Beit Hannoun est à feu et à sang

PNN, le Monde et dépêches, (CL), vendredi 3 novembre 2006

La caste politico-​​militaire au pouvoir à Tel Aviv -qui vient d’inviter l’extrême droite à la rejoindre-​​ a donné l’ordre cri­minel à ses troupes de tirer sur une mani­fes­tation de femmes à Beit Hannoun, dans la Bande de Gaza.

Deux gros points noirs sta­tionnent au-​​dessus de Beit Hanoun. Recon­nais­sables au vrom­bis­sement de leur rotor, les héli­co­ptères d’attaque israé­liens sur­veillent le moindre mou­vement dans les rues de cette ville de 30 000 habi­tants, située au nord de la bande de Gaza. Depuis mer­credi 1er novembre, l’endroit est coupé du reste du ter­ri­toire pales­tinien après le déploiement d’une cin­quan­taine de chars israé­liens dans les vergers alen­tours et sur les routes d’accès à la cité.

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Beit Hannoun, bouclée, 3 11 2006

Une chape de silence s’est abattue sur la masse com­pacte des habi­ta­tions du centre-​​ville au-​​dessus des­quelles plane un panache de fumée grise. Le brouillage des lignes télé­pho­niques et le couvre-​​feu imposés par l’armée israé­lienne rendent ce blocus qua­siment impénétrable. [1]

Beit Hanoun est à feu et à sang . Les mas­sacres s’y pour­suivent alors que les rési­dents lancent des appels de secours au Croissant-​​Rouge pour sauver les enfants, les malades et les femmes et trans­porter les blessés pri­son­niers de leurs maisons. L’armée israé­lienne continue d’occuper et de boucler entiè­rement Beit Hanoun dans le cadre de cette opé­ration bap­tisée "Nuages d’automne" [2] .

Le bilan tra­gique de cette opé­ration s’élève pour l’instant à 25 morts et plus d’une cen­taine de blessés.

Les membres de la résis­tance qui s’étaient réfugiés dans la mosquée Al Nasser de Beit Hanoun ont réussi à s’en évader. Ces hommes s’étaient cachés là après que l’armée eut ordonné à tous les hommes âgés de 15 à 50 ans de se ras­sembler dans la cour du collège agricole au nord de la ville. Un porte-​​parole de l’armée a confirmé le ras­sem­blement de tous les hommes de 15 à 50 ans de Beit Hanoun afin de les interroger.

L’armée a assiégé la mosquée et menacé de la faire exploser si les hommes ne se ren­daient pas. Forces spé­ciales chars et bull­dozers ont été dépêchés sur place et des tirs ont été échangés durant la nuit. Un bull­dozer a détruit jeudi matin un mur de la mosquée. Le plafond s’est effondré, causant plu­sieurs blessés. Seul le minaret a tenu.

Un groupe de femmes a mani­festé près de la mosquée pour que l’armée laisse partir la cen­taine d’hommes qui s’y étaient réfugiés. Elles ont donné des vête­ments aux hommes qui ont pu s’enfuir en se déguisant en femmes. Durant la mani­fes­tation, deux femmes ont été abattues et 18 autres blessées.

La mosquée était assiégée et les bull­dozers l’avaient par­tiel­lement détruite avant que les femmes n’interviennent sous des tirs inin­ter­rompus pour aider les hommes. Raja’ Jabr Abou Odeh, 40 ans, est morte et Intisar Huaihi, 45 ans, a été déclarée cli­ni­quement morte. Trois des 18 blessées se trouvent dans un état cri­tique, selon les sources médicales.

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Les manifestantes se mettent à couvert.

Selon des sources sécu­ri­taires, 1500 Pales­ti­niens ont été emmenés vers une des­ti­nation inconnue depuis le début de l’offensive. Parmi ces per­sonnes figurent le chef de la police de Beit Hanoun, Fawzi Hamad, ainsi qu’un haut res­pon­sable du Fatah, Yazid al-​​Houwaïhi..  [3]


A Beït Hanoun dans la bande de Gaza, la mort devant la mosquée  [4]

Len­tement d’abord, puis avec assu­rance, le groupe de femmes voilées s’approche du mur exté­rieur de la mosquée Al Nassir, à Beït Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza.

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Beit Hannoun, 3 11 2006

A l’intérieur de l’édifice reli­gieux, une soixan­taine de com­bat­tants pales­ti­niens sont réfugiés depuis jeudi soir, encerclés par les soldats israé­liens et des chars postés à quelques cen­taines de mètres, der­rière une levée de terre.

Répondant à un appel relayé par la radio, la cin­quan­taine de femmes, cer­taines âgées, d’autres encore ado­les­centes, veulent servir de "bou­cliers humains", s’interposer entre l’armée israé­lienne et les acti­vistes, aider ces der­niers à s’échapper ou, tout au moins, obtenir qu’ils puissent quitter la mosquée sains et saufs.

Alors qu’elles des­cendent la rue en direction de la mosquée, lon­geant à leur droite un mur de pierre, les soldats israé­liens à leur gauche, des coups de feu éclatent, venant des posi­tions de Tsahal.

Les femmes pressent le pas, en s’encourageant mutuellement.

D’autres balles sifflent au-​​dessus des têtes, les Israé­liens cher­chant à leur faire rebrousser chemin. Cer­taines font demi-​​tour mais la plupart conti­nuent leur route.

En tête du cortège, plu­sieurs coups de feu éclatent encore et une femme portant un hidjab de couleur brune s’effondre. Près d’elle, une autre tombe, griè­vement blessée.

"QUE FAIT LE MONDE ?"

En hurlant, plu­sieurs femmes se portent au secours des blessées, dont l’une gît, immobile. Sous elle une flaque de sang s’étend len­tement puis s’écoule vers le ruisseau.

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Beit Hannoun, 3 11 2006

"Appelez une ambu­lance ! Appelez une ambu­lance !", crient les femmes, en levant les bras en signe d’impuissance. D’autres reculent, pensent à s’enfuir, puis se ravisent.

Quelques secondes plus tard, deux ambu­lances arrivent. La femme touchée, inerte, est emportée sur une civière. L’autre femme griè­vement blessée est également emmenée. Elle mourra à l’hôpital.

Une mani­fes­tante se tourne vers une caméra de télé­vision : "Que fait le monde ? On tue des gens ici ! Ce sont des martyrs !".

Un peu plus tard, plu­sieurs femmes s’éloignent en emportant une autre blessée, une jeune fille dont le jean dépasse du hidjab noir.

Au milieu de la rue, une autre tient dans ses mains un voile taché de sang. "Regardez ! La cer­velle d’une femme de la résis­tance, répandue sur son voile, regardez !", lance-​​t-​​elle aux journalistes.

Dans un hôpital voisin, des maris inquiets sont venus prendre des nou­velles. "J’ai demandé à ma femme d’aller avec les autres pour faire lever le siège de la mosquée", dit Khaled Faleh, 34 ans. "Je ne sais pas ce qu’elle est devenue."


Le pré­sident Abbas a demandé jeudi lors de son entretien avec David Welch à ce que « l’administration amé­ri­caine mette fin à cette agression », a rap­porté Saeb Erekat. Abou Mazen a déclaré que ces « crimes consti­tuent une vio­lation fla­grante des droits des Pales­ti­niens ». Pour Ismaïl Haniyeh, de même que les Israé­liens « ont échoué à brisé la volonté [des Pales­ti­niens] » et « à faire plier le pro­gramme poli­tique [du Hamas] » par un « embargo injuste », cette « opé­ration mili­taire et ter­ro­riste est vouée à l’échec ». Ghazi Hamad, porte-​​parole du gou­ver­nement, a qua­lifié hier l’ « agression » mili­taire israé­lienne à Beit Hanoun de « san­glante », dénonçant un « génocide » per­pétré par Israël dans la bande de Gaza « dans le silence des Etats arabes et de la com­mu­nauté internationale ».

Par ailleurs, une femme et un enfant de 4 ans, Bara Fayyad, sont décédés ce matin des suites de leurs bles­sures. Le ministère de la santé a affirmé que neuf per­sonnes, dont des femmes, des enfants et des per­sonnes âgées ont trouvé la mort lors de ces attaques, dénom­brant également une tren­taine de blessés.

Dans le quartier de Chou­jaiya, dans l’est de Gaza, quatre membres des Bri­gades Ezzedine Al-​​Qassam, la branche armée du Hamas, ont été tués dans un raid aérien israélien contre le véhicule qui les trans­portait, selon une source médicale et des témoins. Cinq autres per­sonnes ont été blessées dans l’explosion. "Je peux confirmer qu’il y a eu une attaque aérienne contre un véhicule dans lequel se trou­vaient des ter­ro­ristes", a affirmé une porte-​​parole de l’armée israé­lienne. Parmi les vic­times figure Omar Mouchtaha, un chef local de la branche armée du Hamas recherché par Israël, a-​​t-​​on ajouté. Des témoins ont indiqué que les quatre hommes avaient arrêté leur véhicule près d’une mosquée pour aller prier quand ils ont été visés par un missile.

Un cin­quième membre du Hamas, Souheib Adouane, 21 ans, a été tué par des tirs de soldats israé­liens. Il faisait partie de l’équipe de gardes du corps du ministre des réfugiés du Hamas, Atef Adouane.

Plus tôt, quatre per­sonnes ont été blessées dans un pré­cédent raid aérien à Jabaliya, dans le nord du ter­ri­toire, qui visait des acti­vistes armés du Djihad isla­mique. Jeudi matin 2 novembre, Dyab Basiouni (75 ans), Yousef Akel (22 ans), et Issam Abou Odah (29 ans) ont été tués. Un ado­lescent de 15 ans a été tué par un obus de l’armée tiré sur son domicile à Beit Hanoun.

Les sources médi­cales de l’hôpital Kamal Adwan ont affirmé que Basiouni, une per­sonne âgée, est mort sur le coup après avoir reçu une balle dans le cœur. Yousef Akel, a reçu une balle dans la tête, selon l’hôpital Balsam.

Les témoins et les sau­ve­teurs ont affirmé qu’un tireur d’élite israélien a abattu Isam Abou Odah par une balle dans le dos et dans la tête alors qu’il se trouvait chez lui. Sept membres d’une même famille ont été griè­vement blessés par une bombe tirée d’une char israé­lienne en direction de leur maison à Bet Hanoun (nord de la Bande).

Selon la radio mili­taire israé­lienne, l’objectif de l’armée israé­lienne est d’être en mesure "d’intervenir à tous moments et en tous lieux dans la bande de Gaza (évacuée l’an dernier) comme c’est le cas dans les villes de Cisjordanie".

En Cis­jor­danie, 25 Pales­ti­niens recherchés par les ser­vices de sécurité israé­liens ont été arrêtés durant la nuit de mer­credi à jeudi, a-​​t-​​on indiqué de sources mili­taires.

Un ado­lescent de 14 ans a été abattu le 2 novembre au camp de réfugiés de Balata à Naplouse, alors qu’il tentait de venir en aide à son frère de 28 ans, blessé par les tirs de l’armée d’occupation qui menait un nième raid contre le camp.

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Ibrahim Sanaqra et sa maman. Balata 3 11 2006

[1] le Monde

[2] après les sinistres « pluie d’été » et autres « tempête du désert » qui sont les codes d’apparence « civi­lisée » de la bar­barie colo­niale et impérialiste

[3] PNN, Wisam Affifeh 03.11.06

[4] BEIT HANOUN, bande de Gaza (Reuters) fr​.news​.yahoo​.com/​03112006​/​​290​/​a​-​b​e​-​i​u​m​l​-​t​-​h​a​n​o​u​n​-​d​a​n​s​-​l​a​-​b​a​n​d​e​-​d​e​-​g​a​z​a​.html