Au lendemain des elections

Delphine Thizy, PARC, mardi 14 février 2006

Cette réunion a été orga­nisée par PARC - dépar­tement des rela­tions exté­rieures et dépar­tement de lob­bying et advocacy. Nous croyons qu’il était important pour le secteur non gou­ver­ne­mental pales­tinien de ren­contrer la com­mu­nauté inter­na­tionale - repré­sentée à la fois par les repré­sen­ta­tions diplo­ma­tiques et les ONG inter­na­tio­nales - pour dis­cuter ensemble dans cette période de tran­sition et de doutes.

Par­ti­ci­pants : ambassade d’Argentine, ambassade de Turquie, Consulat Général de Suède, Consulat Général de Turquie, Repre­sen­tation alle­mande auprès de l’Autorité Pales­ti­nienne, Repre­sen­tation suisse auprès de l’Autorité Pales­ti­nienne, Repre­sen­tation hol­lan­daise auprès de l’Autorité Pales­ti­nienne, ACPP, ACD, CESVI, CISS, CARE inter­na­tional, Fon­dation Heinrich Böll, Fon­dation Konrad Ade­nauer, Mercy Corps, Miftah, Oxfam soli­darité Bel­gique, Oxfam Royaume-​​Uni, Rural Women Deve­lopment Society, SDC, Voice of Palestine, Welfare association.

La pré­sence d’un nombre important de repré­sen­tants nationaux et d’ONG inter­na­tio­nales est la preuve de l’intérêt pour la société civile pales­ti­nienne et le combat pour la démo­cratie et le dia­logue. Ils tra­vaillent de longue date avec le secteur non-​​gouvernemental pales­tinien et nous espérons que cette col­la­bo­ration sera maintenu quel que soit le gouvernement.

Nous espérons que cette ren­contre n’était pas un événement excep­tionnel mais au contraire la pre­mière étape d’une col­la­bo­ration entre nous. Nous pensons qu’il est essentiel que ces coopé­ra­tions - entre ONG locales et inter­na­tio­nales, et entre le secteur non-​​gouvernementale et la com­mu­nauté diplo­ma­tique inter­na­tionale - soient ren­forcées. Nous sommes per­suadés que la mise en place d’un tel dia­logue est néces­saire si nous voulons par­ti­ciper au déve­lop­pement écono­mique et social des Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés, et si nous voulons lancer un message poli­tique fort pour demander la fin de l’occupation et la liberté pour les Palestiniens.

Inter­vention de Dr Shiqaqi, Pales­tinian center for policy and survey research.

Pourquoi y a-​​t-​​il eu un tel écart entre les son­dages et les résultats des élections ?

Les infor­ma­tions étaient cor­rectes (le nombre de sièges du Fatah, des indé­pen­dants, du FPLP…) mais pas ceux pour le Hamas qui a obtenu 44% et non 35%. C’est la pre­mière fois que les son­dages échouent dans la pré­vision des résultats, car même lors des récentes élec­tions muni­ci­pales il n’y a pas eu d’erreur, nous ne pouvons donc remettre en cause la métho­do­logie. Une des expli­ca­tions données par Dr Shiqaqi est l’influence des indécis qui pour­raient avoir décidé de voter Hamas au dernier moment car leur cam­pagne a été bien meilleure en terme de com­mu­ni­cation et d’organisation. Même les son­dages à la sortie des urnes ont été démentis par le résultat (ils annon­çaient la vic­toire du Fatah). L’explication pro­posée tient dans le fort pour­centage de refus de la part des sym­pa­thi­sants du Hamas qui aurait suivi l’ordre du parti de ne pas répondre.

Que signifie la victoire du Hamas ?

Il ne s’agit pas d’une révo­lution en terme d’opinion publique car il ne s’agit que de 44% des votants, ce qui signifie 44% de 77% des per­sonnes enre­gis­trées. Nous pouvons donc consi­dérer que les 66 autres pour­cents ont voté pour l’agenda national.

L’analyse des élec­teurs du Hamas montre les dif­fé­rentes moti­va­tions pour ce choix. Tout d’abord on peut constater que seulement 50% d’entre eux s’identifient comme des per­sonnes reli­gieuses pra­ti­quantes ce qui signifie que les gens n’ont pas tous voté Hamas pour l’application de la charia’ (loi isla­mique). Plus sur­prenant, environ 40% d’entre eux ne par­tagent pas l’agenda poli­tique du Hamas, puisqu’ils sont d’accord avec la feuille de route, la recon­nais­sance d’Israël et la démi­li­ta­ri­sation. Seuls 14% déclarent avoir choisi le Hamas parce qu’ils pen­saient qu’il serait capable d’améliorer leurs condi­tions écono­miques. Donc pourquoi les gens ont-​​il voté Hamas ?

La réponse semble se trouver dans le slogan de l’organisation : réforme et chan­gement. En effet, la plupart de leurs élec­teurs ont déclaré avoir choisi cette liste pour donner un message fort contre la cor­ruption et l’anarchie. Selon Dr Shiqaqi, il s’agit bien plus d’une punition du Fatah que d’un réel choix pour le Hamas.

On pourrait dès lors s’interroger sur la raison pour laquelle la troi­sième voie (la gauche) n’a pas été choisie. Il semble que les gens vou­laient vraiment la défaite du Fatah et que le seul à pouvoir l’assurer était le Hamas car il était plus fort et surtout plus orga­niser. De plus l’impact psy­cho­lo­gique de la défaite du Fatah est d’autant plus fort qu’elle a lieu au bénéfice du Hamas.

La plus grande réussite de la cam­pagne du Hamas a été de mettre la cor­ruption au premier plan du débat élec­toral. Le Fatah a donc été punis parce qu’il n’a pas été capable de lutter contre la cor­ruption et l’anarchie dans l’application des lois.

Quelles sont les alter­na­tives pour le pro­chain gou­ver­nement Le Hamas va devoir com­poser avec l’élection de Mahmoud Abbas en 2005 qui avait ras­semblé 63% des votes, ce qui signifie que les gens ont voté à cette période pour l’agenda national de négo­cia­tions avec Israël.

Il y a main­tenant trois alter­na­tives pour former un gou­ver­nement :
- Un gou­ver­nement d’experts res­pon­sable devant le Par­lement. Ce gou­ver­nement devrait prendre en charge les dos­siers sociaux et écono­miques alors que le pré­sident s’occuperait des négo­cia­tions poli­tiques avec la com­mu­nauté inter­na­tionale. Il s’agirait d’une alter­native de court terme.

- Un gou­ver­nement d’unité nationale avec un acteur tiers qui serait premier ministre (indé­pendant…). Le pro­blème est que peu de per­sonnes se battent pour cette solution et le Fatah y semble même opposé. La com­mu­nauté inter­na­tionale devrait faire pression pour cette alter­native car elle serait la plus pérenne et la plus efficace pour diriger l’Autorité Palestinienne.

- Un gou­ver­nement dirigé par le Hamas qui met­trait en place son pro­gramme social. Cela abou­tirait à la démission de Mahmoud Abbas. Mais ce n’est abso­lument pa une solution durable sur le long terme car cela signi­fierait que le Hamas fasse face à toute la com­mu­nauté inter­na­tionale et à une part impor­tante de la société palestinienne.

Dr Shiqaqi réaf­firme que la recon­nais­sance d’Israël n’est pas un devoir du Hamas parti poli­tique mais de l’Autorité Pales­ti­nienne en ce qu’elle repré­sente le gou­ver­nement des territoires.

Inter­vention du Dr Ismaïl Daiq - Agri­cul­tural Deve­lopment Asso­ciation (PARC)

Dr Daiq a comm­nencé par un rapide his­to­rique du secteur non-​​gouvernemental en Palestine en disant que tout avait débuté grâce au travail bénévole et à la par­ti­ci­pation du peuple pales­tinien. A cette période les ONG étaient très proches du peuple.

Quand l’Autorité Pales­ti­nienne a été mise en place en 1995, il y a eu un conflit avec les ONG pales­ti­nienne déjà exis­tantes car elles avaient des dif­fi­cultés à accepter le contrôle de l’Autorité Pales­ti­nienne. En 2000, une loi fut votée pour régle­menter les acti­vités des ONG et les rela­tions ont com­mencé à s’améliorer.

Le pro­blème est que la plupart des ONG s’est foca­lisée sur les élites et s’est ins­tallée dans de grands bureaux dans les villes. Dès lors de nom­breux ser­vices n’étaient pas apportés dans les zones rurales ce qui a laissé le champ libre à l’intervention du Hamas. Aux alen­tours de 2000, PARC a décidé de réformes pour ren­forcer son enga­gement auprès des orga­ni­sa­tions de base et a essayé d’éclairer les bailleurs de fonds et les orga­ni­sa­tions locales sur l’importance de construire un mou­vement social de base.

Les gens ont com­mence à iden­tifier les ONG à l’Autorité Pales­ti­nienne car 185 d’entre elles étaient direc­tement ou indi­rec­tement financée par l’autorité en devenant des orga­ni­sa­tions atta­chées au gou­ver­nement. Et c’est alors que les pales­ti­niens ont com­mencé à rap­procher le secteur non-​​gouvernemental avec la cor­ruption émer­gente. Cer­tains membres de la com­mu­nauté des ONG ont com­mencé à s’engager dans la vie poli­tique, dans la troi­sième voie. Mais ils n’ont pas réussi à s’unifier pour repré­senter une alter­native au Hamas et au Fatah.

Dr Ismaïl a sou­ligné le fait que cer­tains bailleurs de fonds avaient demandé des projets conjoints entre les ONG pales­ti­niennes et l’Autorité, et que de cette poli­tique avait résulté un affai­blis­sement des ONG et établit un fossé entre le peuple et le secteur non-​​gouvernemental, ce qui a préparé la voie pour le Hamas.

Dr Ismaïl a suggéré de mettre la priorité aux actions sur les com­mu­nautés de base. Il a également insisté sur le fait que le secteur non-​​gouvernemental avait besoin de moins de pression de l’extérieur - notamment des bailleurs de fons - et plus de coopé­ration de l’intérieur - entre les ONG.

Hanna Siniora - European Pales­tinian Chamber of Com­merce M. Siniora était d’accord avec l’interprétation de la vic­toire du Hamas par Dr Shiqaqi.

Il a suggéré la pos­si­bilité d’un partage du pouvoir entre le premier ministre et le pré­sident notamment sur la question de la sécurité consi­dérant que les forces de sécurité sont actuel­lement des sym­pa­thi­sants du Fatah.

Il par­ta­geait l’idée que le Hamas allait concentrer son action sur les ques­tions sociales et mettre en place leur slogan pour le chan­gement et les réformes afin de montrer qu’ils sont dif­fé­rents du Fatah et plus effi­caces. Le pré­sident et l’OLP seraient en charge des négo­cia­tions et des rela­tions exté­rieure car le Hamas ne peut affronter seul le monde entier.

Selon lui, il est trop tôt pour savoir quelles vont être les prio­rités du Hamas et ses rela­tions avec Mahmoud Abbas et la com­mu­nauté inter­na­tionale. Cependant, il met en avant le fait que la position du Hamas contre la recon­nais­sance d’Israël n’est pas dif­fé­rente de celle de l’OLP il y a vingt ans, et nous devons donc espérer que le contact avec la real­po­litik chan­gerait leur position. La récente décla­ration à propos de la pos­si­bilité d’un cessez-​​le-​​feu à long terme semble aller dans ce sens.

Il a appelé la com­mu­nauté inter­na­tionale a joué un rôle actif dans l’évolution de la situation socio­po­li­tique pales­ti­nienne. Il a regretté la pre­mière réaction des Israé­liens et des Amé­ri­cains qui avaient annoncé leur arrêt des ver­se­ments de l’aide aux Pales­ti­niens. Ce type de décla­ration irré­fléchie et trop rapide aurait pu pro­voqué une radi­ca­li­sation du Hamas.

Selon lui, l’éventualité d’une baisse du soutien inter­na­tional à l’Autorité Pales­ti­nienne aurait pour effet d’accroître le rôle es ONG mais entraî­nerait une forte pression et une dimension poli­tique qui pour­raient être néfastes.

Débat avec Mohammed Altar comme médiateur

La repré­sen­tation hol­lan­daise a sou­haité cla­rifier la position de l’Union Euro­péenne à propos des élec­tions qui peut être résumer en un mot : attendre. En effet l’UE considère ce moment comme une période de tran­sition durant laquelle le gou­ver­nement va être choisi et par ce même biais toute l’orientation poli­tique de l’Autorité Pales­ti­nienne. Les pays de l’Union refusent de créer une situation de crise finan­cière en mettant fin à l’aide. Au contraire ils ont exprimé le désir d’influencer les choix du Hamas en étant un par­te­naire financier. Le repré­sentant a affirmé qu’il était impos­sible de demander trop à la fois au Hamas, comme une immé­diate démi­li­ta­ri­sation et la recon­nais­sance d’Israël, car le parti refu­serait cela, mais qu’il était important de main­tenir une relation qui per­met­trait intégrer le Hamas dans le pro­cessus politique.

Mais il a aussi ajouté qu’il y existe un sérieux pro­blème quant à la légalité des aides versées pour les Etats-​​Unis tout comme l’Union Euro­péenne, car le Hamas est inscrit sur la liste des orga­ni­sation ter­ro­riste, and de ce fait il ne peut être financé.

Un repré­sentant de Welfare asso­ciation a insisté sur l’influence d’Israël et des Etats-​​Unis dans la pro­gression du Hamas en disant qu’ils n’avaient pas apportés leur soutien à l’Autorité Pales­ti­nienne par les constantes vio­la­tions de la feuille de route, et de ce fait avait ren­forcé l’impression d’une direction inefficace.

Une repré­sen­tante de l’assocation Rural Women Deve­lopment Society, can­didate pour les élec­tions dans le dis­trict de Jéru­salem, insistait sur le fait que la vic­toire du Hamas était un échec des tra­vailleurs huma­ni­taires qui n’ont pas pu apporter une alter­native à la pau­vreté des gens. Elle a appelé tout le monde à tra­vailler ensemble pour pro­poser un meilleur futur non seulement à ce pays mais également à la région.

Une repré­sen­tante d’Oxfam Bel­gique a insisté sur le rôle joué par les ONG inter­na­tio­nales qui ont investi d’importantes sommes d’argent dans des projets de déve­lop­pement mais n’ont pas joué de rôle poli­tique. Elle a réaf­firmé que sans mesures poli­tiques, ce travail res­terait inef­ficace. Il lui est apparu important que la com­mu­nauté inter­na­tionale ne se contente pas de condamner le Hamas en tant qu’organisation ter­ro­riste, mais qu’elle condamne aussi Israël pour ses vio­la­tions des droits de l’homme et du droit inter­na­tional. Elle a sou­ligné la nécessité du travail commun des ONG et de l’autorité pales­ti­nienne pour la pla­ni­fi­cation du déve­lop­pement dans les ter­ri­toires. Elle a aussi demander une meilleure évaluation des projets de déve­lop­pement, notamment dans le secteur de la pro­motion féminine, car de nom­breuses femmes ont voté pour le Hamas malgré un travail important dans cette direction.

Quelqu’un a interrogé le Dr Shiqaqi à propos du cas de Qal­qilyia, où le Hamas a été élu aux élec­tions locale mais a subi une défaite aux légis­la­tives. Il a répondu que la logique élec­torale était dif­fé­rente dans les élec­tions locales et natio­nales, notamment si l’on considère les dif­fé­rentes stra­tégies de vote entre les zones urbaines et rurales. Il a insisté sur le fait que habi­tuel­lement les zones urbaines sont plus enclines à sup­porter le Fatah alors que les zones rurales et les camps de réfugiés sup­portent plus le Hamas.

Interrogé sur la pos­si­bilité d’une révo­lution isla­mique en Palestine et de la mise en place de la charia’, Dr Shiqaqi a dit que le Hamas ne serait pas capable d’aller à l’encontre de la volonté d’une majorité du peuple et que selon les son­dages il n’y avait pas un soutien massive pour une telle révo­lution. Il a affirmé que l’influence des Frères Musulmans n’irait sans doute pas dans le sens d’une radi­ca­li­sation de la position du Hamas mais au contraire dans le sens de la modération.

A propos des forces de sécurité Hanna Siniora a dit qu’il serait sou­hai­table que les forces du Hamas soit inté­grées dans les forces natio­nales de sécurité dans un premier temps, et dans un second temps que l’effectif ce ces forces soit réduit progressivement.

Pour conclure, Dr Ismaïl a appelé la com­mu­nauté inter­na­tionale à jouer un rôle pour influencer le Hamas dans sa poli­tique car selon lui, deux choix s’offraient aujourd’hui au future gou­ver­nement : un pays isla­mique qui se rap­pro­cherait d’Al Qaida ou un pays moderne et laïc sur le mode de la Turquie.

Del­phine Thizy Dépar­tement Lob­bying et Advocacy Ramallah, 6 février2006 Pales­tinian Agri­cul­tural Relief Committees