Après le discours de Barack Obama, Netanyahu sous pression

T. Hocine, mardi 9 juin 2009

Que peut bien dire de plus ou de réel­lement nouveau, le Premier ministre israélien depuis qu’il a opposé un triple non aux reven­di­ca­tions des Pales­ti­niens ? Pas de déman­tè­lement et même de simple gel de la colo­ni­sation, non à l’Etat pales­tinien et non à la res­ti­tution d’El Qods, avait-​​il signifié depuis son retour aux affaires.

Et pourtant, et tout juste trois jours après le dis­cours du pré­sident amé­ricain en direction du monde musulman, il croit pouvoir annoncer du nouveau. Cela rap­pelle en tout cas un de ses pré­dé­ces­seurs, Ariel Sharon, tou­jours dans le coma depuis 2006, qui avait cru lui aussi répondre à cette même question de paix, en retirant les colons et l’armée israé­lienne de la bande de Ghaza, pour se posi­tionner aux portes de ce ter­ri­toire en faisant une immense prison. C’était sa manière de tuer dans l’œuf l’initiative arabe qui prenait de plus en plus de forme et de ne pas répondre aux clauses de la feuille de route qui appelait, elle-​​aussi, au gel de la colo­ni­sation. Et encore, Sharon demandait des com­pen­sa­tions ter­ri­to­riales. Autrement dit, annexer de nou­veaux ter­ri­toires pales­ti­niens. Avec le même timing, Ben­jamin Neta­nyahu croit lui aussi pouvoir déjouer les pres­sions actuelles, fait savoir qu’il pré­sen­terait la semaine pro­chaine sa poli­tique de « paix et de sécurité », sans dire s’il s’agit là de la réponse qu’il est pressée d’apporter. « La semaine pro­chaine, je vais pro­noncer un dis­cours important dans lequel je pré­sen­terai aux Israé­liens les prin­cipes de notre poli­tique pour par­venir à la paix et la sécurité », a affirmé M. Neta­nyahu devant les jour­na­listes à l’ouverture du Conseil des ministres. Dans son dis­cours du Caire, et rappelé hier en France dans ses grandes lignes, le pré­sident Obama a exigé un gel total de la colo­ni­sation israé­lienne en Cis­jor­danie occupée et la création d’un Etat pales­tinien, aux­quels M. Neta­nyahu s’oppose. « J’ai lu et entendu ces der­niers jours des propos qui m’étaient attribués, mais que je n’ai pas prononcés.

Je vou­drais que les choses soient claires : nous voulons par­venir à la paix avec les Pales­ti­niens et les pays arabes avec le maximum d’entente de la part des Etats-​​Unis », a-​​t-​​il ajouté. « Mon objectif est de par­venir à une paix stable, basée sur des prin­cipes solides de sécurité pour Israël et ses habi­tants », a pour­suivi le chef du gou­ver­nement, dont la pre­mière ren­contre en mai avec M. Obama à la Maison-​​Blanche avait mis au grand jour les diver­gences entre les deux hommes sur le pro­cessus de paix. Après le dis­cours du pré­sident amé­ricain, M. Neta­nyahu s’était contenté de faire publier un com­mu­niqué dans lequel il exprimait l’espoir d’une récon­ci­liation avec le monde arabo-​​musulman, tout en affirmant qu’il don­nerait priorité à la sécurité d’Israël dans le cadre d’un éventuel accord de paix. « Israël veut la paix et fera tout ce qui est en son pouvoir pour élargir le cercle de la paix, tout en prenant en consi­dé­ration son intérêt national et en premier lieu sa sécurité », avait indiqué le com­mu­niqué publié par le bureau du Premier ministre, sans rap­peler les posi­tions qu’il avait lui-​​même déve­loppées. M. Obama a soutenu dans son dis­cours la quête des Pales­ti­niens pour leur Etat et jugé la situation des Pales­ti­niens « into­lé­rable ». Il a appelé Israël à cesser la colo­ni­sation dans les ter­ri­toires pales­ti­niens tout en sou­li­gnant « le lien inébran­lable » entre l’Etat hébreu et les Etats-​​Unis. Lors de son voyage en Alle­magne, qui a suivi ses visites en Arabie Saoudite et en Egypte, M. Obama a aussi affirmé qu’il sou­haitait que les Etats arabes établissent « des échanges com­mer­ciaux et diplo­ma­tiques » avec Israël si l’Etat hébreu prenait des enga­ge­ments fermes en faveur de la paix. Samedi en France, le pré­sident amé­ricain a estimé que l’« impasse actuelle » devait être « dépassée » par les Israé­liens et les Pales­ti­niens dont les destins sont « liés ».

Sans attendre cette doléance qu’il avait au demeurant abordée avant même d’être élu, Barack Obama a sou­ligné « qu’il est dans l’intérêt d’Israël, dans son intérêt sécu­ri­taire et dans l’intérêt des Pales­ti­niens de résoudre le conflit de manière paci­fique ». M. Obama a sou­ligné qu’il voulait que les Etats arabes prennent part au pro­cessus de paix au Proche-​​Orient. Et en ce qui concerne son émis­saire pour le Proche-​​Orient, George Mit­chell, il doit entamer la semaine pro­chaine une nou­velle tournée dans la région. « Nous allons essayer de mettre autant d’énergie que nous le pouvons » pour résoudre le conflit au Proche-​​Orient, a assuré le pré­sident amé­ricain. Le ton paraît modeste il est vrai, parce que le plus dur est à venir. Mais il était néan­moins important qu’Israël se mette à bouger, même si cela reste encore au stade de la diversion. Mais parce que Obama donne cette nette impression de vouloir mobi­liser le monde en tenant les mêmes propos en Arabie, au Caire, en Alle­magne et en France, Israël est en quelque sorte sommé de donner d’autre réponse que la simple obstruction.

« Imposer une solution, si nécessaire »

Le roi d’Arabie Saoudite, Abdallah Ben Abde­laziz, a appelé le pré­sident amé­ricain, Barack Obama, à agir pour « imposer une solution si néces­saire » pour le pro­cessus de paix au Proche-​​Orient. « Nous voulons que vous vous impli­quiez sérieu­sement pour régler la question pales­ti­nienne et imposer une solution, si néces­saire », a déclaré le Saoudien à M. Obama, lors de leur entretien mer­credi près de Riyad, selon ses propos rap­portés par le quo­tidien arabe Al-​​Hayat. « Nous (les pays Arabes) voulons nous consacrer (…) à la pré­pa­ration d’une géné­ration qui soit capable d’affronter l’avenir par le savoir et le travail », a-​​t-​​il sou­ligné. Le roi Abdallah a expliqué qu’un règlement de la question pales­ti­nienne « sera la clé magique pour résoudre tous les autres pro­blèmes de la région ».Dans une ini­tiative de paix d’inspiration saou­dienne adoptée en 2002 à Bey­routh, les pays arabes avaient proposé à Israël une nor­ma­li­sation de leurs rela­tions en échange de son retrait de tous les ter­ri­toires arabes occupés en juin 1967.