Après le sommet tripartite de Jérusalem

Entretien avec René Backmann, mardi 20 février 2007

Lors d’un sommet de 2 heures dont on n’attendait pas grand chose, Olmert et Abbas ont réitéré leur enga­gement pour une solution à deux Etats, sans aucune avancée.

Entretien ave René Backmann, Nouvel Observateur :

Condo­leezza Rice a réitéré un enga­gement commun pour une solution à deux Etats, à l’issue de sa ren­contre avec Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert. Est-​​ce une avancée ?

René Backmann : Pas du tout. Le principe d’une paix fondée sur l’existence de deux Etats -Israël et un Etat pales­tinien com­prenant la bande de Gaza et la Cis­jor­danie telle qu’elle est géo­gra­phi­quement définie par la Ligne verte, c’est à dire la ligne d’armistice de 1949-​​ est à la base des accords d’Oslo, signés à Washington en 1993. Autrement dit, il y a déjà qua­torze ans qu’Israéliens et Pales­ti­niens se sont entendus sur ce point. Et tous les autres accords conclus depuis cette date sont fondés sur la coexis­tence de deux Etats. Pré­senter cela comme une avancée aujourd’hui, c’est admettre un constat d’échec.

Où est le blocage ? Du point de vue des Amé­ri­cains et des Israé­liens, il réside dans le fait que le Hamas refuse de recon­naître de façon claire et explicite, l’existence de l’Etat d’Israël. Les diri­geants du Hamas admettent impli­ci­tement l’existence d’Israël en acceptant les accords et les enga­ge­ments conclus depuis 1993, qui ont été signés avec l’Etat d’Israël, mais ils ne veulent pas faire ce que l’OLP, sous la direction de Yasser Arafat a fait en 1993, avant les Accords d’Oslo : recon­naître offi­ciel­lement l’Etat d’Israël. Ils exigent d’autre part que tout gou­ver­nement de l’Autorité pales­ti­nienne s’engage à ne pas recourir à la violence.

Mais ils n’ont pas fait un pas dans le sens de ce que les Pales­ti­niens, de leur côté, attendent et qui figure également dans les accords signés : le gel de la colo­ni­sation, l’interdiction de créer sur le terrain des "faits accomplis" ( comme le mur ), la libé­ration des pri­son­niers, le transfert à l’Autorité pales­ti­nienne ou à la Pré­si­dence pales­ti­nienne des taxes col­lectées par Israël pour l’Autorité et gelées en Israël. (leur montant avoisine le mil­liard de dollars…).

Quel est le poids de Mahmoud Abbas ? Quel crédit accorder à sa décla­ration : "soit c’est l’accord de La Mecque, soit c’est la guerre civile" ?

RB : Le poids de Mahmoud Abbas dans le système pales­tinien est une question essen­tielle. Après l’accord de la Mecque, on pouvait ima­giner que sa position allait s’améliorer. Ce texte prévoit la création d’un gou­ver­nement d’union nationale, composé de ministres du Hamas et du Fatah et peut-​​être d’indépendant acceptés par les deux autres com­po­santes. Pour l’instant, on ne sait pas de quoi ce gou­ver­nement sera fait, puisqu’il n’est pas encore formé. On ne sait même pas en fait s’il verra le jour. Mais, s’il finit par naître, il est évident que le statut de Mahmoud Abbas en sera conforté. En revanche, si les conver­sa­tions en cours entre Pales­ti­niens n’aboutissent pas, la situation pen­chera de nouveau, on peut le craindre, vers la guerre civile. Et à terme, vers une véri­table décom­po­sition de la société palestinienne.

Et pour la suite… Quels éléments sont indis­pen­sables à un com­promis ?

RB : Du côté pales­tinien, le Hamas devra exprimer expli­ci­tement sa recon­nais­sance de l’Etat d’Israël, et accepter la coexis­tence de deux Etats côte-​​à-​​côte. Il devra aussi affirmer clai­rement qu’il accepte les accords conclus à ce jour, depuis Oslo jusqu’à la Feuille de route et se déclarer disposé à renoncer à la violence.

De leur côté, les Amé­ri­cains devront notamment convaincre les Israé­liens de geler la colo­ni­sation. Il n’est pas inutile de rap­peler que le nombre de colons en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​Est est passé entre 1993 et aujourd’hui de 220.000 à 440.000. C’est à dire doublé, alors que la colo­ni­sation devait être gelée.

Les Israé­liens devront aussi expliquer comment ils comptent trans­férer les ter­ri­toires occupés aux Pales­ti­niens et sous quel calen­drier. Ils devront également indiquer ce qu’ils entendent faire du mur. Tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il sera une fois achevé, dans quelques mois, cet édifice risque fort de rendre très dif­ficile la mise sur pied d’une solution à deux Etats : il ne res­pecte pas du tout la Ligne verte et annexe, de fait, à Israël de larges régions de la Cis­jor­danie, notamment celles où se trouvent les prin­ci­pales colonies, ce qui rend toute reprise du pro­cessus de paix très difficile.