Barack Obama lie le plan de paix d’Israel à un accord sur les fron­tières de 1967

Uzi Mahnaimi et Sarah Baxter, jeudi 25 décembre 2008

Selon des sources proches du futur pré­sident des Etats-​​Unis, Barack Obama se prépare à pour­suivre un plan de paix ambi­tieux au Moyen Orient, incluant la recon­nais­sance d’Israël par la monde arabe en échange de son retrait sur les fron­tières d’avant 1967.

Obama a l’intention d’appuyer une ini­tiative de paix saou­dienne de 2002, approuvée par la Ligue Arabe et sou­tenue par Tzipi Livni, la ministre des affaires étran­gères et diri­geante du parti au pouvoir Kadima.

Cette pro­po­sition donne à Israël un droit de veto sur le retour des réfugiés arabes expulsés en 1948, tout en lui demandant de rendre les hau­teurs du Golan aux Syriens et de per­mettre aux Pales­ti­niens d’établir la capitale de leur état à Jéru­salem Est.

D’après un de ses conseillers, le futur pré­sident a dit en privé, lors d’une visite au Moyen-​​Orient en mai dernier, qu’Israël serait “fou” de refuser un accord qui pourrait “lui donner la paix avec le monde musulman”.

Le plan de paix arabe a été relancé la semaine der­nière lorsque le pré­sident Shimon Peres, lauréat du prix Nodel et “colombe” israé­lienne majeure, a fait l’éloge de cette ini­tiative lors d’une confé­rence orga­nisée par l’Arabie saoudite à New-​​York.

Peres a été bruyamment applaudi lorqu’il a dit au roi Abdallah d’Arabie saoudite, qui est der­rière ce plan, ‘Je sou­haite que votre voix deviennent la voix domi­nante de toute la région, de tous les peuples”.

Un groupe bipar­tisan de conseillers en poli­tique étrangère a pressé Obama de donner la priorité n°1 au plan de paix arabe immé­dia­tement après sa vic­toire élec­torale. Il com­prend Lee Hamilton, ancien co-​​président du Groupe d’étude sur l’Irak, et Zbi­gniew Brze­zinski, ancien conseiller démo­crate à la sécurité nationale. Brze­zinski doit faire un dis­cours demain à Chatham House, un goupe de réflexion en rela­tions inter­na­tio­nales, à Londres.

Brent Scow­croft, un ancien conseiller répu­blican à la sécurité nationale, s’est joint cet appel. Il a déclaré la semaine der­nière que le Moyen Orient est la région du monde la plus com­pliquée, et qu’un départ rapide du pro­cessus de paix pales­tinien était « une façon de changer psy­cho­lo­gi­quement les dis­po­si­tions d’esprit dans la région ».

Les conseillers d’Obama lui ont recom­mendé de ne pas perdre de temps et de mettre en place cette poli­tique dès les six pre­miers mois de son mandat, pendant les­quels il pourra béné­ficier d’un maximum de bienveillance.

Obama cherche aussi à sortir de l’impasse concernant la pour­suite par l’Iran de la recherche tech­no­lo­gique en nucléaire mili­taire. Une avancée pos­sible, sug­gérée le prin­temps dernier par Dennis Ross, conseiller d’Obama et ancien envoyé spécial au Moyen Orient, pourrait être de per­suader la Russie de par­ti­ciper à des sanc­tions écono­miques sévères contre l’Iran en contre­partie d’une modi­fi­cation du plan amé­ricain de bou­clier anti­missile en Europe de l’Est.

Le Pré­sident Dimitri Med­vedev a indiqué que la Russie pourrait annuler son pro­gramme de déploiement de mis­siles près de la fron­tière polo­naise si l’Amérique aban­donnait son plan de mis­siles défensifs en Pologne et en Répu­blique tchéque.

Dans un article intitulé Comment parler à l’Iran, Ross a déve­loppé l’idée que “si la menace ira­nienne dis­parait, il en va de même de la raison prin­cipale de déployer les forces [anti­mis­siles]. [Val­dimir] Poutine [le premier ministre russe] en a fait un tel enjeu sym­bo­lique qu’il pourrait pré­senter ce com­promis comme une grande victoire.”

Ross et un ancien ambas­sadeur amé­ricain en Israël, Daniel Kurtzer, accom­pa­gnait Obama en Israël en juillet dernier. Ils sont aussi allés à Ramallah, où Obama a ques­tionné le diri­geant pales­tinien Mahmoud Abbas sur les pers­pec­tives du plan arabe.

D’après une source de Washington, Obama a dit à Abbas : ” Les Israé­liens seraient fous de ne poas accepter cette ini­tiative. Elle leur don­nerait la paix avec le monde musulman depuis l’Indonésie jusqu’au Maroc.”

Kurtzer a soumis un texte à Obama à ce sujet avant les élec­tions de ce mois-​​ci. Il y sou­tenait que la recherche d’accords bila­téraux indi­vi­duels entre Israël et les pays du Moyen-​​Orient était une bonne recette pour un échec comme l’avaient montré les résultats de Bill Clinton et de George W. Bush. Au contraire, le plan arabe, beaucoup plus large, “était très séduisant”. Selon un expert démo­crate en vue du Moyen Orient “Il n’y a pas pas encore beaucoup de viande sur l’os, mais cela offre la recon­nais­sance d’Israël partout dans le monde arabe.”

Livni, le leader de Kadima, qui sou­tient ce plan, fait la course en tête pour les élec­tions israé­liennes de février pro­chain. Son rival, Bejamin Neta­nyaou, le leader du Likoud, est caté­go­ri­quement opposé au retrait sur des fron­tières anté­rieures à la guerre des six jours de 1967.

Ehud Olmert, le premier ministre, a apporté la semaine der­nière son soutien au retrait d’Israël du Golan et de Jéru­salem Est.