Attentat poétique à Rafah

Lami, jeudi 31 janvier 2008

Un attentat poé­tique. Voilà ce que c’était. Quelques hommes masqués, venus de nulle part, qui sur­gissent à l’aube et font sauter des murs, déman­tèlent des bar­rières métal­liques et effacent les frontières…

La des­truction par­tielle de la clôture séparant l’Egypte de la Bande de Gaza par des mili­tants du mou­vement de la résis­tance isla­mique Hamas a permis à des dizaines de mil­liers de Pales­ti­niens de franchir la fron­tière à Rafah et de passer en Egypte pour s’approvisionner et ainsi contourner le blocus cri­minel de Gaza par l’Etat d’Israël.

Soudain un autre monde sembla possible…Un monde sans fron­tière, un monde où le peuple prenait en main sa des­tinée. Les poli­ciers égyp­tiens ne savaient plus à quels saints se vouer en voyant les visages de ces femmes et enfants affamés et assoiffés qui se ruaient vers eux. Vagues après vagues, le désert n’était plus qu’une mer d’espoir.

Ceux que le poète yéménite, Abdullah el-​​Udhairi nommait les « vic­times d’une carte » avaient saisi l’occasion de déchirer la map­pe­monde et de réin­venter la géo­graphie du Proche-​​Orient.

Certes le rêve ne dura qu’un instant. Mais quel instant !

La poésie, la bonne, se doit de mettre à mal toutes les fron­tières et de faire vio­lence à ceux qui les tracent. A Gaza, c’est tout un peuple qui a levé le point et défié les puis­sants de ce monde ainsi que les res­pon­sables du déchi­rement de la Palestine : Les puis­sances occi­den­tales qui en refusant de recon­naître le gou­ver­nement démo­cra­ti­quement élu du Hamas ont poussé la Palestine au bord de la guerre civile, l’Etat d’Israël dont l’irrédentisme fait suf­foquer les colombes des deux côtés de la fron­tière et l’Egypte, qui à l’image de la plupart des pays arabes, n’a jamais bougé le petit doigt pour venir en aide aux Palestiniens.

La semaine der­nière le peuple de Gaza a gravé son nom en lettres d’or aux côtés de Mahmoud Dar­wiche, Samih el-​​Qasim, Fadwa Touqan, Muin Besissou et consorts dans le grand livre de la poésie palestinienne.

Comme tous les grands poètes, le peuple de Gaza était, pour para­phraser le poète turc Fazil Hüsnü Daglarca, en quête de pain, de justice et de l’étendard de la liberté.