante ne rêve que de partir

Le 28 octobre 2009, Berlanty Azzam est arrêtée

A travers le télé­phone, la voix est proche et claire. Ber­lanty Azzam, 21 ans, est à Gaza. Non par choix. C’est une situation forcée. Jeune chré­tienne, grecque orthodoxe, elle avait quitté le ter­ri­toire gazaoui en 2005 pour étudier le com­merce et la tra­duction à l’université de Bethléem, en Cis­jor­danie, après avoir demandé et obtenu l’autorisation de l’armée israé­lienne de s’y rendre via Israël. Elle faisait alors partie d’un pro­gramme initié par le chan­celier de l’université et le Vatican, pour faci­liter les études des jeunes de Gaza.

Mais le 28 octobre 2009, alors qu’elle rentre chez elle à Bethléem, revenant de Ramallah, la voiture qui l’emmène est arrêtée à un check-​​point. Voyant que son adresse est enre­gistrée à Gaza, les soldats israé­liens l’embarquent. Avertis, les res­pon­sables de l’université de Bethléem se mobi­lisent. Le soir même, le F. Jack Curran, pro­fesseur amé­ricain à l’université, lance un appel pour que la pro­cédure d’expulsion soit stoppée. Le ministère des affaires étran­gères et des élus du Congrès des États-​​Unis, l’Irlande, la Grande-​​Bretagne, la Nouvelle-​​Zélande, l’Australie, l’Allemagne, le Vatican, inter­viennent. En vain.

L’étudiante est ren­voyée dans la bande de Gaza, menottée, les yeux bandés, dans une jeep mili­taire, le jour même de son arres­tation. Elle en était à son dernier tri­mestre du pro­gramme du bac­ca­lauréat en gestion des affaires avec, comme matière secon­daire, la tra­duction. Il ne lui restait que deux mois pour ter­miner ses études. Dans ses démarches légales pour la faire revenir, l’université de Bethléem est aidée par l’organisation non gou­ver­ne­mentale israé­lienne Gisha (Centre légal pour le droit de se déplacer). Le len­demain de l’arrestation, celle-​​ci avait déposé un dossier en pro­cédure d’urgence devant la Cour suprême israé­lienne pour demander le retour immédiat à ses études de Ber­lanty Azzam. Mais il fut procédé à l’expulsion alors même que le bureau du conseiller juri­dique mili­taire pro­mettait à l’avocat de Gisha que l’étudiante ne serait pas ren­voyée à Gaza tant que le délai de recours ne serait pas épuisé. Fina­lement, le 9 décembre 2009, le verdict de la haute cour israé­lienne tombe : la jeune femme ne peut pas retourner à Bethléem.

Le cas de la jeune Pales­ti­nienne fait partie d’une situation plus générale. Israël interdit aux Pales­ti­niens de la bande de Gaza d’étudier dans les uni­ver­sités pales­ti­niennes de Cis­jor­danie et prétend que ceux ori­gi­naires de la bande de Gaza n’ont pas le droit de rester en Cis­jor­danie, pourtant ter­ri­toire pales­tinien. Ces der­niers mois, l’armée a com­mencé une cam­pagne de recherches en Cis­jor­danie des Pales­ti­niens dont la carte d’identité est enre­gistrée à Gaza, afin de les ren­voyer chez eux de force. Consé­quence : depuis mai 2009, 12 étudiants de Gaza acceptés pour com­mencer des études à l’université de Bethléem dans le cadre du même pro­gramme initié par l’université et le Vatican n’ont tou­jours pas quitté Gaza car l’État hébreu leur refuse l’autorisation de sortie.

Ber­lanty Azzam est très sou­tenue par ses parents. Son père tra­vaille pour l’Union chré­tienne de jeunes gens à Gaza (Ymca), sa mère est ins­ti­tu­trice dans une école de l’organisation des Nations unies pour les réfugiés (Unwra). Depuis octobre, elle a réussi à passer ses der­niers examens via Internet. « Je cherche du travail dans une entre­prise mais c’est dif­ficile à cause du chômage à Gaza. Dès que pos­sible, je par­tirai d’ici », dit-​​elle au téléphone.

Ses pro­fes­seurs n’ont pas désarmé. Le 10 janvier 2010, une partie des res­pon­sables de l’université s’est rendue à Gaza pour lui remettre son diplôme. « Une céré­monie émou­vante » qui a eu lieu dans l’église de la Sainte-​​Famille à Gaza, en pré­sence du nonce apos­to­lique, l’archevêque Antonio Franco, du directeur adjoint de l’université, le P. Peter Bray, et de nom­breux parois­siens. « J’aurais tel­lement aimé recevoir mon diplôme à l’université, comme les autres, au milieu de mes amis, soupire-​​t-​​elle. Cette situation est trop injuste. »