Ariel, bastion de la colonisation au coeur de la Cisjordanie

AFPS - Groupe de travail BDS, jeudi 22 mars 2012

1. Historique : de la base militaire à la colonie

1978 : 40 colons s’installent dans les cam­pe­ments tem­po­raires de ce qui était alors une base mili­taire. Dans les années 1990, des mil­liers d’immigrants venus de l’ex Union sovié­tique prennent direc­tement le chemin de la colonie. Aujourd’hui  : en plus des 10 000 étudiants ins­crits dans son Centre uni­ver­si­taire, Ariel compte quelques 20 000 habi­tants. Ce chiffre monte à 45 000-​​50 000 si l’on inclut la popu­lation de la quin­zaine de colonies satel­lites, dont cer­taines sont inter­calées entre Ariel et les vil­lages pales­ti­niens (une dizaine d’avant-postes gra­vitent, en outre, autour d’Ariel) [1].

Ariel fait partie des 4 colonies ayant le statut de ville. Elle est la 3ème ville israé­lienne en termes d’"absorption" des immi­grants juifs. La majorité de sa popu­lation est, en effet, constituée par des immi­grants qui font leur alya non en Israël mais en Cis­jor­danie occupée (les rési­dents d’origine russe repré­sentent à eux seuls 50 à 60 % de sa population) [2].

2. Localisation : la stratégie de la fragmentation territoriale

Implantée au centre de la Cis­jor­danie, la muni­ci­palité d’Ariel pénètre pro­fon­dément à l’intérieur du ter­ri­toire pales­tinien (elle se trouve à une ving­taine de km de la Ligne Verte). Sa confi­gu­ration curieuse – très étroite, elle s’étend hori­zon­ta­lement d’est en ouest - s’explique par la volonté de :

  • bloquer le déve­lop­pement de Salfit, centre com­mercial et admi­nis­tratif régional. Celle-​​ci manque cruel­lement d’espace vital et se retrouve coupée des agglo­mé­ra­tions pales­ti­niennes voi­sines, notamment au nord : Haris, Kifl Haris, Qira, Marda, Jamma’in, Zeita-Jamma’in et Deir Istiya [3]. Des dépla­ce­ments qui néces­si­taient 5 à 10 minutes prennent main­tenant 30-​​40 minutes, souvent bien plus. C’est tout le tissu socio-​​économique et humain de ce bassin de popu­lation - 40 000 habi­tants dont 10 000 pour Saflit - qui se trouve affecté.
  • séparer Naplouse de Ramallah et rompre la liaison avec la Vallée du Jourdain et la fron­tière jordanienne.

La déstruc­tu­ration de la société pales­ti­nienne et la frag­men­tation de son ter­ri­toire  – divisé en quatre grands blocs dis­con­tinus (Nord, Centre, Sud et Gaza), avec plu­sieurs sous-​​blocs à l’intérieur des trois pre­miers et le qua­trième sous blocus total depuis 5 ans – sont encore accen­tuées par les 700 obs­tacles à la cir­cu­lation (dont 500 check points) et la construction du Mur [4].

3. Un soutien financier public maximal

Selon un rapport de 2007 du Véri­fi­cateur général du Ministère des finances, Ariel a béné­ficié de dépenses publiques presque huit fois supé­rieures à celles accordées aux muni­ci­pa­lités israé­liennes (NIS 9 035 contre NIS 1 200 en moyenne pour l’ensemble par tête et par an) [5]. Et cela en dépit du statut socio-​​économique rela­ti­vement élevé de sa population [6]. Par ailleurs, l’État a consacré d’énormes sommes à la construction de l’infrastructure routière.

Grâce à l’aide des auto­rités israé­liennes, Ariel dispose de tous les ser­vices néces­saires

  • ser­vices muni­cipaux, de santé et éducatifs de qualité, y compris depuis 2010 un Centre universitaire [7] ;
  • centre com­mercial, hôtel, parcs, équi­pe­ments sportifs et pis­cines dans une région où le manque d’eau est criant. Du fait de l’accaparement par les auto­rités israé­liennes de la totalité des réserves d’eau du sous-​​sol pales­tinien, un Israélien (colons compris) consomme 300 litres d’eau par jour alors qu’un Pales­tinien a droit à moins de 70 litres (soit moins que les normes mini­males fixées par l’OMC, la situation des bédouins étant encore pire) [8] ;
  • loge­ments plus grands, de meilleure qualité et bien moins chers qu’en Israël ; en août 2011, le Ministre de la défense israélien a donné son accord pour construire 277 loge­ments sup­plé­men­taires des­tinés à accueillir des colons aupa­ravant ins­tallés dans la bande de Gaza ;
  • zone indus­trielle accueillant 120 entre­prises plus un incu­bateur tech­no­lo­gique ; une seconde zone indus­trielle verra bientôt le jour ;
  • lignes de bus réservé aux colons et réseau routier très moderne avec la construction de l’autoroute est-​​ouest à 4 voies (Trans Samarie N° 5) et de la route qui rejoint l’autoroute 60 nord-​​sud.

4. Entreprises et résidents : de très intéressants avantages financiers

Les par­ti­cu­liers : comme l’indique l’ONG La Paix Main­tenant, "A l’instar de la plupart des colons de Cis­jor­danie, les rési­dents d’Ariel s’y sont ins­tallés pour pro­fiter des nom­breuses inci­ta­tions finan­cières offertes par le gou­ver­nement" : aides à l’achat d’un logement ; hypo­thèques à taux pri­vi­ligié… (plus des aides spé­ci­fiques pour ceux qui font leur alya). "La plupart y sont restés pour les avan­tages dont ils conti­nuent de béné­ficier et qui leur assurent un niveau de vie plus élevé que s’ils vivaient en Israël" [9]. Les ser­vices sont, en effet, lar­gement sub­ven­tionnés, en par­ti­culier, les ser­vices d’eau et de transport ainsi que l’éducation. Un rapport de B’Tselem indique que le système d’enseignement dans les colonies est mieux doté qu’en Israël même, avec un corps ensei­gnant plus important et mieux payé [10].

Les entreprises qui s’installent dans la zone indus­trielle pro­fitent de toute une série d’incitations finan­cières : exo­né­ration totale d’impôt sur les béné­fices pendant plu­sieurs temps, puis allè­gement ; foncier attractif ; taxes muni­ci­pales réduites ; dépré­ciation accé­lérée des amor­tis­se­ments, etc.

5. L’envers du décor I : spo­lia­tions et vio­lences à l’égard des Palestiniens

La muni­ci­palité d’Ariel a accaparé environ 30 000 dunums [11] de terres confis­quées aux Pales­ti­niens en appli­quant des mesures simi­laires à celles uti­lisés ailleurs en Cis­jor­danie : attri­bution du statut de Terres d’État et acti­vation d’une loi ottomane du 19ème siècle qui veut que toute terre non cultivée pendant un certain temps appar­tient à l’État ; ordres d’expropriations. La construction du Mur et du réseau routier a entraîné d’autres confis­ca­tions de terres, accom­pa­gnées de des­truc­tions de maisons et bâti­ments, d’arrachage d’oliviers ou d’annexion de fait.

La perte des pro­duits des terres et des oli­viers a privé les vil­la­geois pales­ti­niens d’une impor­tante source de revenus – dans cer­tains cas, leur seule source –et sévè­rement altéré leur mode de vie. S’y ajoutent les nom­breux obs­tacles qu’ils ren­contrent pour accéder aux terres et aux oli­ve­raies lorsque celles-​​ci se trouvent englobées au sein de la muni­ci­palité d’Ariel. Les cas de refus d’accès, d’intimidation et d’agression vio­lente sont nombreux…

Cas de Marda, village pales­tinien de 2 200 habi­tants coincé entre Ariel et le Mur [12]

Terres volées : une fois le Mur achevé, le village devrait perdre 44 % de sa super­ficie, soit 4 990 dunums : 3 660 dunums pour la construction/l’expansion d’Ariel ; 330 pour les routes Trans-​​Samarie 1 et 2 ; et 1 000 prévus pour le Mur ;

Oli­viers perdus :1 000 déra­cinés pour le Mur ; 470 arrachés pour les routes Trans Samarie1et 2 ; 140 brûlés par les colons israé­liens ; et 800 qui se retrouvent de l’autre côté du Mur, hors d’accès des villageois.

6. L’envers du décor II : dis­cri­mi­nation et vio­lation des droits des Palestiniens

Les colons d’Ariel  : jouissent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes légis­la­tions qu’en Israël, à l’instar des 500 000 colons ins­tallés à Jérusalem-​​Est et dans le reste de la Cis­jor­danie. lls dis­posent d’une totale liberté de cir­culer et d’entreprendre, de ser­vices éducatifs, de santé, sportifs de qualité, etc.

Les Pales­ti­niens : 2 500 ordres et règle­ments émis par l’administration militaire [13] règlent jusqu’aux moindres détails de leur vie. En cas d’infraction - y compris celle qui relè­verait du code pénal s’il s’agissait d’un colon - ils sont jugés par des tri­bunaux miliaires, qui peuvent les condamner sans preuve, et ce pour une durée renou­ve­lable à leur gré. Des dizaines et des dizaines de mil­liers de Pales­ti­niens ont été empri­sonnés sous ce régime dit de la « détention admi­nis­trative ». Depuis 1967, 700 000 Pales­ti­niens se sont retrouvés dans les prisons israéliennes.

Du fait de sa loca­li­sation au cœur de la Cis­jor­danie, l’établissement d’Ariel – encore plus que les autres colonies - constitue un acte « anti-​​éthique » en ce qu’il s’oppose au déve­lop­pement har­mo­nieux du ter­ri­toire et pro­voque des dis­tor­sions graves dans le fonc­tion­nement de la société et le flux des échanges fami­liaux, sociaux, écono­miques, culturels et politiques.

En contre­partie du cadre et niveau de vie agréables des colons d’Ariel, les Pales­ti­niens voient leurs droits fon­da­mentaux tota­lement niés et la pos­si­bilité d’un État viable et stable gra­vement compromise.

Ariel et les droits fon­da­mentaux des Pales­ti­niens Liste non exhaustive des droits violés

  • Droit à un trai­tement non dis­cri­mi­na­toire
  • Droit à la liberté
  • Droit à l’autodétermination
  • Droit de pro­priété
  • Droit d’entreprendre et de com­mercer
  • Droit à l’éducation et à l’accès aux soins
  • Droit d’association, de réunion
  • Droit d’information et de publi­cation
  • Droit à l’accès à l’eau
  • Droit à la pré­ser­vation de l’environnement

Carte mon­trant l’encerclement de Salfit et la coupure avec les vil­lages avoisinants

Vue aérienne d’Ariel : http://​www​.poica​.org/​e​d​i​t​o​r​/​c​a​se_st…

[1] http://​pea​cenow​.org​.il/​c​o​n​t​e​n​t​/arie…

[2] http://​go​.ariel​.muni​.il/​a​r​i​e​l​/​en/in… et http://​www​.ariel​.muni​.il/​?​C​a​t​e​g​o​r​y​I​D=281

[3] http://​www​.btselem​.org/​s​e​t​t​l​e​m​ents/…

[4] Qui n’a pas encore été terminé en ce qui concerne Ariel et les colonies satellites

[5] http://​www​.btselem​.org/​s​e​t​t​l​e​m​ents/…

[6] Idem

[7] Qui prélude à la recon­nais­sance du Centre (ex Collège de Judée) comme la hui­tième uni­versité israé­lienne. En août 2010, 150 aca­dé­mi­ciens, artistes et auteurs israé­liens ont signé une pétition s’opposant à la création de ce Centre, et se sont engagés à ne pas s’y pro­duire. Cependant, Ben­jamin Neta­nyahu, Premier Ministre en 2010, avait déclaré en 2004, qu’en dotant Ariel d’une uni­versité on s’assurait que la colonie “ferait à jamais partie de l’État d’Israël » ; http://​www​.the​na​tional​.ae/​n​e​w​s​/worl….

[8] Rapport de mars 2012 de l’OCHA « How Dis­pos­session Happens ». Le Premier Ministre pales­tinien estime que l’inégalité est encore plus grande si l’on ne prend en compte que la consom­mation dans les colonies.

[9] http://​pea​cenow​.org​.il/​e​n​g​/​c​o​n​tent/…

[10] http://​www​.btselem​.org/​d​o​w​n​l​o​a​d/201

[11] 1 dunum = 1 000 mètres carrés, 10 dunums = 1 hectare. Si une partie des terres confis­quées étaient rocailleuses donc uti­lisées pour faire paître les trou­peaux, d’autres étaient cultivées ou plantées d’oliviers.

[12] Works in the Segre­gation Wall resumed in Marda village - Salfit Gover­norate, 17 juin 2005 ; http://​www​.poica​.org/​e​d​i​t​o​r​/​c​a​se_st…

[13] Dénommée désormais « Admi­nis­tration civile » mais qui n’a de « civil » que le nom.