Après 60 ans d’exil

R A, dimanche 25 novembre 2007

Je m’appelle Ramzi. Je suis né en 1979 à Bethléem en Palestine. Ori­gi­naire de Yebna, pris comme environ 420 autres vil­lages par l’occupant israélien, je vis dans le camp de réfugiés d’Al Amari à Ramallah. C’est là que ma famille a dû s’installer en 1948.

Je m’adresse à vous qui sou­tenez le peuple pales­tinien dans sa lutte pour la réa­li­sation de ses droits nationaux. Je m’adresse à vous après la lecture de tracts fus­ti­geant « 40 ans d’occupation, 40 ans de spo­lia­tions… ». 40 ans… Alors que dans les sou­venirs de mon grand-​​père et de plus de 4 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens il s’agit de 60 ans. Je m’adresse à vous car je ne sou­haite pas qu’en notre nom, on efface 20 ans de notre his­toire. [1]

En effet, il y a 60 ans, d’habitant de la Palestine, ma famille devient réfugiée dans son propre pays.

29 novembre 1947, c’est la Naqba : l’expulsion de 800 000 Pales­ti­niens et l’occupation de leurs terres par les Israéliens.

Le 11 décembre 1948, la réso­lution 194 oblige les occu­pants Israé­liens à laisser rentrer les réfugiés pales­ti­niens chez eux. Jusqu’à aujourd’hui aucun réfugié n’a pu revenir.

1967, Israël poursuit les Pales­ti­niens là où ils ont pu trouver refuge en Cis­jor­danie, dans la Bande de Gaza, dans le Sinaï en Égypte, dans le Golan en Syrie. 300 000 Pales­ti­niens se retrouvent à nouveau sur les routes de l’exil.

1977, le nombre de colons israé­liens en ter­ri­toire pales­tinien est de 5 000, il est actuel­lement de 500 000.

Prin­temps 2002, Israël détruit la quasi-​​totalité de l’infrastructure civile, des cen­taines de Pales­ti­niens perdent la vie et des mil­liers d’autres subissent des mois entiers de couvre-​​feu.

2004, malgré l’injonction de la Cour Inter­na­tionale de Justice de la Haye et la décision de l’Assemblée Générale des Nations Unies, Israël continue en toute impunité à construire un Mur d’Apartheid qui pénètre pro­fon­dément à l’intérieur du ter­ri­toire palestinien.

2006, alors que les élec­tions pales­ti­niennes sont déclarées démo­cra­tiques par l’ensemble des obser­va­teurs inter­na­tionaux, la com­mu­nauté inter­na­tionale décide de condamner la popu­lation pales­ti­nienne à un embargo économique.

2007, la Palestine est défi­gurée par 730 kilo­mètres de murs et plus de 10 000 Pales­ti­niens, hommes, femmes, enfants, sont retenus dans les prisons israéliennes.

La situation des réfugiés prévue pour n’être que tem­po­raire, va per­durer jusqu’à ce jour. Les camps de réfugiés, montés dans la hâte de la catas­trophe, sont faits de tentes en tissus, qui seront petit à petit rem­placées par des maisons en tôles puis des maisons en dur.

Les camps de réfugiés sont la base de déve­lop­pement de la résis­tance pales­ti­nienne. Ils sont le lieu de trans­mission de la mémoire et des traditions.

Après 60 ans d’exil, 4 mil­lions de Pales­ti­niens attendent tou­jours qu’on leur donne le droit de rentrer chez eux.

Documents joints

  • Document (PDF – 143.4 ko)

    Texte envoyé par Ramzi avec photos

[1] Il s’agissait d’un tract, à l’occasion des 40 ans de la guerre de 67, dénonçant donc 40 ans d’occupation et de colo­ni­sation. Nous sommes bien main­tenant, en novembre 2007, dans le cadre de 60 ans de dépos­session du peuple pales­tinien, six décennies après le plan de partage des Nations unies qui décidait de la création de deux Etats sur la terre des Pales­ti­niens. L’Etat pales­tinien n’a jamais eu le droit de voir le jour.