Bande de Gaza-​​Israël : trêve

T. Hocine, jeudi 19 juin 2008

De nom­breuses trêves avaient été conclues par le passé, et elles ont toutes permis à Israël de béné­ficier d’un répit, sans rien donner en échange.

Les Pales­ti­niens attendent depuis long­temps la conclusion avec Israël d’un accord de paix. Les Amé­ri­cains l’espéraient pour la fin de cette année. Mais c’est tout juste une trêve qui vient d’être conclue. Ce qui veut dire que l’on est loin du compte. Il est vrai que cela confère au mou­vement Hamas le statut de partie au conflit, et puisqu’on y est, la recon­nais­sance par Israël de l’état de guerre, avec toutes les limites poli­tiques que cela implique pour les Israé­liens et leurs alliés qui y voient une fin en soi.

Mais les impli­ca­tions sont plus nom­breuses avec la res­triction géo­gra­phique à la seule bande de Ghaza, excluant de fait le reste des ter­ri­toires pales­ti­niens, et encore plus de la direction pales­ti­nienne incarnée par l’Autorité palestinienne.

A partir de là, les inter­ro­ga­tions sont mul­tiples. Pourquoi une trêve et non pas un cessez-​​le-​​feu ? Les guerres ont enseigné avec suf­fi­samment de per­ti­nence les limites de ce concept qu’utilisent les bel­li­gé­rants pour refaire le plein, sans la moindre garantie pour la suite. En d’autres termes, ce n’est pas la paix, même si cela est sus­cep­tible d’y mener mais dans une infime mesure.

Il a été dit que c’est un échange, soit l’arrêt des tirs de roquettes contre au moins un assou­plis­sement du blocus imposé par Israël à la bande de Ghaza. Combien de temps durera cette nou­velle trêve, bien qu’une période théo­rique de six mois a été convenue par les signataires ?

Et après, dira-​​t-​​on ? Là aussi, les ques­tions sont encore nom­breuses, et elles sont toutes liées à ces notions à l’état de guerre, et les moyens d’aller vers la paix, en sup­posant que les diri­geants israé­liens veulent bien y aller. De nom­breuses trêves avaient été conclues par le passé, et elles ont toutes permis à Israël de béné­ficier d’un répit, sans rien donner en échange.

Celle qui a été conclue mer­credi n’échappe en aucun cas à cette règle. Sauf que comme les pré­cé­dentes, Israël entend appa­raître comme le maître du jeu en dési­gnant lui-​​même ses inter­lo­cu­teurs pales­ti­niens, comme il vient de le faire avec le Hamas qu’il dia­bo­lisait il n’y a pas long­temps, déclarant même la bande de Ghaza « entité hostile », alors qu’il occupe ce territoire.

En agissant de la sorte, n’est-ce pas aussi une intrusion israé­lienne dans l’esquisse de débat inter­pa­les­tinien qui doit réunir inces­samment le Hamas et le Fatah, avec ce que les spé­cia­listes de la guerre appellent la tech­nique du balancier, et qui consiste jus­tement à affaiblir ce dernier ?

Le Fatah en sait quelque chose, lui qui avait subi d’incroyables pres­sions pour soi-​​disant démo­cra­tiser les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes. Une approche insensée puisque si la direction pales­ti­nienne perdait sa cré­di­bilité comme il se disait, c’est à cause du blocage par Israël du pro­cessus de paix. On y est encore et tou­jours, comme les Pales­ti­niens l’ont fait savoir en donnant leur voix au Hamas lors des élec­tions légis­la­tives de janvier 2006. Le jeu est alors brouillé, mais pas pour les Pales­ti­niens qui savent faire preuve de dis­cer­nement, et cher­chant à pré­server l’essentiel. Leur unité souvent mise à mal fait tou­jours peur à Israël. Voilà un fait avéré. Pour ce qui est de la trêve autant ne pas se faire d’illusions [1].

[1] voir aussi l’Orient le Jour, 19 juin :

La trêve entre Israël et le Hamas débute ce matin sur fond de scepticisme

Après le Hamas, mardi, Israël s’est engagé hier à observer la trêve avec le mou­vement isla­miste pales­tinien. Négociée par l’entremise de l’Égypte, cette trêve devait entrer en vigueur ce matin, à 06h00 heure locale. « Israël a accepté les pro­po­si­tions égyp­tiennes, et notre espoir sincère est qu’à partir de jeudi, la popu­lation du sud d’Israël ne sera plus victime des tirs constants de roquettes et d’obus de mortier des ter­ro­ristes de la bande de Gaza », a dit à l’AFP Mark Regev, porte-​​​​parole du Premier ministre, Ehud Olmert. « Si la vio­lence cesse effec­ti­vement jeudi comme prévu, Israël allègera son blocus la semaine pro­chaine », a-​​​​t-​​​​il ajouté. À Gaza, le porte-​​​​parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a affirmé dans un com­mu­niqué que « l’acceptation de la trêve par Israël signifi(ait) que les deux parties sont désormais tenues par un accord contrai­gnant ». « La balle est à présent dans le camp d’Israël qui doit appliquer cet accord sur le terrain », a-​​​​t-​​​​il ajouté.

Outre l’arrêt des tirs pales­ti­niens vers Israël et les attaques israé­liennes, l’accord de trêve prévoit un allè­gement pro­gressif du blocus imposé par l’État hébreu au ter­ri­toire exigu de 362 km2 où s’entassent 1,5 million de Pales­ti­niens. Selon les médias israé­liens, le calen­drier prévoit la réou­verture pro­gressive à compter de jeudi 05h00 GMT des ter­minaux rou­tiers reliant Israël et la bande de Gaza, fermés qua­siment en per­ma­nence depuis la prise de pouvoir par le Hamas il y a un an. Des négo­cia­tions par l’intermédiaire de l’Égypte doivent en outre com­mencer dimanche sur le sort du soldat israélien Gilad Shalit, capturé en juin 2006 par des groupes armés pales­ti­niens et détenu depuis dans la bande de Gaza. Le 26 juin, des repré­sen­tants de l’Égypte, de l’Union euro­péenne, du Hamas et de l’Autorité pales­ti­nienne doivent par ailleurs entamer des pour­parlers sur la réou­verture du grand ter­minal de Rafah, entre Gaza et l’Égypte, tou­jours selon les médias israéliens.

Quelques heures avant le début de la trêve, l’ambiance était tou­tefois à la pru­dence, voire au scep­ti­cisme. Quelques heures avant la ces­sation des hos­ti­lités, la vio­lence était en effet tou­jours de mise. Le sud d’Israël a été visé hier par 38 engins explosifs tirés de Gaza, alors que l’armée israé­lienne a effectué deux raids aériens. De source médicale et selon des témoins, une femme a été blessée par un tir de roquettes à Sderot, et deux hommes armés pales­ti­niens ont été blessés dans deux raids israé­liens sur le nord du territoire.

Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert a, en outre, averti que la trêve serait fragile et pourrait être brève, sou­li­gnant que l’armée israé­lienne agirait en cas d’échec. « Le Hamas n’a pas changé de peau, a estimé M. Olmert au cours d’une confé­rence à Bet Yehoshua, au nord de Tel-​​​​Aviv. Si le ter­ro­risme continue, Israël devra tra­vailler pour éliminer la menace. » Plus direct encore, Haïm Ramon, numéro deux du cabinet Olmert, a estimé que ce cessez-​​​​le-​​​​feu est un constat d’échec : « Au Proche-​​​​Orient, il y a une lutte entre les pays modérés et l’islam radical, et quand ce dernier l’emporte, nous (Israël) essuyons une défaite. » À Sderot, prin­cipale ville d’Israël cible des tirs de Gaza, on ne croit pas non plus à la trêve. « La bande de Gaza, c’est comme une bombe qui va nous exploser au visage », estime Dina Cohen, 21 ans, étudiante.

Côté pales­tinien, le pré­sident Mahmoud Abbas a appelé « tous les mou­ve­ments dans la bande de Gaza à adhérer à la trêve », alors que le Jihad isla­mique, qui reven­dique régu­liè­rement des tirs, a annoncé qu’il n’y ferait « pas obstacle ».

Sur la scène inter­na­tionale, Washington a salué pru­demment la trêve, espérant qu’elle signi­fiait la fin des tirs de roquettes sur Israël, et exhorté le Hamas à renoncer au « ter­ro­risme ». La France a également salué l’accord, estimant qu’il tra­duisait un « nouvel esprit » dans la région. http://​www​.lorient​lejour​.com/​p​a​g​e​.​a​s​p​x​?​p​a​g​e​=​a​r​t​i​c​l​e​&​a​m​p​ ;​i​d​=​374788