Avis de néocolonialisme sur la Méditerranée

Cédric Bottero, lundi 14 juillet 2008

La création d’une zone de libre-​​échange allant du Maroc à la Turquie ne peut passer que par la « sta­bi­li­sation » de cette région…Cela se traduit concrè­tement par un ali­gnement sur les États-​​Unis. Ainsi, la priorité est donnée à la sécurité d’Israël, pays frère, pays capi­ta­liste avancé et dominant, « démo­cra­tique », en lutte contre le « terrorisme ».

Le 13 juillet, s’ouvre à Paris le sommet consti­tutif de l’Union pour la Médi­ter­ranée. Cette réunion des 27 États membres de l’Union euro­péenne (UE), plus la Com­mission euro­péenne, avec les dix pays par­te­naires médi­ter­ra­néens, est un événement poli­tique majeur. Il est pré­senté par Sarkozy comme étant l’un des axes cen­traux de sa poli­tique étrangère, à l’heure même où la France prend la pré­si­dence de l’Union européenne.

L’Union pour la Médi­ter­ranée se place dans la conti­nuité directe du pro­cessus de Bar­celone, initié en 1995, avec comme objectif prin­cipal la réac­ti­vation du par­te­nariat euro­mé­di­ter­ranéen. Pour cela, la création d’une zone de libre-​​échange allant de la Turquie au Maroc, en passant par Israël, doit aider à définir la zone de libre-​​échange euro-​​méditerranéenne.

Faire pro­gres­si­vement converger les deux rives de la Médi­ter­ranée autour d’institutions homo­gènes garan­tissant l’économie de marché, la libre cir­cu­lation des capitaux et « la concur­rence libre et non faussée » devient donc le plan struc­turant de ce projet néo­co­lo­nia­liste, de contrôle des pays du Sud et d’augmentation des débouchés écono­miques pour les mul­ti­na­tio­nales européennes.

Au-​​delà d’un projet poli­tique porté par les gou­ver­ne­ments occi­dentaux, c’est un véri­table cadeau qui est fait aux patrons, du Nord comme du Sud. Ces der­niers ne se privent donc pas de donner leur avis sur ce nouveau pas en avant de la mon­dia­li­sation capi­ta­liste. En témoignent les Med Business Days, qui se sont tenus les 3 et 4 juillet à Mar­seille, pro­vo­quant le déploiement d’une impres­sion­nante armada poli­cière en plein cœur du centre-​​ville. Plu­sieurs cen­taines de patrons du pourtour médi­ter­ranéen, ainsi que de nom­breux ministres, se sont retrouvés autour de la pré­si­dente du Medef, Lau­rence Parisot, Ernest-​​Antoine Seillière, le com­mis­saire européen au Com­merce, Peter Man­delson, etc. Ils enten­daient des­siner ensemble le tracé futur de l’Union pour la Médi­ter­ranée. À en croire Lau­rence Parisot, « l’entreprise est le moteur de la Méditerranée ».

Pour les puis­sances du nord de la Médi­ter­ranée, il s’agit d’accéder librement aux marchés du Sud au prix d’un nouveau déman­tè­lement de ces économies. Pri­va­ti­sa­tions, délo­ca­li­sa­tions, pillage des richesses, etc., sont les ingré­dients bien connus de cette recette patronale. Pour les dic­ta­teurs du sud de la Médi­ter­ranée, il s’agit de garantir l’impunité de leurs régimes, gan­grenés par la cor­ruption, et l’écrasement de toute oppo­sition poli­tique ou sociale. Le déve­lop­pement de cette poli­tique écono­mique va entraîner plus de misère, et les luttes actuelles qui se déve­loppent dans les pays concernés ne peuvent que se pour­suivre et se durcir. Le maintien de régimes dic­ta­to­riaux est donc par­fai­tement intégré à la pensée des diri­geants occi­dentaux (il suffit de sou­ligner l’invitation faite par Sarkozy au dic­tateur Ben Ali pour le défilé du 14 Juillet).

Mais l’Union pour la Médi­ter­ranée, c’est aussi et bien sûr le dur­cis­sement des poli­tiques anti-​​immigrés, à l’heure où « la directive de la honte » a été votée et où Sarkozy et Hor­tefeux ont choisi d’en faire une de leurs prio­rités, durant la pré­si­dence fran­çaise de l’Union euro­péenne. La libre cir­cu­lation, c’est bon pour les capitaux et les patrons, pas pour les popu­la­tions, notamment les plus pauvres !

La création d’une zone de libre-​​échange allant du Maroc à la Turquie ne peut passer que par la « sta­bi­li­sation » de cette région. De là, on peut com­prendre aisément les choix de Sarkozy en matière de poli­tique étrangère, marquée par une réaf­fir­mation sans pré­cédent de l’appartenance à l’Occident, reprenant le dis­cours idéo­lo­gique de lutte anti­ter­ro­riste, de lutte des civi­li­sa­tions. Cela se traduit concrè­tement par un ali­gnement sur les États-​​Unis. Ainsi, la priorité est donnée à la sécurité d’Israël, pays frère, pays capi­ta­liste avancé et dominant, « démo­cra­tique », en lutte contre le « ter­ro­risme ». L’impérialisme israélien est donc une pierre cen­trale de l’édifice de la domi­nation occi­dentale au Moyen-​​Orient. Dans la même logique, les menaces inces­santes contre l’Iran laissent pré­sager un avenir sombre pour les peuples du sud de la Médi­ter­ranée, dans lequel la France va prendre toute sa place de puis­sance impé­ria­liste. La réin­té­gration de la France au sein du haut-​​commandement de l’Otan et la réforme des armées ne font que valider cette thèse.

Face à cette construction d’une Médi­ter­ranée du business et de la guerre, nous opposons une Médi­ter­ranée des peuples et de la soli­darité. De la même manière, nous voulons une Europe des peuples et de la soli­darité. Le « non » irlandais au traité de Lis­bonne, après celui des peuples français et néer­landais, en 2005, les luttes gran­dis­santes au Maroc et en Tunisie nous montrent la voie. Des deux côtés de la Médi­ter­ranée, la résis­tance est bien là.

Nous devons déve­lopper les liens avec l’ensemble des sec­teurs en résis­tance, groupes poli­tiques anti­ca­pi­ta­listes et anti­li­béraux des deux rives, comme axe central de la construction du nouveau parti anti­ca­pi­ta­liste. Un parti inter­na­tio­na­liste de plu­sieurs dizaines de mil­liers de mili­tants (notre objectif est bien là !) ne pourra être qu’un point d’appui aux luttes dans d’autres pays. Notre combat ne connaît pas de fron­tière géographique. ■