Au nom de la Palestine

Constance Desloire, mardi 27 juillet 2010

Les éditions Elyzad, à Tunis, publient deux ouvrages qui témoignent de la soli­darité des auteurs du Maghreb à l’égard des Pales­ti­niens. Un phé­nomène qui prend de l’ampleur.

Il aura fallu cinq ans à Djilali Ben­cheikh pour reprendre son manuscrit là où il l’avait laissé. Cinq années avant de pouvoir écrire la mort de Soustara, tué à Paris en raison de son acti­visme auprès de la résis­tance pales­ti­nienne. Un per­sonnage inspiré de la vie de l’Algérien Mohamed Boudia, qui a com­battu pour l’indépendance de son pays puis pour celle de la Palestine en diri­geant l’organisation Sep­tembre noir en Europe. Comme d’autres roman­ciers magh­rébins, l’auteur et jour­na­liste algérien Djilali Ben­cheikh écrit sur la Palestine par devoir, par nécessité, par fidélité.

Bey­routh Canicule accom­pagne Kamel, un étudiant algérien militant en France en faveur des Pales­ti­niens. Filées comme un polar, les péri­péties de son voyage au Liban sont écrites avec humour. « Une maladie algé­rienne, com­mente Ben­cheikh. Même dans les grands événe­ments, on reste humain. »

Cause universelle

« J’ai un pen­chant obses­sionnel pour la justice. C’est peut-​​être la guerre d’Algérie », explique Kamel. Tahar Bekri, poète et pro­fesseur tunisien, lui fait écho. « La Palestine, confie-​​t-​​il, est une cause uni­ver­selle  ; l’écrivain n’est pas sélectif quand il perçoit la douleur. » Dans ses carnets Salam Gaza, il donne à lire les mes­sages reçus d’artistes du monde entier  : juifs new-​​yorkais, grecs, sud-​​américains… « L’écrivain a le devoir d’apporter sa part d’humanité et sa plume pour défier l’oubli », estime-​​t-​​il. Dans la seconde partie de son ouvrage, il relate jus­tement son voyage effectué en Cis­jor­danie en 2009 pour lire des poèmes à un public pales­tinien. « En dépit du plomb durci /​ À la barbe des san­gui­naires /​ Ces flocons de neige /​ Pour apaiser la terre », dit son poème intro­ductif, Salam sur Gaza.

Depuis les années 1980, des ponts ont été jetés entre les auteurs magh­rébins et pales­ti­niens. On traduit et on réalise de plus en plus d’anthologies de la lit­té­rature pales­ti­nienne. Tahar Bekri a ouvert ses pages aux poètes Mahmoud Darwich ou Ghassan Zaqtan. « La Palestine porte sa propre création artis­tique. Son identité, c’est sa culture, et pas seulement sa terre », estime Bekri.

À Tunis, les éditions Elyzad ont reçu un grand nombre de manus­crits tou­chant à la Palestine. Mais à Paris, où il vit, Tahar Bekri sent depuis quelques années « une orien­tation de la poli­tique cultu­relle fran­çaise moins favo­rable à ce sujet. Pourtant, je me suis fait vio­lence pour ne pas tomber dans la facilité ». Djilali Ben­cheikh, de son côté, avoue avoir commis des excès de didac­tisme dans Bey­routh Canicule  : écrire noir sur blanc quelles sont les valeurs du combat pour la Palestine afin d’anticiper toute cri­tique. « Je n’ai pas essayé, mais j’ai l’intuition que j’aurais eu du mal à être publié en France », regrette-​​t-​​il.