Au président du Crif

M-​​G Buffet, jeudi 29 octobre 2009

Réponse à la lettre du Pré­sident du CRIF à Marie-​​George Buffet, Secré­taire nationale du PCF, concernant la cam­pagne de sanc­tions contre Israël.

Monsieur Richard Prasquier

Président

Espace Rachi

39, rue Broca

75005 Paris

Paris, le 24 octobre 2009

Monsieur le Président,

J’ai bien reçu votre lettre du 8 octobre. Je vous en remercie.

Je dois vous répondre avec la plus grande fran­chise. Cette lettre m’a déçue. Je pensais le CRIF et son Pré­sident plus enclins à accepter la réalité dra­ma­tique des évolu­tions au Proche-​​Orient. Je constate au contraire un regard uni­la­téral qui suscite beaucoup d’incompréhension.

Vous fondez une argu­men­tation contre l’appel à des sanc­tions visant Israël sur une illé­galité de celles-​​ci. Vous savez cependant que ce qui a pro­voqué en France, en Europe et dans le monde un courant favo­rable à des sanc­tions est pré­ci­sément la pour­suite sans relâche, depuis des dizaines d’années, d’un pro­cessus d’occupation et de colo­ni­sation tota­lement illégal et illé­gitime, en contra­diction avec les réso­lu­tions des Nations Unies et le droit inter­na­tional. Cette poli­tique de force a atteint le seuil de l’intolérable avec les bom­bar­de­ments sur Gaza.

Je me permets de vous rap­peler aussi que le Par­lement européen a adopté lui-​​même, en avril 2002, une réso­lution inté­grant déjà la nécessité de sanc­tions comme réponse à une poli­tique israé­lienne contraire au respect des droits humains (cette réso­lution fut votée après l’intervention brutale de l’armée israé­lienne à Jénine).

Je saisis cette occasion pour sou­ligner que cette cam­pagne dite « BDS », pour boycott, dés­in­ves­tis­sement, sanc­tions, est uni­quement tournée contre l’occupation et la colo­ni­sation. Je vous indique aussi que l’Union euro­péenne, à plu­sieurs reprises, a fer­mement rappelé aux auto­rités israé­liennes -mais en vain-​​ la nécessité d’assurer la tra­ça­bilité des pro­duits exportés afin que la dis­tinction puisse être faite entre expor­tation illégale par Israël de pro­duits des colonies, et un com­merce inter­na­tional régulier.

J’ai le regret de constater que les auto­rités israé­liennes, aujourd’hui comme hier, ne res­pectent en rien la légalité inter­na­tionale. Ce faisant, l’Etat d’Israël s’est exposé à une mise à l’index inévi­table et des condam­na­tions aux­quelles il n’apporte aucune réponse cré­dible. C’est, en effet, la per­sis­tance dans le refus d’accepter les condi­tions d’une paix juste et durable -selon l’expression des Nations Unies-​​ qui a conduit à la cam­pagne de sanc­tions qui commence.

Je crois sin­cè­rement que le CRIF devrait consi­dérer cette situation gra­vissime avec plus de cir­cons­pection. C’est aussi de l’avenir de la sécurité au Proche-​​Orient et au-​​delà dont il est question. Je crois aussi qu’il y a une res­pon­sa­bilité fran­çaise, à par­tager par tous, dans l’action pour le droit, le dia­logue et la paix.

C’est ce qui motive notre action per­ma­nente : faire que la France, dans sa diversité, avec son autorité, agisse comme un acteur positif en faveur d’un règlement poli­tique qui puisse garantir l’édification d’un Etat pales­tinien indé­pendant à côté de l’Etat d’Israël. C’est évidemment la condition sine qua non d’une paix véritable.

Je vous prie d’agréer, Mon­sieur le Pré­sident, l’expression de mes salu­ta­tions distinguées.

Marie-​​George Buffet