Autobiographie d’un marcheur empêché

Gilles Paris, vendredi 2 juillet 2010

Raja She­hadeh est un juriste pales­tinien de Ramallah…,marcheur de plus en plus contraint qui voit au fil des années se modifier un paysage long­temps immobile, où Gaza relève d’un autre monde .

Raja She­hadeh est un juriste pales­tinien de Ramallah. Fon­dateur d’une ONG de défense des droits de l’homme avant la signature des accords d’Oslo, il a pro­gres­si­vement pris ses dis­tances avec le mili­tan­tisme au fur à mesure que s’enlisait le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien.

Toute sa vie, il est parti en “sarha”, mar­chant dans les col­lines pales­ti­niennes “sans but, sans res­triction de temps ni de lieu”, allant “où son esprit le guide pour nourrir son âme et se res­sourcer”. Ce sont les récits de ces pro­me­nades qui sont publiées aujourd’hui par les éditions Galaade sous un titre qui sonne comme une oraison funèbre : Naguère en Palestine.

Des dizaines de rap­ports, plus ou moins bien faits, plus ou moins équi­librés, ont décrit la réduction continue de l’espace accordé aux Pales­ti­niens en Cis­jor­danie, aucun ne l’a montré avec l’acuité et la force d’un mar­cheur de plus en plus contraint qui voit au fil des années se modifier un paysage long­temps immobile, où Gaza relève d’un autre monde .

Nous avions déjà évoqué ici il y a tout juste un an, dans un ouvrage étonnant , l’une de ses pro­me­nades et une conver­sation for­tuite avec un jeune colon au bord d’une rivière dans des effluves de hachisch. Le livre de Raja She­hadeh s’achève par un autre épisode, celui des “bergers masqués”, la ren­contre dans une vallée long­temps arpentée par l’auteur avec de jeunes Pales­ti­niens chargés, selon leurs dires, de sur­veiller le secteur, une terre devenue dis­putée. Une ren­contre éprou­vante car les deux jeunes se montrent par­ti­cu­liè­rement mena­çants, doutant de l’identité du promeneur.

“Debout sur les ruines de l’un de mes endroits pré­férés, près de là où je suis né et où j’ai tou­jours vécu, écrit Raja Shehade, je sentis que les col­lines ne m’appartenaient plus. Je ne suis plus libre de venir m’y pro­mener. Elles sont devenues dan­ge­reuses et je ne m’y sens plus en sécurité. Cette expé­rience marqua la fin d’une longue époque”.

A plus d’un titre, Naguère en Palestine constitue un précis unique en son genre du conflit israélo-​​palestinien.