Bar­rière de sécurité, Mur de sépa­ration, d’Apartheid,d’annexion… mais c’est quoi ce Mur ?

Delphine Thizy, PARC, dimanche 27 novembre 2005

C’est en juin 2002 que le projet de construction d’une « bar­rière de sécurité » est mis en oeuvre par Israël.

second article "La vie empoi­sonnée, comment vivre avec le mur"


Le mur en quelques chiffres

Aujourd’hui 209km de mur ont été construits et 105km sont en cours de construction. L’objectif étant de construire un mur de 670km de long (selon le nouveau tracé). Plu­sieurs phases sont suivies pour la construction de ce mur qui suit une logique nord-​​sud. La pre­mière phase au nord de la Cis­jor­danie a été com­plétée. La seconde phase com­prendra le centre et le sud et a déjà été approuvé par la Knesset. La der­nière phase dans la vallée du Jourdain est encore en projet. L’ouvrage mesure entre 3 et 8 mètres de haut (par com­pa­raison, le mur de Berlin mesurait entre 1 et 3,5 mètres). Les auto­rités israé­liennes ont construit 63 portes pour per­mettre le passage des Pales­ti­niens, dont 25 sont sou­mises à la pré­sen­tation d’autorisations déli­vrées par les auto­rités israé­liennes alors que les autres font l’objet d’un contrôle d’identité stricte et de fouilles. La liberté de mou­vement des Pales­ti­niens est donc com­promise puisqu’ils sont soumis aux horaires d’ouverture de ces portes et aux aléas des déci­sions sécu­ri­taires d’Israël. Il est important de noter que bon nombre d’agriculteurs sont obligés de passer ces portes pour rejoindre leurs terres, de la même manière des enfants fran­chissent quo­ti­dien­nement le mur pour aller à l’école.

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Attente quotidienne au check-​​point de

Le coût du mur est estimé à 3,4 mil­liards de dollars par le comité écono­mique de la Knesset, ce qui en fait le plus gros chantier jamais entrepris par Israël.

Ce sont près de 49 400 Pales­ti­niens qui se trouvent enfermés dans 39 villes et vil­lages entre le mur et la Ligne Verte (fron­tière de 1967 inter­na­tio­na­lement reconnue par les Nations Unies) dans le nord de la Cis­jor­danie. Il a été demandé à cer­tains habi­tants de cette zone de se munir d’autorisation pour continuer à vivre dans leur maison située dans cette zone fermée, auto­ri­sation qui leur donne accès à une seule porte.

Ce mur ne reprend que pour 20% le tracé de la Ligne Verte de 1967. Une fois achevée la construction de la partie occi­dentale du mur, ce sont plus de 11% des terres de la Cis­jor­danie qui vont se trouver de fait annexés, car situés entre le mur et la ligne Verte. La construction d’un mur à l’est, dans la vallée du Jourdain est également envi­sagée ce qui repré­sen­terait une annexion de 60% de la Cisjordanie. Un mur jugé illégal et pourtant…

Le 8 décembre 2003, l’Assemblé Générale des Nations Unies demandait à la Cour Inter­na­tionale de Justice de rendre un avis consul­tatif concernant les consé­quences juri­diques de la construction par Israël du mur dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. L’avis consul­tatif de la Cour du 9 juillet 2004 a déclaré cette construction illégale au para­graphe 163 en déclarant : « L’édification du mur qu’Israël, puis­sance occu­pante, est en train de construire dans le ter­ri­toire pales­tinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-​​Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international ». La Cour demande l’arrêt des opé­ra­tions de construction, la démo­lition des parties déjà construites, l’abrogation du régime juri­dique qui y est associé, et la répa­ration des dom­mages causés par cette construction. En outre, la Cour demande aux pays tiers de ne pas recon­naître la situation illicite qui découle de cette construction et de ne rien faire pour péren­niser cet état de fait. L’Assemblée générale a demandé l’application du droit inter­na­tional par Israël et donc l’application de l’avis consul­tatif de la Cour (avis qui n’a pas de force obli­ga­toire mais donne un éclairage juri­dique à l’Assemblée générale).

Malgré cela, Israël poursuit la construction du mur, et les nou­veaux plans montrent même une aug­men­tation des parties annexées (notamment autour des colonies de Guch Etzion). Une fois de plus Israël refuse d’appliquer les déci­sions des Nations Unies en pré­textant que sa « sécurité » passe avant le droit inter­na­tional. Ainsi, les dif­fé­rentes vio­la­tions des droits de l’homme qui accom­pagnent la construction de ce mur, et qui ont été observée par le bureau des Nations Unies pour la Coor­di­nation des Affaires Huma­ni­taires (OCHA) dans son rapport de mars 2005 (dis­po­nible sur le site http://​www​.huma​ni​ta​ria​ninfo​.org/opt/), conti­nuent et s’accentuent dans une totale impunité sous pré­texte de la sécurité des Israéliens.

Barrière, mur, séparation, sécurité, apartheid, annexion, le poids des mots

Le débat autour des termes pour désigner le mur est lourd de sens, la déno­mi­nation de cette construction implique en effet des accep­tions juri­diques, poli­tiques, idéo­lo­giques dif­fé­rentes. Dans son avis consul­tatif du 9 juillet 2004, la Cour Inter­na­tionale de Justice a utilisé le mot mur, à l’instar de l’Assemblée Générale des Nations Unies, pour désigner cet ouvrage qui peut être en béton, ou constitué de clô­tures de fer souvent équipées de détec­teurs élec­tro­niques. Le mot mur est utilisé pour signifier l’obstacle qu’il constitue pour la liberté de mou­vement des biens et des personnes.

En ce qui concerne le qua­li­fi­catif de sépa­ration, il ne décrit pas la réalité. En effet, ce mur ne sépare pas les Israé­liens des Pales­ti­niens, mais dans beaucoup de cas il pose une fron­tière entre des Pales­ti­niens d’une même région, voire d’un même village. Ainsi 43 900 rési­dants des vil­lages de Beit Sira et At-​​Tira (au nord de Jéru­salem) se trouvent dans une enclave, séparée du reste du peuple de Palestine. En outre, lorsqu’il sépare les Pales­ti­niens des colons israé­liens, implantés illé­ga­lement en Cis­jor­danie, l’utilisation du terme sépa­ration vise à léga­liser cette pré­sence des colons ainsi rendue pérenne par la pré­sence d’un mur. La prin­cipale jus­ti­fi­cation par les Israé­liens de la construction de ce mur se situe dans un argument sécu­ri­taire. Outre le fait que ce mur pro­voque la haine et donc qu’il encourage la lutte vio­lente contre l’occupant ; sa conception même pose des ques­tions quant à son caractère sécu­ri­taire. De tous temps des for­ti­fi­ca­tions ont été construites pour pro­téger des villes ; la logique stra­té­gique a tou­jours consisté à les placer en hauteur afin de mieux contrôler l’assaillant. Ainsi il est étrange de voir que ce mur évite soi­gneu­sement les lignes de crête pour s’installer dans les vallées fer­tiles ! La Cour Inter­na­tionale s’est également inter­rogée sur ce caractère sécu­ri­taire et a déclaré qu’ « Au vu du dossier, la Cour n’est pas convaincue que la construction du mur selon le tracé retenu était le seul moyen de pro­téger les intérêts d’Israël contre le péril dont il s’est prévalu pour jus­tifier cette construction. Reste qu’Israël doit faire face à des actes de vio­lence indis­cri­minés, nom­breux et meur­triers, visant sa popu­lation civile. Il a le droit, et même le devoir, d’y répondre en vue de pro­téger la vie de ses citoyens. Les mesures prises n’en doivent pas moins demeurer conformes au droit inter­na­tional appli­cable. Au total, la Cour estime qu’Israël ne saurait se pré­valoir du droit de légitime défense ou de l’état de nécessité, comme excluant l’illicéité de la construction du mur. »

Le terme d’apartheid est fré­quemment utilisé par les oppo­sants au mur (voir par exemple l’argumentation sur le site http://​www​.stop​thewall​.org). Ce terme décrit en effet une cer­taine réalité du mur : la volonté de séparer deux peuples sur un critère raciste. La Convention inter­na­tionale contre l’Apartheid des Nations Unies de 1976 carac­térise l’apartheid par des dépla­ce­ments forcés de popu­lation, un contrôle de la terre, une exploi­tation écono­mique et une humi­liation. Le transfert des popu­la­tions vivant entre la Ligne Verte et le mur, l’annexion de terres opérée par la construction du mur, la des­truction de l’économie pales­ti­nienne par les bou­clages répé­titifs, les humi­lia­tions quo­ti­diennes aux check-​​points jus­ti­fient donc l’emploi de ce terme. Pour autant, il ne nous semble pas tota­lement approprié. En effet, il sem­blerait sous-​​entendre que la solution au conflit soit com­pa­rable à celle mise en place en Afrique du Sud : un même état pour tous sur une base d’égalité des peuples. Or la solution plé­bis­citée par les Pales­ti­niens est celle de deux états indé­pen­dants, ce droit à l’autodétermination ayant été reconnu par les Nations Unies (réso­lution 242 et 338 du conseil de sécurité).

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On voit bien sur cette photo que le mur, en bas, laissera une large

Reste le terme annexion qui semble être le plus per­tinent à décrire la situation. En effet, le mur, ainsi que les infra­struc­tures qui y sont liées : zone de sécurité qui l’entoure, route mises en place pour faci­liter le dépla­cement des colons… contri­buent à l’annexion de terres pales­ti­niennes. Comme l’a affirmé la Cour Inter­na­tionale de Justice, Israël a le droit de vouloir s’enfermer dans un mur mais il doit le construire sur ses propres terres et non sur celles des Pales­ti­niens. Le tracé du mur révèle la volonté d’annexion à laquelle il cor­respond ; en effet il tend à annexer les terres adja­centes aux colonies puisqu’il inclut dans la zone israé­lienne des terres vides pro­pices au futur déve­lop­pement des colonies. Le mur doit par exemple former une bar­rière autour des colonies de Ma’ale Adumim, d’Ari’el/Emmanuel qui cor­res­pondent à 108km de mur (soit 16% de la totalité du projet) tout en laissant un large espace pour la construction de nou­veaux loge­ments (3 500 pour Ma’ale Adumim). Ainsi la CIJ recon­naissait ce caractère annexion­niste du mur en relevant au para­graphe 119 de son avis que « le tracé du mur tel qu’il a été fixé par le Gou­ver­nement israélien incorpore dans la « zone fermée » (voir para­graphe 85 ci-​​dessus) environ 80 % des colons ins­tallés dans le ter­ri­toire pales­tinien occupé. Par ailleurs, l’examen de la carte […] montre que ce tracé sinueux a été fixé de manière à inclure dans la zone la plus grande partie des colonies de peu­plement ins­tallées par Israël dans le ter­ri­toire pales­tinien occupé (y compris Jérusalem-​​Est). » La Cour rap­pelle qu’il est interdit à la partie occu­pante d’opérer un transfert de popu­lation sur les ter­ri­toires occupés, en vertu de l’article 49 de la qua­trième Convention de Genève.

Le mur, un obs­tacle à la création d’un état pales­tinien viable Le mur a pro­voqué le mor­cel­lement du ter­ri­toire pales­tinien en de petits ter­ri­toires isolés. Ce phé­nomène de ban­toustans cor­respond à une doc­trine israé­lienne déjà ancienne. Dès 1967, le plan Alon pré­voyait la création d’entités pales­ti­niennes ainsi séparées, le mur ne vient que concré­tiser cette vision. Déjà les accords d’Oslo en légi­timant la création de zones A, B, C mettait fin à la pers­pective d’un état viable, en favo­risant l’expansion des colonies et des routes de contour­nement. En effet, les accords d’Oslo n’établissaient l’autorité pales­ti­nienne que sur 3% du ter­ri­toire, 27% dépen­daient d’une gestion conjointe et le reste (70%) était placé sous autorité unique des Israé­liens. Le mur, en péren­nisant la création de zones her­mé­ti­quement séparées (puisque le mur et les colonies forment un obs­tacle à la cir­cu­lation des biens et des per­sonnes), met fin à l’espoir de création d’un état pales­tinien viable. Comment penser une admi­nis­tration pales­ti­nienne des ter­ri­toires dans ces condi­tions ? Comment accepter ce mor­cel­lement des terres au seul profit des colons et en contra­diction évidente avec la légalité internationale ?

Le mur, un instrument de confiscation des ressources en eau

Si le tracé du mur cor­respond en grande partie aux implan­ta­tions illé­gales de colonies en Cis­jor­danie, il est également frappant de voir sa cor­res­pon­dance avec la carte des res­sources en eau. L’eau est un enjeu majeur dans la région, où de nom­breux conflits trouvent leurs racines dans la conquête des res­sources hydrau­liques (pour la maî­trise des eaux du Golan, du Yarmouk…).

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Tableau de la répartition de l’eau

Le mur vient aggraver la situation de cap­tation des eaux par Israël. Comme le montre le tableau pré­cédent, Israël par­ticipe pour 75% aux pré­lè­ve­ments d’eau alors qu’une grande partie des res­sources se trouvent dans la nappe de Cis­jor­danie. De la même manière, elle exploite les eaux du Jourdain par le Conduit National Israélien, qui pompe l’eau du Lac de Tibé­riade pour ali­menter l’agriculture d’Israël, notamment dans le désert du Néguev. Le mur cor­respond à une prise de contrôle de la nappe sou­ter­raine du nord de la Cis­jor­danie, ce qui constitue une menace pour l’agriculture de ces régions (les plus fer­tiles). La construction du mur a entraîné la confis­cation de 36 puits d’eau sou­ter­raine soit une perte de 6,7millions de mètres cube par an. Des kilo­mètres de système d’irrigation au goutte-​​à-​​goutte se retrouvent à présent dans la zone com­prise entre le mur et la Ligne Verte. Les pre­mières consé­quences de cette confis­cation sont visibles dans le domaine agricole où on assiste à un assè­chement des serres et des terres. En outre, l’arrachage massif d’arbres pour les besoins du mur accélère le pro­cessus de déser­ti­fi­cation en rendant les terres sté­riles. La carte du tracé du mur révèle les vel­léités d’Israël sur l’eau palestinienne.

Le mur, ou la destruction de l’économie palestinienne

47% de la popu­lation pales­ti­nienne vit aujourd’hui en dessous du seuil de pau­vreté c’est-à-dire avec moins de 2$ par jour dont 16 % en dessous du seuil de sub­sis­tance (1$ par jour). Cette situation est le résultat du bou­clage des ter­ri­toires pendant la seconde Intifada et de la construction du mur depuis 2002. En effet, aupa­ravant de nom­breux Pales­ti­niens tra­vaillaient en Israël (22% de la popu­lation active pales­ti­nienne). Aujourd’hui avec le mur, seuls 9% des tra­vailleurs pales­ti­niens ont un emploi en Israël, les autres ayant été décou­ragés par les heures d’attente aux check-​​points, l’obligation de se munir d’autorisations ou tout sim­plement le bou­clage de leur village. Ils ont essayé de se recon­vertir dans des emplois agri­coles ou dans les ser­vices. Mais ces sec­teurs sont également en crise, en effet ce ne sont pas uni­quement les per­sonnes qui sont privées de la liberté de mou­vement mais aussi les biens. Ainsi les pro­duc­tions agri­coles ne trouvent plus de débouchés sur le marché israélien, alors qu’au contraire les pro­duits sub­ven­tionnés israé­liens inondent le marché palestinien.

En outre, l’agriculture pales­ti­nienne a lar­gement souffert de la construction du mur, non seulement par la confis­cation des res­sources en eau, mais aussi par la spo­liation de terres fer­tiles qui sont passées dans la zone entre la Ligne Verte et le mur, ou qui ont accueilli le mur. Lors de la pre­mière phase de construction ce sont près de 161 700 dunums soit 16 170 ha qui sont ainsi confisqués (soit 2,9% de la Cis­jor­danie). Dans la section nord du mur, ce sont plus de 83 000 arbres qui ont été déra­cinés (pour la plupart des oli­viers, arbres dont la matu­ration est très longue). En outre les terres situées dans la zone entre la Ligne Verte et le mur subissent une dégra­dation pro­gressive, car les agri­cul­teurs ne sont pas à même d’aller tra­vailler ces champs puisqu’il leur est dif­ficile d’obtenir les auto­ri­sa­tions pour se rendre dans cette zone. Les pertes de revenu agricole sont donc très impor­tantes, et sont d’autant plus pré­oc­cu­pantes que la Palestine est un pays majo­ri­tai­rement rural.

Le mur dans les faits, le drame de Qalqiliya La muni­ci­palité de Qal­qiliya com­prend 32 vil­lages habités par approxi­ma­ti­vement 72 000 Pales­ti­niens et 19 colonies israé­liennes illé­gales comptant une popu­lation colo­niale israé­lienne estimée à 50 700 (au 1er Janvier 2000). La ville de Qal­qiliya compte approxi­ma­ti­vement 40 000 à 45 000 rési­dents pales­ti­niens vivant sur environ 350 ha de terres construc­tibles. Il n’y a que 70ha sup­plé­men­taires de terres des­tinées au déve­lop­pement urbain, dans le plan d’occupation des sols de la ville. Qal­qiliya possède 620ha sup­plé­men­taires de terres agri­coles qui entourent la ville.

Qal­qiliya est située à la pointe de la nappe phréa­tique Ouest, l’une des trois seules nappes phréa­tiques en Cis­jor­danie occupée. Cette nappe phréa­tique, qui s’étend le long de la Ligne Verte, génère un ren­dement moyen de 362 mil­lions de mètres cubes d’eau par an, et produit environ la moitié des res­sources d’eau de la Cis­jor­danie. Le Mur de Qal­qiliya, est construit de telle façon qu’il donne à Israël un contrôle presque total sur les zones les plus pro­duc­tives de la nappe phréa­tique. Avant la seconde Intifada, 22% de l’économie de Qal­qiliya était basée sur les pro­duits agri­coles. Aujourd’hui, ce chiffre est de 45%, avec 2000 tra­vailleurs agri­coles sou­tenant près de 15.000 rési­dents de la ville occupée (37.5% de la popu­lation totale de Qalqiliya).

Comme on le voit sur la carte, la région de Qal­qiliya subit de plein fouet les effets du mur. Le tracé du mur cor­respond bien dans cette région à une volonté de péren­niser les colonies en les plaçant du côté israélien du mur, ce qui cor­respond à une annexion de fait de ces terres. Environ 620ha de terres agri­coles entourent Qal­qiliya et parmi celles-​​ci, environ 216,8 ha (ou 35%) ont été confis­quées. 350 autres hec­tares de terres agri­coles ont été “isolés” du côté israélien du mur avec un accès à leurs terres soumis à des auto­ri­sa­tions. La plupart des terres confis­quées (74%) sont des terres irri­guées, dans cette région qui fut pendant long­temps le « grenier » de la Cis­jor­danie. Environ 15 des 39 puits de la ville sont été confisqués, repré­sentant plus d’un tiers des res­sources en eau de la ville.

La consé­quence du mur est également l’enclavement de la ville de Qal­qiliya. Plus de 600 sur les 1800 com­merces de Qal­qiliya ont fermés en raison du siège écono­mique et du manque de revenus agri­coles. Avec un taux de chômage appro­chant les 65%, les habi­tants ont été inca­pables de payer les taxes muni­ci­pales et les fac­tures. Ainsi, la muni­ci­palité de Qal­qiliya doit environ 3.5 mil­lions de shekels à la Com­pagnie Israé­lienne d’électricité, qui a menacé à plu­sieurs reprises de couper l’électricité de la ville. Etant donné que 45% de l’économie de la ville repose sur l’agriculture, la confis­cation des terres et de l’eau entraînera la migration des habi­tants de Qal­qiliya à l’Est, rendant enfin l’annexion de Qal­qiliya par Israël démo­gra­phi­quement “accep­table”. Déjà, selon la muni­ci­palité de Qal­qiliya, 4 000 habi­tants ont quitté la ville. 2.000 res­pon­sables de foyers sup­plé­men­taires ont quitté Qal­qiliya afin d’assurer un travail et sou­tenir leurs familles qui sont restées der­rière eux à Qalqiliya.

Le 31 août 2004, l’association Civil Rights israé­lienne a soumis une pétition à la Haute Court de Justice d’Israël lui demandant le déman­tè­lement de cette portion du mur qui prive les habi­tants de cinq vil­lages pales­ti­niens de l’accès aux ser­vices d’éducation et de santé.

Le mur : une atteinte au droit fondamental d’accès aux soins

Le mur, en ce qu’il constitue un obs­tacle à la liberté de mou­vement des per­sonnes, constitue une grave atteinte au droit fon­da­mental de chacun à être soigné. Un récent rapport de Médecins Du Monde (dis­po­nible sur le site http://​www​.mede​cins​du​monde​.org) rend compte de l’aggravation de la situation sani­taire dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. L’accès aux hôpitaux est par exemple rendu très dif­ficile par les délais d’attente, les bou­clages inopinés, les check-​​points et autres auto­ri­sa­tions préa­lables néces­saires. Le village d’Abu Dis, fron­talier de Jéru­salem, se retrouve ainsi sans accès direct à l’hôpital car là où il fallait autrefois 5 à 10 minutes pour rejoindre les hôpitaux Augusta Vic­toria et Al-​​Maqassad, cela demande aujourd’hui plus d’une heure trente avec les ambu­lances du Croissant Rrouge. Le rapport rap­pelle que dans les cas d’extrême urgence, c’est la pre­mière heure qui est vitale. L’accès aux spé­cia­listes médicaux, prin­ci­pa­lement ins­tallés à Jéru­salem est devenu quasi impos­sible, puisqu’il requiert l’obtention d’une auto­ri­sation préa­lable. Les centres de santé pri­maires se retrouvent donc face à un afflux massif de per­sonnes ne pouvant se déplacer vers les hôpitaux des centres urbains. Mais leurs infra­struc­tures ne peuvent faire face à un tel flot. Un gyné­co­logue exerçant dans un village près de Beth­lehem témoigne ainsi : “ S’ils enferment tous ces vil­lages avec le Mur, la situation des patients deviendra beaucoup plus dif­ficile. Il sera impos­sible de sortir un patient de cette zone pour le trans­porter à l’hôpital. Ici, nous ne pouvons offrir que des soins pri­maires. Pendant les pré­cé­dents bou­clages, nous avons souvent utilisé une salle de la cli­nique pour pra­tiquer les accou­che­ments. Mais cela ne marche que si les accou­che­ments se passent bien. Que faire si la patiente a une hémor­ragie ou s’il faut faire une césa­rienne ? Nous n’avons ni spé­cia­liste ni équi­pe­ments ici. Nous n’avons ni moni­teurs ni rayons x. Il n’y a pas le matériel suf­fisant pour prendre en charge des patients gra­vement malades. Le Mur va aggraver la com­pli­cation des maladies. Que vais-​​je pouvoir faire si je diag­nos­tique une maladie et que je ne suis pas en mesure d’administrer des médi­ca­ments ou de trans­porter mon patient vers un hôpital ? ”. En outre, l’accès des per­sonnels aux centres hos­pi­ta­liers est rendu dif­ficile par les check-​​points et de nom­breux témoi­gnages font état de har­cè­le­ments de ces per­sonnels de la part des soldats.

La situation sani­taire jusque là bonne en Palestine subit une impor­tante dégra­dation. Le taux de vac­ci­nation est en baisse, car il est dif­ficile d’approvisionner les ter­ri­toires en vaccins du fait des contrôles et des risques de rupture de la chaîne du froid comme l’affirme ce médecin de Beth­lehem : « Der­niè­rement, nous avons dû revac­ciner tous les enfants contre la rou­geole. L’an passé, une cam­pagne de vac­ci­nation avait déjà été orga­nisée par le Ministère de la Santé. Mais les caisses avaient été ouvertes de nom­breuses fois par les soldats aux check-​​points. Les vaccins contre la rou­geole sont très sen­sibles à la chaleur et au soleil. Aussi avons-​​nous dû réad­mi­nistrer tous les vaccins en juin et en juillet der­niers. Le Mur aura cer­tai­nement un impact direct sur la vac­ci­nation car la bar­rière pour le tra­verser ne sera ouverte qu’à cer­taines heures. Les consé­quences de la pau­vreté crois­sante, elle-​​même causée par le chômage, sont nom­breuses : mal­nu­trition, mal­for­mation des nour­risson, dif­fi­culté à payer les soins et les trai­te­ments pour les maladies chro­niques. En outre, la confis­cation de l’eau notamment par l’absence d’accès aux puits, entraîne l’utilisation d’une eau de moindre qualité, vecteur de maladies (aug­men­tation du risque d’hépatite A et des cas de dysenterie).

Le rapport de Médecins du Monde révèle également les nom­breuses consé­quences psy­cho­lo­giques du mur. Outre l’augmentation de l’anxiété et des troubles qui lui sont associés (maux de tête, dépression, insomnie…), le mur pro­voque une perte de repères chez les jeunes et les enfants qui n’ont plus foi en l’avenir et déve­loppent des com­por­te­ments agressifs. Les familles sont sou­mises à des ten­sions crois­santes au sein de leur structure tra­di­tion­nelle. Les cas de rupture de liens fami­liaux liés au tracé du mur sont nom­breux et pro­voquent souvent des troubles com­por­te­mentaux importants.

Le mur, quelle lutte ?

Depuis le début de sa construction, le mur a occa­sionné une vaste cam­pagne de mobi­li­sation aussi bien loca­lement qu’internationalement. Cam­pagnes d’information, mission de sur­veillance des vio­la­tions des droits de l’homme… De nom­breuses mani­fes­ta­tions sont orga­nisées pour ralentir la construction du mur. Mais malgré des démarches paci­fistes des vil­la­geois vic­times d’expropriation, sou­tenus par des paci­fistes israé­liens et des acti­vistes inter­na­tionaux, ces mani­fes­ta­tions font souvent les frais de la répression israé­lienne (gaz lacry­mo­gènes, tir à balles de caou­tchouc ou à balles réelles…) comme sur cette photo à Falamyia. Au-​​delà des mani­fes­ta­tions, des actions de reporting sont menées afin de rendre compte de l’impact du mur sur dif­fé­rents aspects de la vie des Pales­ti­niens (écono­miques, sociaux, juri­diques…). Elles sont menées à la fois par des ONG pales­ti­niennes, israé­liennes et euro­péennes et par des ins­ti­tu­tions internationales.

En ce qui concerne les pro­grammes de déve­lop­pement menés en Palestine, les acteurs de la lutte contre le mur ont édité un mani­feste qui vise à ce que ces actions de déve­lop­pement ne conduisent pas à la péren­ni­sation du mur. Ainsi ils demandent aux bailleurs de ne pas financer :

- les portes, les ter­minaux high-​​tech ou autres points de passage qui font partie du mur. La Cour Inter­na­tionale de Justice a déclaré illégal le mur et le régime qui y est associé, et les points de passage font partie inté­grante de cette construction - peu importe où ils peuvent être placés. De nom­breux dis­po­sitifs rendent le mur sup­por­table et ne sont pas d’un grand secours pour la popu­lation pales­ti­nienne. Au contraire, ils per­pé­tuent un système de check-​​points et de permis de cir­culer qui sont une grave vio­lation du droit inter­na­tional et de la liberté de mou­vement des Palestiniens.

- les routes nou­velles et alter­na­tives ainsi que les sys­tèmes de jonc­tions, qu’ils soient pour les colons israé­liens ou « pour » la cir­cu­lation des pales­ti­niens. Les routes pro­poses par Israël sont toute en relation direct avec le Mur ou les besoins des colonies israé­liennes ou de l’occupation. Ces routes qui col­la­borent aux mou­ve­ments des colons sont aussi illé­gales que les colonies elles-​​mêmes. Les routes et tunnels qui sont recon­nectés aux zones pales­ti­niennes prennent part projet de Mur et donc aident à main­tenir son existence.

- les sys­tèmes de trans­ports alter­natifs. Les pro­po­si­tions de réseau de train reliant les zones rési­den­tielles pales­ti­niennes de Cis­jor­danie et Gaza sont pla­ni­fiées en fonction des cir­cons­tances illé­gales actuelles et, aux vues des poli­tiques israé­liennes glo­bales, sont un autre dis­po­sitif avec lequel Israël va ren­forcer son contrôle sur la cir­cu­lation des pales­ti­niens en per­mettant le passage entre les zones rési­den­tielles sans donner accès aux terres environnantes.

- les zones indus­trielles avec des inves­tis­se­ments israéliens/​étrangers et/​ou sur des terres confis­quées Les zones indus­trielles en projet font partie inté­grante du régime d’apartheid du Mur. Leur situation sur des terres confis­quées vise à rendre irré­ver­sible la saisie des terres par les israé­liens. En outre, elles contri­buent sur le long terme à péren­niser la situation de cen­taines de mil­liers d’agriculteurs pales­ti­niens qui ont besoin de trouver un emploi. Les entre­prises appuyées par de larges inves­tis­se­ments inter­na­tionaux et israé­liens ne vont pas per­mettre un réel déve­lop­pement de l’économie pales­ti­nienne mais fournit plutôt une force de travail bon marché pour les économies étran­gères. Elles achèvent la des­truction des struc­tures socioé­co­no­miques pales­ti­niennes fondées sur les atouts de l’agriculture.

Au contraire ils demandent un soutien pour des projets de type :

- Déve­lop­pement de l’agriculture durable Ceci contribue à remédier à l’érosion du système foncier com­mu­nau­taire, les formes de marché local, le modèle durable de pro­duction agricole et les struc­tures sociales ayant été détruites par le Mur et d’autres formes de confis­cation de terres. Ces modèles ont été au coeur de la richesse pales­ti­nienne et de la culture pendant plu­sieurs mil­lé­naires. Les projets de déve­lop­pement de l’agriculture durable per­mettent un déve­lop­pement à long terme, une sou­ve­raineté écono­mique et ali­men­taire et sont par­ti­cu­liè­rement néces­saires pour les terres et les vil­lages isolés par le mur dans la vallée du Jourdain et à travers toute la Cisjordanie.

- Déve­lop­pement urbain pour les zones menacées Le soutien pour les com­mu­nautés pales­ti­niennes les plus menacées par la construction du mur et les mesures israé­liennes qui y sont liées, et qui sont soumis à une forte pression pour émigrer, est vital. Les projets de déve­lop­pement urbain pour les popu­la­tions de Jérusalem-​​Est, Qal­qiliya et Hébron sont par­ti­cu­liè­rement néces­saires. Cependant il est important de dis­tinguer les projets regret­tables qui se contentent d’ajuster sim­plement les infra­struc­tures urbaines à la réalité créée par le Mur, et les projets de déve­lop­pement urbain qui sou­tiennent la popu­lation pales­ti­nienne dans sa déter­mi­nation à résister dans leur maison et leur com­mu­nauté jusqu’à ce que le mur soit démantelé.

Le mur, en savoir plus

Pour retrouver et suivre ces infor­ma­tions, de nom­breux sites Internet sont à votre dis­po­sition, parmi tous ceux qui peuvent exister nous vous recom­mandons ceux qui sont les plus actifs, et les plus objectifs :

http://​www​.stop​thewall​.org qui organise la cam­pagne de lob­bying contre le mur, vous y retrou­verez l’actualité du mur, ainsi que de nom­breuses analyses

http://​www​.pla​te​forme​-palestine​.org qui est le site de la pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine, le portail prin­cipal de la cam­pagne contre le mur, sur lequel vous trou­verez des infor­ma­tions ainsi que le nom de toutes les orga­ni­sa­tions qui la composent.

http://​www​.france​-palestine​.org qui est le site de la prin­cipale ONG de soli­darité envers la Palestine, vous y retrou­verez beaucoup d’information sur la situation dans les ter­ri­toires occupés, ainsi que les actions menées en France.

http://​www​.bet​selem​.org il qui est le site israélien de l’association Bet­selem qui milite pour le respect des droits des pales­ti­niens et contre les vio­la­tions des droits de l’homme.

http://​www​.gush​-shalom​.org qui est un site israélien pour la paix entre Israël et la Palestine, il rend compte des actions du bloc de la paix israélien.

http://​www​.huma​ni​ta​ria​ninfo​.org/opt/ qui est le site du bureau des nations unies pour les affaires huma­ni­taires en Palestine.

Cette liste n’étant pas exhaustive, nous vous invitons à consulter les pages Palestine des sites des ONG inter­na­tio­nales ou des ins­ti­tu­tions onu­siennes. Nous vous invitons aussi à consulter notre site http://​www​.pal​-arc​.org qui rend compte des actions du PARC (Pales­tinian Agri­cul­tural Relief Com­mittees) à l’initiative de ce compte-​​rendu.

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