Bande de Gaza - Impact de l’embargo inter­na­tional et des attaques de l’armée israé­lienne sur l’état de santé de la population

Médecins du Monde, vendredi 17 novembre 2006

Depuis février 2006, les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés souffrent des effets de l’embargo écono­mique inter­na­tional décrété par les prin­cipaux bailleurs occi­dentaux après la vic­toire du Hamas aux élec­tions par­le­men­taires du 25 janvier 2006.

La sus­pension des aides engendre des dif­fi­cultés sup­plé­men­taires pour la popu­lation civile pales­ti­nienne, dont les condi­tions de vie se dégradent conti­nuel­lement et de plus en plus sévè­rement depuis 2000. Dans ce contexte, l’opération « Pluie d’été », lancée par l’armée israé­lienne le 28 juin 2006 en réaction à l’enlèvement d’un soldat par des mili­tants pales­ti­niens, constitue un facteur d’aggravation sup­plé­men­taire qui risque de pré­ci­piter la désta­bi­li­sation de la zone et d’enfoncer les Ter­ri­toires pales­ti­niens dans une crise huma­ni­taire majeure.

70% de la popu­lation pales­ti­nienne vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté2, le taux de chômage enre­gistré dans la Bande de Gaza s’élève à 40%3 et les condi­tions d’accès à l’alimentation et à l’eau potable sont plus dif­fi­ciles qu’avant 2000. Par ailleurs, la des­truction des infra­struc­tures et des prin­cipaux axes de transport au cours de l’opération « Pluie d’été », lancée le 28 juin, entrave consi­dé­ra­blement la dis­tri­bution en élec­tricité, eau potable et car­burant et limite les dépla­ce­ments dans la Bande de Gaza. Ainsi, au-​​delà des consé­quences immé­diates sur la santé phy­sique et mentale de la popu­lation, la der­nière incursion israé­lienne dans la Bande de Gaza pourrait-​​elle avoir des effets sur le long terme et fra­gi­liser encore davantage une situation déjà instable.

Asso­ciation médicale de soli­darité inter­na­tionale, Médecins du Monde-​​France (MdM) se mobilise depuis 1980 pour amé­liorer les condi­tions de vie des popu­la­tions civiles dans le monde notamment en matière d’accès à l’hygiène, aux médi­ca­ments et aux soins.

Dans le présent rapport, à travers une analyse de l’état de santé des patients venant consulter les struc­tures médi­cales de la Bande de Gaza, MdM cherche à évaluer les condi­tions d’accès aux soins de la popu­lation gazaouie ainsi que les dif­fi­cultés aux­quelles sont confrontées les équipes soi­gnantes depuis le début de l’année 2006.

L’analyse repose sur des données direc­tement col­lectées sur le terrain lors de deux séries d’enquête pilotées par MdM-​​France et conduites par l’équipe locale basée à Gaza. Ces enquêtes ont été suc­ces­si­vement réa­lisées avant et pendant l’opération « Pluie d’été », soit du 27 au 29 juin 2006 pour la pre­mière et du 3 au 8 juillet 20064 pour la seconde. Elles ont porté sur une popu­lation totale de 1487 per­sonnes venues en consul­tation dans quinze struc­tures de santé repré­sen­ta­tives de l’ensemble des struc­tures sani­taires gazaouies et réparties dans toute la Bande de Gaza (nord, centre et sud). Les enquêtes ont été divisées en trois parties : les condi­tions de vie (acti­vités, condi­tions d’habitat, accès à l’alimentation et à l’eau), les condi­tions d’accès aux soins (acces­si­bilité aux struc­tures de soins et aux médi­ca­ments pour les patients, acces­si­bilité à leur lieu de travail pour les soi­gnants), et la santé mentale. Les résultats les plus révé­la­teurs de la situation globale avant l’opération « Pluie d’été », puis de la dégra­dation de cette situation, concernent : L’accès aux struc­tures de soin : début juin, 23% des consul­tants met­taient plus d’une semaine pour se rendre à leur consul­tation. Depuis le début du mois de juillet, le délai moyen pour se rendre aux struc­tures de santé a été mul­tiplié par 4.

L’état général de santé : en mai 2006, les nais­sances pré­ma­turées en milieu hos­pi­talier ont aug­menté de 60%. 52,6% des patients ayant consulté souf­fraient de patho­logies chro­niques ; 93% d’entre eux pre­naient un trai­tement. Les troubles psy­cho­lo­giques étaient en hausse continue, en par­ti­culier chez les enfants. Depuis juin 2006, 84,7% des per­sonnes audi­tionnées ont été confrontées à un événement trau­ma­tisant dans les jours pré­cédant la consultation.

L’emploi : 35% des per­sonnes inter­rogées ont déclaré être sans emploi ou sans revenu fixe. Parmi les per­sonnes ayant une activité pro­fes­sion­nelle, 30% tra­vaillent dans le secteur informel.

RAPPORT COMPLETTELECHARGER. Voir : http://​www​.mede​cins​du​monde​.org/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​r​a​p​p​o​r​t​s​/​r​a​p​p​o​r​tgaza