Avec Jimmy Carter

Salama A. Salama, jeudi 24 avril 2008

Pro­ba­blement, aucune visite effectuée par une per­son­nalité étrangère au Moyen-​​Orient n’a pro­voqué autant de remous et de colère dans les cercles israé­liens et amé­ri­cains. La question qui brûle tout le monde, y compris cer­taines parties arabes, est : pourquoi l’ex-président amé­ricain Jimmy Carter vient-​​il dans la région ?

Ce pré­sident à la retraite qui ne détient ni pouvoir ni influence sur le cours des événe­ments ou sur les efforts pour la paix ? Quels sont les résultats qu’il réa­lisera à travers ses contacts avec le Hamas et ses lea­der­ships si ce n’est sus­citer la colère d’Israël et l’exaspération de l’Administration amé­ri­caine ? D’autant plus que cette der­nière désire qu’aucune partie, même si c’est l’ex-président amé­ricain, ne s’exprime sur la réalité de la situation dans la région.

Il est vrai que Carter ne préside aucun courant et ne détient aucun pouvoir de prise de décision ou d’activation des lobbys d’influence. Cependant, l’homme qui a consacré sa vie et son activité depuis qu’il a quitté le siège du pouvoir au soutien de la paix, de la démo­cratie et de la défense des droits de l’homme a acquis une répu­tation inter­na­tionale de per­son­nalité carac­té­risée par la sagesse et l’intégrité. Il a contribué par cette répu­tation à inter­venir pour trouver un com­promis dans les litiges ou pour sur­veiller un nombre d’élections dans des pays récemment convertis à la démo­cratie. Et ceci, il l’a fait avec impar­tialité et justice qui sont devenues monnaie rare dans les rela­tions internationales.

Carter est arrivé dans la région en pro­ve­nance du Népal qui était le théâtre d’élections déci­sives des­tinées à trans­former le régime royal en un régime consti­tu­tionnel par­le­men­taire. Son équipe d’observateurs inter­na­tionaux et lui ont pris en charge de suivre de près les élec­tions pour garantir leur intégrité.

Lorsque Carter fait part de ses impres­sions, il déclare sans ambages que les Etats-​​Unis ont perdu leur lea­dership moral depuis qu’ils ont renoncé à cer­tains prin­cipes des droits de l’homme. Et ce, depuis que l’Administration de Bush s’est auto­risée à recourir aux méthodes de torture et d’emprisonnement sans procès, les consi­dérant comme des pra­tiques accep­tables dans la guerre contre le ter­ro­risme. Dans son livre qu’il a publié sur l’islam dans le Moyen-​​Orient, il a parlé du racisme en Israël comme étant les pires vio­la­tions des droits de l’homme. Plus par­ti­cu­liè­rement les tor­tures, l’embargo, l’humiliation et le trai­tement inhumain qu’endurent les Pales­ti­niens sous le joug de la colo­ni­sation israélienne.

De ce dont il est témoin et de ce qu’il entend, Carter déduit que l’état des droits de l’homme dans le monde arabe est loin d’être satis­faisant. Pour lui, l’intérêt porté aux droits de l’homme doit avoir la priorité sur l’application de la démo­cratie. D’ailleurs, c’est ce qui a eu lieu en Amé­rique Latine, dont la plupart des pays vivaient à l’ombre de dic­ta­tures et qui se sont trans­formés, grâce au progrès en matière de droits de l’homme, en démocratie.

Carter appuie-​​t-​​il l’un des deux can­didats démo­crates aux pré­si­den­tielles amé­ri­caines : Hillary ou Obama ? Carter préfère ne pas s’exprimer sur le sujet, d’autant plus qu’il est l’un des super-​​délégués du Parti démo­crate. Mais il rap­porte que la presse avait compris qu’il appuyait Obama lorsqu’il a dit dans une émission télé­visée que ses fils et ses petits-​​fils pré­fé­raient Obama.

De tous les leaders du monde qui se sont éloignés du pouvoir sans pour autant aban­donner leur travail au service de l’humanité et la défense des droits des pauvres et des plus démunis, Carter est l’un des rares ayant mérité avec autant de noblesse le prix Nobel pour la paix.