Après le « non » de Barak, un cabinet de faucons se profile en Israël

L’Orient le Jour, mardi 24 février 2009

Alors que l’armée israé­lienne a effectué hier un raid aérien dans la bande de Gaza, les tra­vaillistes et le Kadima rejettent les pro­po­si­tions du Likoud pour former un cabinet d’union.

Offi­ciel­lement chargé par le pré­sident Shimon Peres de former le pro­chain cabinet au plus tard d’ici au 3 avril, le chef du parti Likoud s’est entretenu hier à Jéru­salem avec Ehud Barak, ministre sortant de la Défense et chef du Parti tra­vailliste, sans par­venir à le convaincre de rallier un cabinet d’union. « Le peuple a tranché et décidé de ren­voyer les tra­vaillistes dans l’opposition, et nous res­pectons ce choix. Nous serons une oppo­sition res­pon­sable, sérieuse et constructive », a dit M. Barak après la ren­contre. Le Parti tra­vailliste, fon­dateur du pays, a réalisé son pire score his­to­rique aux légis­la­tives du 10 février en n’obtenant que 13 sièges sur un total de 120 à la Knesset. Selon son entourage, M. Neta­nyahu a proposé à son inter­lo­cuteur le por­te­feuille de la Défense et quatre autres minis­tères. « Nous devons coopérer, car l’heure est grave, à cause de la crise écono­mique et des efforts pour­suivis par l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire et de mis­siles balis­tiques », a-​​t-​​il déclaré.

La veille, malgré le refus de Tzipi Livni, ministre sor­tante des Affaires étran­gères et chef du parti cen­triste Kadima, M. Neta­nyahu a affirmé vouloir pour­suivre ses efforts « afin de former un gou­ver­nement d’union ». Mme Livni a maintenu sa décision de gagner les bancs de l’opposition « à cause des diver­gences avec Neta­nyahu sur la voie que doit emprunter le gou­ver­nement », sou­li­gnant que le pro­gramme d’un cabinet d’union devrait men­tionner « la nécessité de deux États pour deux peuples ». « Quand nous serons d’accord sur cette voie, nous pourrons charger des équipes de négo­cia­teurs de conclure des ententes », a-​​t-​​elle dit, ajoutant que M. Neta­nyahu devrait lui sou­mettre pro­chai­nement « d’autres idées ».

M. Neta­nyahu, opposé aux accords d’Oslo de 1993 et hostile à la création d’un État pales­tinien, est en principe soutenu par un bloc de partis de droite comptant 65 députés. Mais il envi­sa­gerait à contrecœur de s’appuyer sur cette majorité de « durs » qui sus­ci­terait iné­luc­ta­blement des ten­sions avec la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine dési­reuse de relancer les efforts de paix. Ce bloc pourrait même se réduire comme une peau de chagrin, car les quatre élus d’extrême droite de l’Union nationale exigent la colo­ni­sation à outrance en Cis­jor­danie occupée. Le député Guidéon Saar, n° 2 du Likoud, a fait état « de plu­sieurs points de conver­gence avec le Kadima », ajoutant « qu’il est pos­sible de combler les écarts ». Selon lui, « il faut de la patience, de la bonne volonté et des idées construc­tives, car les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens ne consti­tuent pas un pro­blème fon­da­mental et nous sommes prêts à les poursuivre » .

Sur ce point, les ministres euro­péens des Affaires étran­gères ont appelé hier le futur gou­ver­nement israélien à relancer le pro­cessus de paix avec les Pales­ti­niens, même si cer­tains ont reconnu que cela pourrait être dif­ficile avec Ben­jamin Neta­nyahu. Tou­tefois, cer­tains ne veulent pas pré­juger du futur cabinet Neta­nyahu : « Attendons de voir la réalité de ce gou­ver­nement », déclarent-​​ils. De son côté, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, a plaidé en faveur de la pour­suite des négo­cia­tions de paix sur la base du principe de l’existence de deux États, l’un israélien et l’autre palestinien.